Coronavirus : le quotidien des chauffeurs livreurs

Zone industrielle de Thuin, le matin vers 4 heures, c'est le bal des camions frigorifiques, transporteurs de marchandises, transporteurs de frais. C'est sur ce site que les sociétés BidFood et Full Logistics ont installé leurs quartiers généraux. C'est au départ de cette base que de nombreux homes et hôpitaux sont livrés chaque jour. Un travail que Daniel Carendts, 51 ans, père de famille, affronte tous jours de l'année. Avec son lot de problèmes, d'embouteillages, de retards, d'automobilistes mécontents. Mais depuis trois semaines, beaucoup de choses ont changé. Beaucoup. 

Désinfection. 

 

Le premier rituel, celui de l'arrivée au bureau, est le passage par le thermomètre. C'est Olivier, la "nounou" de tous ces chauffeurs qui inspecte leurs fronts. " 35.9, c'est bon... " Il pointe un thermomètre laser sur le front de grands gaillards. Tous doivent impérativement passer par cette détection avant de prendre la route. Ils reçoivent aussi des masques et des gants.  Dernier café avant d'aller charger la livraison préparée chez le voisin BidFood, et le camion prend la route direction l'hôpital louviérois de Tivoli. 

J'accompagne le chauffeur sur le parking, il monte dans son camion, neuf et confortable et sur le tableau de bord, un dessin d'enfant... " C'est mon fils, qui m'a laissé ce petit message : Courage Papa, on t'aime..." Un message qui en dit long sur la crante et l'anxiété qui doit animer les familles de tous ces chauffeurs, qui prennent tous les jours la destination de ces endroits à risque que sont les homes et les hôpitaux."  Carendts sourit mais trahit le fond du message : " C'est vrai qu'à la maison ils sont inquiets, mais je les rassure, et je leur dis que nous prenons toutes les précautions. On a les équipements fournis par notre employeur et surtout les recommendations d'Olivier. On n'approche plus rien sur les quais de livraisons. On ne reprend plus rien. Aucun déchet, aucune vidange. On a reçu les masques et les gants... "

 

La route, enfin, plus calme. 

 

Le camion démarre et je le suis jusqu'aux portes du sas de l'hôpital. Peu de circulation. Le jour se lève. Il n'est pas encore six heures et dans la cour de l'hopital, les infirmières de nuit viennent griller une cigarette ou respirer un bol d'air frais. Daniel emprunte l'entrée des livraisons, manoeuvre son camion et commence à décharger les palettes préparées la nuit par d'autres travailleurs sur la base logistique de Thuin. " Je suis fier de faire ce boulot. Aujourd'hui il prend tout son sens. Et j'ai beaucoup de respect pour ces gens qui travaillent certainement au péril de choper la maladie, dans cet hôpital. Je suis seul dans mon camion et sur la route, mais la peur de choper un truc ne me quitte pas. C'est clair. Le seul avantage de cette situation c'est qu'il y beaucoup moins de monde sur la route. Moins d'automobilistes énervés. Moins de gens incompréhensifs qui nous prennent souvent la tête parce que nous sommes garés en double file, et qu'il n'y a pas de place pour nos livraisons. C'est un peu paradoxal. Notre métier est presque devenu facile. Même si on est tous conscients, nous les chauffeurs livreurs, qu'ils ne faut pas commettre la moindre erreur. "

 

Héros ?

Je pousse la question avec un sourire en coin : " Alors, Daniel, en quelque sorte, vous êtes une sorte d'héros anonyme ? "

Et le chauffeur livreur de me toiser et de me répondre : " Les héros, c'est dans les films de guerre. Ici, c'est pas un film, c'est juste une guerre... ". Il a raison. Les vrais héros n'étaient pas très loin de nous, ce matin. 

 

 

 

 

 

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Daniel Carrendts, chauffeur Full Logistics © Luciano Arcangeli
© Luciano Arcangeli
Daniel Carrendts, chauffeur Full Logistics © Luciano Arcangeli
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