Coronavirus: les USA, prioritaires sur le futur vaccin Sanofi ? "A l'UE d'être efficace", dit le groupe

Paul Hudson, CEO de Sanofi a déclaré que les USA seraient prioritaires car ils partagent les risques.
Paul Hudson, CEO de Sanofi a déclaré que les USA seraient prioritaires car ils partagent les risques. - © ERIC PIERMONT - AFP

Sanofi (qui travaille en collaboration avec le groupe GSK) réservera-t-il aux Etats-Unis la primeur d'un éventuel vaccin contre le Covid-19 ? Évoquée par le groupe, qui renvoie l'Europe à ses responsabilités, l'idée provoque l'indignation du monde politique français, jusqu'au gouvernement qui la juge "inacceptable".

"Pour nous, ce serait inacceptable qu'il y ait un accès privilégié de tel ou tel pays sous (...) un prétexte pécunier", a déclaré jeudi Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'Etat à l'Economie.

Sanofi avait, en effet, prévenu la veille qu'il réserverait probablement aux Etats-Unis la primeur d'un éventuel vaccin contre le nouveau coronavirus, car les autorités américaines ont investi dans son développement.

En avance aux Etats-Unis

Les Etats-Unis pourraient bénéficier d'une avance de plusieurs jours ou semaines, selon le directeur général de Sanofi, Paul Hudson, qui s'exprimait dans un entretien à l'agence Bloomberg.

Ces déclarations ont suscité une série de réactions indignées dans le monde politique français, de l'opposition de gauche à celle d'extrême droite.


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Dans le premier camp, le chef de file des socialistes, Olivier Faure, a dénoncé les "jeux du marché", évoquant le bien-fondé d'une nationalisation et appelant le gouvernement à l'action.

Dans le second, Marine Le Pen, patronne du Rassemblement national, pose la question: "est-ce-qu'on pleure sur le patriotisme économique mis en place par les autres (les Etats-Unis, ndlr) ou est-ce que nous aussi on décide d'en faire un peu ?". Elle souligne aussi que Sanofi "n'est plus une entreprise française". De fait, les actionnaires du groupe sont, à plus de 60%, des investisseurs étrangers.

Critiques des ONG aussi

La polémique a également débordé du monde politique, l'ONG militante Oxfam s'insurgeant contre des informations "tout simplement scandaleuses" et critiquant "les motivations financières et la recherche de profits par les géants de l'industrie pharmaceutique".

Face à ces réactions indignées, le gouvernement français a rapidement adopté un ton ferme, Mme Pannier-Runacher assurant avoir immédiatement contacté Sanofi et obtenu de lui l'assurance qu'un vaccin serait accessible à tous.

"Pourparlers" avec l'Europe

C'est également le message que répète le groupe depuis mercredi soir, assurant qu'il n'y a aucune inquiétude à avoir quant au fait que certains pays seraient privés d'un tel traitement.

De fait, le monde "ne sera pas démuni" si un laboratoire comme Sanofi trouve un vaccin, a approuvé le virologue Bruno Lina, membre du conseil scientifique français, tout en regrettant de devoir systématiquement accéder à une "préférence nationale" aux Etats-Unis.

De fait, Sanofi n'exclut pas l'éventualité de distribuer d'abord un vaccin aux Etats-Unis et, seulement ensuite, dans les autres pays dont l'Europe.

Théoriquement, "l'objectif, c'est que le vaccin soit disponible à la fois aux USA en France et en Europe de la même manière", a promis jeudi le patron du groupe pour la France, Olivier Bogillot, dans un entretien à BFMTV.

Mais, dans les faits, cela sera possible "si les Européens travaillent aussi rapidement que les Américains", a-t-il précisé.

Un vaccin d'ici 18 à 24 mois

Le responsable de Sanofi a ainsi renvoyé les autorités européennes à leurs responsabilités, soulignant que les Etats-Unis avaient déjà promis plusieurs centaines de millions d'euros, en plus de faciliter les démarches réglementaires pour permettre les recherches.

"Les Américains sont efficaces en cette période. Il faut que l'UE soit aussi efficace en nous aidant à mettre à disposition très vite ce vaccin", a insisté M. Bogillot, rapportant en être au stade de "pourparlers" avec les autorités européennes ainsi que des pays comme la France et l'Allemagne.

Quant aux recherches elles-mêmes, où en sont-elles ? Le responsable de Sanofi a confirmé qu'il tablait toujours sur un vaccin prêt d'ici à 18 à 24 mois, soulignant à quel point un tel calendrier était rapide par rapport à la normale.

En temps normal, "développer un vaccin, ça prend dix ans", a conclu M. Bogillot. "On essaie d'accélérer toutes les phases."


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Sanofi, l’un des plus grands spécialistes des vaccins au monde, s’est lancé dans la course contre le nouveau coronavirus mi-février, avec l’annonce d’un accord de coopération avec l’Autorité Barda, qui dépend du ministère américain de la Santé. A cet effet, le groupe s’est allié avec le britannique GSK, à travers une collaboration dont les deux laboratoires espèrent obtenir un résultat d’ici 2021.

Dans le monde plus de 100 projets de vaccins sont actuellement à l’étude, avec une dizaine d’essais cliniques déjà en cours.

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