Croître ou ne pas croître? La question que se posent certains économistes

Charles Michel dans un auditoire universitaire. Le Premier ministre sera dans doute heureux d'apprendre qu'une majorité d'économistes tablent sur la croissance à longue échéance. Mais pas tous!
2 images
Charles Michel dans un auditoire universitaire. Le Premier ministre sera dans doute heureux d'apprendre qu'une majorité d'économistes tablent sur la croissance à longue échéance. Mais pas tous! - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Croître ou ne pas croître? C'est la question qui fait débat parmi les économistes et qui sera au cœur du 21ème Congrès des économistes qui se tiendra à Liège fin novembre. Soyons honnête, la question n'est pas posée telle quelle, mais de manière beaucoup plus sérieuse, ou disons académique. "La croissance, réalités et perspectives", voilà le titre exact. Précision importante: il ne s'agit pas de la croissance en 2015 ou 2016, mais de la croissance sur une plus longue période.

C'est d'ailleurs aussi sur une longue période que ces experts s'appuient pour leurs analyses. Un graphique assez parlant montre qu'entre le milieu du XIXème siècle et aujourd'hui, la croissance a été très forte. Il y a trois grandes exceptions: les deux guerres mondiales et la grande dépression des années trente du XXème siècle.

2008, un couac

Ne pensez pas que la crise financière de 2008 et ses conséquences économiques est passée sous silence mais sur cette période de plus d'un siècle et demi, 2008 et les années suivantes n'apparaissent pas comme un choc majeur. Juste un petit couac. Ce qui n'empêche par ailleurs par les organisateurs du congrès de poser cette question: sommes-nous à l'aube d'une stagnation séculaire?

Ils posent la question, mais donnent-ils aussi la réponse? Cela serait trop simple et puis sur le plan scientifique, répondre par oui ou non est évidemment impossible. Ce qui apparaît clairement dans les exposés des responsables des quatre commissions thématiques du congrès, c'est qu'ils ne sont pas tous du même avis.

Vive le progrès !

On peut s'en réjouir, cela permet d'alimenter le débat entre deux tendances. La première tendance, le courant dominant, rassemble des économistes pour qui la croissance est à la fois incontournable et possible. David de la Croix est professeur à l'UCL. Il mise sur le progrès continu : " Ce progrès technologique que l’on a observé s’accélérer au XIXème et au XXème siècle est rendu possible par une amélioration des compétences générales dans la société et aussi de ceux qui sont à la source de ce progrès, des entrepreneurs, des innovateurs, des chercheurs. C’est quelque chose de permanent, comme un effet de cliquet. Je pense qu’il est raisonnable de voir un progrès technologique qui continue. Les seuls doutes que l’on pourrait avoir serait que le monde devienne à ce point complexe qu’il ne soit plus maitrisable par ceux qui innovent et donc qu’à un moment on serait incapable d’innover au-delà de ce qui existe. J’ai du mal à entrevoir cette possibilité ".

Logique de rupture

Passons à l'autre tendance, ceux qui ne croient plus à la croissance. Ils sont moins nombreux mais déterminés. Exemple avec Kevin Marechal, chargé de recherche à l'ULB. Ne lui dites pas, ou plus, qu’il est partisan de la décroissance : " La décroissance est un mot tellement mal connoté qu’il faut potentiellement rompre avec ce mot. Nous sommes dans une logique de dépassement, de rupture, peut-être d’accroissance comme on parle d’athéisme pour qualifier les gens qui n’ont pas de religion. Nous souhaitons poser des questions qui découlent d’une sortie de cette quête obsessionnelle pour la croissance. Nous nous situons au-delà, nous réfléchissons différemment. Nous avons un positionnement radical dans le vrai sens du mot : à la racine ".

Voilà de quoi alimenter le 21ème congrès des économistes qui se tiendra le 26 novembre prochain à l’Université de Liège

http://www.congresdeseconomistes.be/

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK