CQFD: Amazon, Alibaba ou Zalando vont-ils tuer le commerce wallon?

Une question en cette veille de Black Friday... Les géants de l'e-commerce vont-ils tuer le commerce wallon? Difficile de lutter face à des plates formes comme Zalando, Amazon ou Alibaba qui cassent les prix. Pour en parler, deux invités : Myriam Delmée, présidente du SETca (Syndicat des employés, techniciens et cadres) et Olivier De Wasseige, administrateur délégué Union wallonne des entreprises.

15 milliards d'euros de bénéfices en 2019

Le développement de l'e-commerce est une menace pour Myriam Delmée, qui affirme: "les chiffres d'affaires de l'e-commerce grossissent d'année en année, de manière exponentielle. On était à 10 milliards d'euros l'an dernier et on chiffre déjà les bénéfices à entre 14 et 15 milliards d'euros pour cette année. Un chiffre d'affaires qui se fait trop peu au départ de la Belgique". 

Olivier De Wasseige rappelle, parallèlement, que le commerce traditionnel est lui aussi en augmentation constante, et de préciser: "les 10 milliards de bénéfices correspondent en fait à 2% du commerce total en Belgique. De plus, les plateformes belges prennent aussi des part de marché, puisque les 200 plus gros vendeurs belges en ligne perçoivent 2 milliards sur ces 10 milliards". Il ajoute en outre qu'une bonne partie des produits vendus via ces plateformes peuvent l'être par des commerçants belges. Par exemple, "la Marketplace d'Amazon vend des tas de produits proposés par des magasins belges, qui soit on déjà un canal digital eux-mêmes, soit pas et c'est alors une opportunité pour eux de vendre plus facilement", assure l'administrateur délégué de l'Union wallonne des entreprises.

Une différence de 126€ sur un même produit

Pour se rendre compte des différentiels de prix existant entre les différents points ou sites de vente, nous avons choisi au hasard un smartphone de moyenne gamme, et nous avons comparé son prix sur trois différents sites. Tout d'abord celui d'une enseigne belge d'électro-ménager, qui annonce un prix de 279 euros, livraison comprise. Amazon affiche, pour le même produit, 255 dollars américains, soit 232 euros (moyennant quelques dollars de frais de livraison). AliExpress, enfin, défie la concurrence puisque son site propose un prix maximum de 218 euros (et même 153 euros si on dispose d'un coupon auquel on ajoute un code promo pour le Black Friday). On arrive ainsi à 126 euros de différence avec le prix demandé dans une enseigne classique, en Belgique. 

Myriam Delmée prédit que le commerce physique va encore souffrir énormément et pose la question de la reconversion du secteur et des alternatives possibles pour, dit-elle, "stopper l'hémorragie". Olivier De Wasseige, lui, parle lui de "risque mondial qui doit être géré par l'Organisation Mondiale du Commerce". Il renvoie aussi à la responsabilité des consommateurs et la nécessaire transition numérique des enseignes. 

Transition numérique et emploi

La question des pertes d'emplois liés à la numérisation du secteur est aussi au cœur de ce débat. "L'ère numérique apporte un pivot dans un certain nombre de métiers", explique Olivier De Wasseige, "le fait d'avoir ces grandes plateformes chez nous crée aussi de l'emploi, pas dans le secteur de la distribution, mais dans celui de la logistique, du marketing numérique, etc."

Myriam Delmée nuance: "Certes il y a de l'emploi créé via la numérisation, mais on a ici un problème de transition fondamental: quand une enseigne me dit qu'il y a 1500 personnes à sortir, ce ne sont pas des personnes qui vont pouvoir rentrer dans ces jobs là! [...] Le nombre nécessaire d'emplois liés à la numérisation va être largement inférieur [à ceux supprimés dans la distribution, Ndlr]. Le drame social dépendra de la requalification possible ou non de ces personnes", prédit encore la présidente du SETca.

Si les gens continuent à acheter sur Alibaba, autant que cela crée aussi des emplois à Liège

Parallèlement à ces développements, l'arrivée du géant Alibaba à l'aéroport de Liège est un autre enjeu de taille. Ses opposants craignent la concurrence directe d'entreprises faisant travailler des personnes sans droits syndicaux, du travail ou avec de très bas salaires. Pour Olivier De Wasseige, "on oublie ici que le consommateur de demain, que Alibaba soit en Hollande, en France, ou à Liège, il achètera toujours sur Alibaba. Si les gens continuent à acheter sur Alibaba, autant que cela crée parallèlement des emplois à Liège".

Sans réponse européenne comme des barrières douanières à cet enjeu, l'administrateur délégué de l'UWE préfère attirer Alibaba chez nous, "d'autant que ça ouvre aussi la porte à des exportations wallonnes plus faciles vers l'Asie", conclut-il. 

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face à face sur une question d'actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h en télé sur La Trois.

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