De plus en plus de jeunes investissent en Bourse: Attention aux risques d'illusions

Malgré des bourses en yoyo, des incertitudes évidentes sur les marchés financiers, et des chutes parfois brutales, de plus en plus de particuliers se lancent dans l’investissement en Bourse. Et la tendance semble particulièrement marquée chez les jeunes : Parmi les 16-30 ans interrogés tout récemment par le secteur bancaire et financier belge, un quart de ceux qui investissent ont commencé à investir… Pendant la crise.

Période faste pour les plateformes

Aux Etats-Unis, les plus grandes plateformes de trading ont vu une croissance des nouveaux comptes créés de 170% au cours du premier trimestre. En France, 150.000 particuliers ont fait leurs premiers pas en Bourse, en à peine deux mois. Et sur les différentes plateformes de transactions qui existent aujourd’hui en Belgique, l’augmentation du nombre de nouveaux clients ces dernières semaines est spectaculaire.

La volatilité attire

Le phénomène semble généralisé : des jeunes investisseurs font leurs premiers pas en Bourse. Outre le temps disponible en plein confinement, l’existence même de ces plateformes de trading, expliquerait déjà pourquoi de plus en de particuliers investissent en Bourse. "En plus la période de forte volatilité dans laquelle nous sommes, attirer des investisseurs qui ont une aversion au risque plus faible, et qui sont à la recherche de la bonne affaire à court terme", note Catherine D’Hondt, professeure de Finance à la Louvain School of Management.

La spécialiste du comportement des investisseurs souligne deux avantages que revêtent ces plateformes : "le premier, c’est un accès étendu à toute une série d’informations : analyses, recommandations d’analystes, etc.… Le second, c’est la flexibilité, la possibilité d’acheter et de vendre à tout moment". Deux avantages, dont Catherine D’Hondt, souligne d’emblée qu’ils vont de pair avec de sérieux inconvénients.

Illusion de connaissance et de contrôle

"L’accès facilité à l’information peut induire une illusion de connaissance chez l’investisseur, à cause de l’abondance de l’information disponible. L’individu a par nature une attention limitée et est donc incapable de traiter une masse abondante d’informations. Par ailleurs, la flexibilité, le fait que l’investisseur sur ces plateformes est un do-it-yourselfer (c’est lui qui clique quand il envoie son ordre d’achat ou de vente) peut générer une illusion de contrôle".

Le risque est en fait bien réel pour Catherine D’Hondt que des investisseurs aient un excès de confiance, surestiment leurs propres compétences. "Ces deux effets d’illusion mis ensemble peuvent avoir pour conséquence d’exacerber le biais de surconfiance, qui est déjà présent chez certains investisseurs. Cette tendance à surestimer ses propres compétences est associée dans la littérature scientifique, à une prise de risques accrus".

Cela signifie-t-il qu’en période de forte volatilité, où il est possible d’engranger très vite quelques gains, la surconfiance risque d’être alimentée par ces gains ? Tout à fait, pour la professeure de Finance. Résultat : "Des investisseurs peuvent penser que quand ils arrivent à gagner de l’argent, c’est grâce à leurs compétences, alors que quand ils en perdent, ils vont avoir tendance à reporter la responsabilité sur les aléas du marché ou sur la crise en tant que telle".

Recherche de sensations fortes

On fait le bilan ? Une abondance d’analyses et de recommandations qui peuvent donner une certaine illusion de connaissance des marchés, et un accès direct à l’achat de titres financiers. Par la volatilité sur les marchés… Des possibilités de gains immédiats. Nous ne sommes pas très loin du Casino.

Ceux qui analysent le comportement des investisseurs le savent : certains particuliers qui investissent en Bourse sont à la recherche de sensations fortes. Exactement comme ils feraient des paris ou achèteraient un billet de loterie. "Dans la littérature scientifique, cela fait quelques années que l’on a identifié ces comportements. Le "gambling" est associé la recherche de plaisir et de frissons. Et, ce malgré les risques", conclut Catherine D’Hondt. Attention donc, à ne pas se réjouir trop vite après une bonne journée en Bourse, comme celle de ce lundi.