Coronavirus et prêt-à-porter : l'enseigne française Camaïeu placée en redressement judiciaire

 

Victime directe, selon la direction, de la crise du Covid-19, l’entreprise de prêt-à-porter Camaïeu, spécialiste de l’habillement féminin qui emploie 3900 salariés en France dont 450 au siège social à Roubaix (Nord) a été placée mardi en redressement judiciaire. En Belgique, la chaîne possède 28 magasins et emploie 130 personnes. La filiale belge de Camaïeu, rentable, ignore quel sera son sort, entre restructuration et vente à un repreneur.

"Camaïeu a été placée en redressement judiciaire mardi matin avec une période d’observation de six mois", a indiqué à l’AFP Thierry Siwik, délégué syndical CGT, confirmant une information de La Voix du Nord.

"Lourdement impactée par la crise sanitaire et faute d’un prêt garanti par l’Etat (PGE) qui lui aurait permis de surmonter son impact sur l’activité, Camaïeu a été placée sous la protection du tribunal de commerce de Lille", en vue "de sa mise en redressement judiciaire", a affirmé pour sa part une source proche de la direction.

"La crise Covid a été le déclencheur des difficultés de trésorerie. L’obtention d’un PGE aurait permis d’y faire face et de boucler le financement afin de poursuivre la transformation entamée en octobre", a avancé cette source.

Début mars, selon elle, "l’entreprise avait commencé à mettre en œuvre son plan de transformation et un accord de financement était sur le point d’être conclu avec les actionnaires et les banques", mais "la crise sanitaire a obligé le groupe à fermer brutalement plus de 800 magasins dans le monde". "Son chiffre d’affaires a chuté de 95%, soit un manque à gagner de 162 millions d’euros", a-t-elle dit.

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"C’est donc sous la protection du tribunal que pourront être explorées toutes les pistes, dont celle d’un plan de reprise", a poursuivi cette source.

634 magasins en France, 28 en Belgique

Fondée en 1984, Camaïeu, s’appuie sur un réseau de 634 magasins en France et 198 à l’étranger. Elle emploie 3884 salariés dans l’Hexagone dont 450 au siège social de Roubaix (Nord). En Belgique, 28 magasins sont répartis en Wallonie et à Bruxelles et occupent 130 travailleurs.

La holding financière, la société Modacin, propriétaire de Camaïeur avait déjà connu des difficultés financières en 2018. Depuis, sauvée de ses créanciers par le Tribunal de commerce, elle avait survécu en fermant, notamment, des filiales en Europe de l’Est. La filiale belge, elle, avait été conservée, car elle est rentable, ce qui est un facteur rassurant pour les syndicats, comme l’explique Jalil Bourhidane, permanent CNE Commerce : " Ce sont des magasins qui sont très bien implantés dans des shoppings et des centres commerciaux à Bruxelles et le sud du pays. Ce sont des surfaces commerciales qui ne sont pas énormes mais qui sont assez conséquentes pour attirer un repreneur. Les implantations et la manière dont la filiale belge a grandi étaient très positifs et très stratégiques, donc cela pourrait être une enseigne qui pourrait intéresser un éventuel repreneur". 

En Belgique, restructuration ou liquidation avant reprise ?

Mais les syndicats belges et le personnel de Camaïeu ignorent à quelle sauce la filiale belge du groupe sera mangée. Deux pistes principales existent. Soit on restructure le groupe français, on réduit les coûts, on ferme des magasins, réduit le personnel. Et dans cette optique-là, la filiale belge pourrait être conservée pour amener de la liquidité dans les caisses françaises, mais rien n’est garanti. Soit il est décidé de liquider la société Camaïeu. A ce moment-là, tout est à vendre, on chercherait un ou des repreneurs(s) : " On devra alors trouver un repreneur pour le marché belge, en sachant que les magasins sont bien situés et que le personnel est très bien formé chez Camaieu. Cela pourrait intéresser des repreneurs au niveau international ou au niveau belge ", explique Jalil Bourhidane de la CNE

Du côté syndical belge, des contacts ont été pris avec les syndicats français pour se coordonner sur la suite à donner au niveau juridique, mais aussi au cas où il faudrait envisager des actions pour se faire entendre du monde économique, de la direction, des politiques en France et en Belgique. " Il y a quand même 28 magasins en Belgique. C’est un petit trésor qu’il ne faudrait pas dilapider. On a du personnel formé, avec une ancienneté, ce qui est rare dans le secteur. Des gens ont 8, 10, 15, 20 ans d’ancienneté, ce qu’on retrouve plutôt en général dans l’alimentaire ou des enseignes plus anciennes type Inno ", ajoute Jalil Bourhidane, permanent CNE. Les syndicats attendent la tenue, probablement cette semaine, d’un conseil d’entreprise européen pour espérer y voir plus clair.

D’autres enseignes du secteur Retail ont vu leurs difficultés s’aggraver avec la crise du Coronavirus. L’enseigne de chaussures André, plus que centenaire, avait été la première entreprise française victime du coronavirus. Parmi les autres enseignes de vêtements et chaussures, Naf Naf, La Halle, Orchestra-Prémaman ont également particulièrement souffert de la crise. Chez Camaïeu, d’anciens mauvais choix stratégiques avaient déjà mis l’entreprise en mauvaise posture, la rendant très vulnérable à l’arrivée du Covid-19.

 

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