CQFD: les banques vont-elles disparaître?

CQFD : Les banques vont-elles disparaître?
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Avec les restructurations qui se succèdent dans le monde bancaire et la disparition croissante d'agences, la question se pose: les banques vont-elles disparaître? Arnaud Ruyssen recevait deux invités pour y répondre dans Ce Qui Fait Débat ce jeudi soir sur La Première: Alain Declercq, directeur de la banque CPH, une banque coopérative qui compte une trentaine d'agences et dont le siège est basé à Tournai. Face à lui: Geert Noels, économiste et fondateur d'Econopolis.

1400 postes supprimés chez KBC dans les 3 prochaines années. Ajoutez-y la suppression de 3500 emplois annoncée par ING en 2016 et les 2 200 postes qui vont passer à la trappe chez BNP Paribas Fortis d'ici 2021... Cela fait déjà plus de 7000 emplois voués à disparaître dans le secteur bancaire. En 10 ans, le nombre d'agences est lui passé de 8 000 à 5 133, soit une baisse de 40%. 

Un virage digital

On le sait, les taux d'intérêt de référence sont négatifs, ce qui rogne les marges des banques. Mais la direction de KBC l'affime: sa décision n'a rien à voir avec ça. Si elle doit sabrer dans l'emploi, c'est en raison, dit-elle, du changement de comportement du client, qui privilégie aujourd'hui la banque mobile. On était 100 000 à faire nos opérations bancaires via smartphones en 2011... En 2018, ce chiffre était de 7,47 millions! Un virage digital qui explique, entre autres paramètres, que les banques aient de moins en moins besoin de personnel de proximité.

"Moi, la dernière fois que je suis entré dans une agence bancaire, c'était il y a au moins 10 ans, admet d'emblée Geert Noels. C'est logique que les agences soient de moins en moins nécessaires, surtout qu'il y a eu beaucoup de fusions dernièrement". Ce qui ne se traduit pas uniquement par la perte d'emplois, poursuit l'économiste: "cela va aussi créer de nouveaux postes dans les services informatiques ou financiers (...) La banque ne va pas disparaître mais changer de structure".

L'agence va devenir quelqu'un qui solutionne les problèmes des clients

Le directeur de la banque CPH pointe deux challenges que cette évolution digitale va imposer aux banques: "tout d'abord, les métiers purement informatiques vont être attaqués. Et l'autre challenge est financier: l'emprunt belge à un an est à moins 80 centimes, cela veut dire que quand vous allez déposer 100 euros dans une banque, à la fin de la journée, la banque va payer 40 centimes à la banque centrale européenne".

"Ça coûte 50 fois plus cher de faire une opération au guichet que de la faire depuis votre smartphone, explique encore Alain Declercq, il y a donc une logique en terme de gestion des coûts (...) L'agence, elle, va devenir quelqu'un qui solutionne les problèmes des clients".

Néobanques et fintech

Mais la vraie menace, pour les banques, c'est l'émergence sur leur territoire de nouveaux concurrents liés à la nouvelle économie numérique. D'une part, ce qu'on appelle les néobanques: des banques en ligne, souvent 100% mobile. La N26, par exemple, une start-up basée en Allemagne, qui accepte tous les clients et propose des tarifs et services alléchants. 

D'autre part, les fintechs qui repensent les services financiers et bancaires grâce aux nouvelles technologies. Celle dont on a beaucoup parlé cet été, c'est Libra Networks. Libra, du nom de la monnaie virtuelle développée par Facebook. 

"Via les payements, on peut rassembler beaucoup de données sur le consommateur", explique Geert Noels qui rappelle à ce propos que Google a déjà une licence bancaire sur le plan mondial. "S'ils veulent, ils pourraient lancer une banque pour les prêts hypothécaires dans le Brabant Wallon par exemple (...) Et ils ne devraient pas installer d'agences ni vous rencontrer physiquement car ils en savent déjà beaucoup sur vous", poursuit le fondateur d'Econopolis.

"La limite des fintech, c'est le business régulé, précise Alain Declercq face à la perspective de voir les Gafa (Google, Apple, Facebook et Amazon) créer de vraies banques. Perspective qui reste, ceci dit, un vrai défi pour la régulation de demain.

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