Coronavirus : Philippe Bodson, ex-patron de Tractebel, de la FEB et Glaverbel, est décédé ce matin

Coronavirus : Philippe Bodson, ex-patron de Tractebel de la FEB et Glaverbel, est décédé ce matin
Coronavirus : Philippe Bodson, ex-patron de Tractebel de la FEB et Glaverbel, est décédé ce matin - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Philippe Bodson, un personnage central de l’histoire économique de ses 50 dernières années en Belgique, est décédé du Coronavirus, à l’âge de 75 ans annonce le journal Le Soir.

Philippe Bodson, manager flamboyant, belgicain dans l’âme et touche à tout économique, fait baron en 2000, a été entre autre directeur de Tractebel, président de la FEB, et patron de Glaverbel. Le goût de l’entreprise, Philippe Bodson l’a probablement hérité d’un père fondateur et gérant d’une distillerie.

Parcours

Philippe, André, Eugène Bodson est né à Liège le 2 novembre 1944. C’est dans la Cité ardente qu’il suit ses humanités chez les Jésuites, au Collège Saint-Servais, avant de décrocher un diplôme d’ingénieur civil métallurgiste de l’Université de Liège. Il parachève ses études en France avec un master of Business Administration de l’INSEAD de Fontainebleau.
Philippe Bodson avait commencé ensuite, sa carrière au Canada dans la fin des années 60 et ensuite il avait travaillé en Amérique du Sud et Algérie comme consultant pour le groupe MacKinsey.

De 1972 à 1977, il est fondé de pouvoir pour la Banque Paus Frankfurt Saint-Louis (USA). En 1977, il intègre la société Glaverbel en tant que membre du comité de Direction et, en 1980, il devient l’administrateur délégué et directeur général de Glaverbel, fonction qu’il exerce jusqu’en 1989.

Ce fleuron de l’économie belge est alors aux mains de la Société générale de Belgique (40%) et de la holding GBL d’Albert Frère (24,5%) qui revendra en 1996 sa participation à la Société générale. Depuis l’échec de la tentative d’OPA de Carlo De Benedetti sur la Société générale en 1988, "la vieille dame" de l’économie belge est elle-même aux mains du holding français Suez et d’actionnaires associés belges.

Durant les années 1980, il est administrateur de Belref et de la société Louis De Waele, et président de la Fédération de l’industrie du verre de 1981 à 1984 et du Groupement européen des producteurs de verre plat de 1986 à 1988.

Tractebel, de Belgique vers l’étranger

À la tête de Tractebel, Philippe Bodson transforme ce holding presque centenaire aux participations hétéroclites en un véritable groupe industriel doté d’une stratégie articulée autour de plusieurs pôles : l’électricité et le gaz en Belgique et à l’étranger (Electrabel, Distrigaz, Powerfin), la communication (Coditel), les installations techniques et les services aux collectivités (Fabricom), l’immobilier (Compagnie immobilière de Belgique) et l’ingénierie (Tractebel Ingénierie).

Le chef d’entreprise s’attelle également à développer les activités de Tractebel à l’étranger. Selon ses plus proches collaborateurs, l’arrivée de Philippe Bodson à la tête du holding ressemble alors à celle du prince charmant dans "La belle au bois dormant".

Il devient président de la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB) de 1987 à 1990.

Empêché de fusionner Tractebel avec Electrabel

La stratégie d’expansion internationale de Philippe Bodson va toutefois connaître des revers, comme au Kazakhstan. Elle finira par s’opposer aux ambitions de Suez et de son patron, le Français Gérard Mestrallet. Il va plaider pour le maintien de l’ancrage belge, s’attirant les foudres des actionnaires français.

En mars 1999, il remet sa démission en guise de protestation, empêché de fusionner Tractebel avec Electrabel.

Une semaine seulement après avoir démissionné de son poste chez Tractebel, Philippe Bodson franchit le Rubicon qui le sépare de la politique et se présente à la cinquième place de la liste PRL-FDF-MCC aux élections de 1999. Celles-ci déboucheront sur la mise à l’écart des sociaux-chrétiens flamands (CVP) et francophones (PSC) et la mise en place d’un gouvernement "arc-en-ciel". Lors des élections législatives du 13 juin 1999, il est élu sénateur pour le parti réformateur libéral (PRL). Rapidement désintéressé de la vie politique et pris par ses mandats d’administrateur de sociétés, il ne se représente plus en 2007.

Il était également membre du Groupe Coudenberg jusqu’en 1999.

Mais c’est chez Fortis et Lernout & Hauspie qu’il va assister à deux des débâcles d’entreprise les plus médiatisées dans le passé récent de la Belgique. En 2008, en pleine crise mondiale et dans la terrible déroute de la banque Fortis, l’assemblée des actionnaires de Fortis rejette les candidatures d’Etienne Davignon et de Philippe Bodson.

Président du Groupement de Redéploiement Economique pour le Pays de Liège, Président de La Floridienne NV, Président de Hamon & Cie International SA et Gérant indépendant et Président de Becapital Investment Advisor SA.

Philippe Bodson est également président de The Free Fair Post Initiative et membre du conseil d’administration de 8 autres sociétés.

Le baron assumait également la fonction d’administrateur de la Fondation polaire.
 

Père de famille si attaché

Victime de la maladie, il serait entré il y a quinze jours à l’hôpital Erasme, pour être transféré ensuite à l’hôpital Saint Pierre où il était placé sous respirateur depuis une semaine.

"Sa famille, qui nous a communiqué ce matin la triste nouvelle, croyait encore à une issue heureuse. Elle fut privée comme tant d’autres familles belges, de la possibilité de voir, toucher, accompagner ce père de famille si attaché à son fils Charles Antoine, sa fille Olivia, ses petits-enfants et sa femme Antoinette qui furent de nombre de ses expéditions au bout du monde" indique le journal Le Soir.

Réactions

 

Le président de la FEB Bart De Smet et son administrateur délégué Pieter Timmermans présentent, au nom de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), leurs condoléances à la famille de Philippe Bodson, président honoraire de la FEB dont a appris samedi le décès des suites du coronavirus. Dans un communiqué, la FEB évoque un "homme charismatique avec des convictions fortes".

"J'ai beaucoup apprécié son soutien ces dernières années, et particulièrement, lors de l'élaboration de la nouvelle stratégie de la FEB présentée cette année", souligne Pieter Timmermans. "Ses coups de téléphone de conseils précieux, partant d'une vision large sur la société et le développement économique, me manqueront énormément".

Le groupe énergétique Engie, salue avec émotion la mémoire de Philippe Bodson et "exprime ses condoléances sincères et émues à sa famille", indique un communiqué de l'entreprise à propos de l'ancien patron de la FEB dont on a appris samedi le décès des suites du coronavirus. "Leader charismatique et bouillonnant d'idées, il a préparé le Groupe et ses équipes à la libéralisation du marché de l'énergie. Philippe Bodson a sans aucun doute été l'un des visionnaires en matière d'énergie en Belgique", dit encore le communiqué.

"En Belgique, il a permis de réaliser la fusion des trois sociétés historiques qu'étaient Intercom, Ebes et Unerg pour créer Electrabel, un champion européen de la production d'électricité et de la vente d'énergie", poursuit Engie.  

"Dans ses fonctions de patron de Tractebel, Philippe Bodson a été la cheville ouvrière de l'internationalisation du Groupe avec le développement de ses activités en Europe et au grand international à partir de son ancrage belge", conclut le communiqué.

Didier Reynders (MR) salue l’homme "Toutes mes condoléances à la famille et aux proches de Philippe Bodson comme de toutes les victimes du #COVID19. Un ami s’en est allé, un capitaine d’industrie et les fagnes le pleurent aussi".

Philippe Henry, Vice Président du gouvernement Wallon (Ecolo) présente ces "sincères condoléances à la famille de Philippe Bodson et la famille libérale. Un homme atypique s’en est allé. Nouvelle démonstration de virulence de ce virus endeuillant tant de familles. Pensées à elles et courage à ceux qui luttent, soignent, sont disponibles pour les autres".

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