Coronavirus : face aux risques de faillites, les indépendants sont à la recherche de liquidité

Plus de la moitié des indépendants risquent de se trouver à court de liquidités dans quelques semaines.
Plus de la moitié des indépendants risquent de se trouver à court de liquidités dans quelques semaines. - © TOLGA AKMEN - AFP

La crise sanitaire du coronavirus vient aussi avec les prémices d’une crise économique. Et en première ligne, cette fois, on retrouve les indépendants. Selon une étude menée par le Syndicat Neutre des Indépendants, pour plus de la moitié des indépendants, le chiffre d’affaires des entreprises a baissé de 50%. Et pour nombre d’entre elles, c’est même bien plus.

Des réserves pour tenir… encore un peu

Selon cette étude, à laquelle 10.000 personnes ont répondu, "65% estiment qu’ils ont des réserves pour tenir encore trois semaines à un mois maximum. Ça veut donc dire que 35% n’ont pas ces moyens-là pour le faire, donc c’est véritablement un talon d’Achille pour les petites entreprises, et particulièrement les indépendants", informe Christophe Wambersie, le secrétaire général du syndicat.


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Autrement dit, les réserves financières des indépendants sont en train de fondre comme neige au soleil. Et le risque, c’est de voir de nombreuses entreprises faire faillite prochainement. Un défi sur le plan économique donc.

Les banques à la rescousse ?

Si les pouvoirs publics ont mis place quelques mesures pour venir en aide aux indépendants et aux PME comme les reports de cotisations ou encore des primes régionales, les banques, elles aussi, peuvent venir en aide. Mais pour le moment, les choses semblent un peu compliquées, notamment avec la prise de contact auprès des banques. "Mais comme depuis le début de cette crise, on constate que toujours après deux ou trois jours d’installation de nouveaux principes, les choses se clarifient et se fluidifient. Il faut donc peut-être donner encore un peu de temps", explique le secrétaire général.

Vendre ses factures

Au-delà des banques et pouvoirs publics, il existe une autre solution qui peut permettre d’obtenir des liquidités rapidement. Il s’agit de vendre ses factures auprès des entreprises qui elles ne sont pas à sec. C’est notamment la plateforme Edebex qui permet de vendre ses créances.

Mais là aussi, crise oblige, les choses coincent. "Pour donner de la sécurité aux entreprises qui achètent les créances, on met en place une assurance crédit qui protège la facture contre insolvabilité, donc il y a une garantie d’un assureur crédit. Mais […] les assureurs crédit font face à une crise très soudaine et on craint qu’ils réduisent leurs positions de risque sur le marché ", décode David Van Der Looven de la plateforme Edebex.


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En somme, la demande explose. En deux semaines, la plateforme a reçu près de 600 demandes. Près du double de ce à quoi la plateforme fait face en temps normal. Ce qui donne un ordre d’idée de la situation dans laquelle se trouvent les PME et les indépendants.

Comme le commente Michel Gassé dans ce marché matinal, il faudra surveiller ce phénomène et veiller aux risques de faillites de grande ampleur.

Le gouvernement veut éviter ces faillites

C’est une chose que le gouvernement fédéral veut absolument éviter. Dans son arsenal pour y palier, il prévoit d’instaurer un moratoire sur les faillites d’entreprises, dont beaucoup sont menacées par les effets économiques de la pandémie de Covid-19, rapporte l’Echo ce mercredi matin.

Un projet d’arrêté royal est en réflexion au sein du cabinet du ministre en charge des PME et des Indépendants, le libéral Denis Ducarme. Il devrait passer en gouvernement "dans les prochains jours", selon le quotidien.

Concrètement, les entreprises qui se trouvent en défaut de paiement et dont le crédit est ébranlé seraient protégées contre les faillites forcées prononcées par les tribunaux de l’entreprise.


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"L’objectif est d’octroyer une période de répit aux entreprises en difficulté en raison des circonstances actuelles afin qu’elles puissent reprendre leurs activités à l’issue de la crise, en les plaçant temporairement à l’abri d’une procédure de faillite. Cette mesure, qui correspond à une attente exprimée par plusieurs acteurs, soulagerait les entreprises en termes de trésorerie afin de les aider à traverser plus sereinement cette crise. Nous continuons à examiner ces différentes pistes avec le ministre de la Justice Koen Geens. J’espère que nous pourrons rapidement les concrétiser", explique Denis Ducarme dans les colonnes de l’Echo.

En pratique, ce moratoire aurait pour effet de geler toutes les demandes de mise en faillite, pendant une période encore à déterminer, venant d’un créancier, du parquet ou de l’aveu de faillite de l’entreprise elle-même. Le projet exclut le cas des faillites frauduleuses.

Journal télévisé du 28/03/2020