Coronavirus et économie: après une nuit de discussions sans accord, le président de l'Eurogroupe suspend les discussions sur la riposte

Le président de l'Eurogroupe Mario Centeno a suspendu mercredi matin les discussions en cours depuis la veille sur la réponse socio-économique à apporter à la crise du coronavirus et a reporté à jeudi la suite des travaux.

"Après 16 heures de discussions, nous sommes proches d'un accord, mais nous n'y sommes pas encore", a tweeté le Portugais, après une nuit de labeur avec les ministres des Finances des Vingt-sept.

"J'ai suspendu l'Eurogroupe pour continuer demain, jeudi. Mon objectif demeure un filet de sécurité européen solide contre les retombées du Covid19 pour protéger les travailleurs, les entreprises et les pays, et s'engager dans un plan de relance important", a-t-il ajouté.

Direct d'Annick Capelle dans notre JT 19h30

"Engagement clair"

Mais les pays les plus affectés par le virus, en particulier l'Italie, continuent de réclamer, en plus, la création d'un instrument de dette commun - sous la forme d'euro-obligations parfois appelées "coronabonds" ou "eurobonds"- destiné à relancer l'économie sur le long terme une fois la crise passée.

Parmi ces pays figurent aussi l'Espagne et la France, ainsi que la Grèce, Malte, le Luxembourg ou l'Irlande, selon des sources concordantes.

"Les eurobonds représentent une réponse sérieuse et adaptée", a insisté lundi soir le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte, dont le pays est le plus touché en Europe (plus de 17.127 morts).

L'Italie, confrontée à l'opposition des pays du Nord de l'Europe (Allemagne et Pays-Bas en tête), avait déjà, avec Madrid, entraîné l'échec du sommet consacré à la riposte de l'Union fin mars.

La mutualisation des dettes constitue une ligne rouge pour Berlin et La Haye, qui refusent de s'engager dans un emprunt commun avec des Etats très endettés du Sud, qu'ils jugent laxistes dans leur gestion.

Le Danemark, l'Autriche, la Suède et les pays baltes sont dans leur camp, a indiqué une source européenne.

Juste avant la réunion, le président de l'Eurogroupe, Mario Centeno, a appelé les ministres "à prendre un engagement clair en faveur d'un plan de relance coordonné et de grande envergure" après l'épidémie, sans aller jusqu'à évoquer l'idée d'une dette commune.

La France espérait offrir un compromis, en proposant un "fonds de relance" capable d'émettre de la dette commune aux Etats membres, mais limité aux services publics essentiels, comme la santé, ou aux filières menacées.


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"Inadapté"

Plutôt que de débattre sur un hypothétique financement commun, les pays du Nord préfèrent pour l'instant se concentrer sur les instruments déjà existants pour contrer le choc économique, en particulier le Mécanisme européen de stabilité (MES), créé en 2012 lors de la crise de la dette de la zone euro.

Le MES pourrait octroyer des prêts à un Etat en difficulté allant jusqu'à 2% de son PIB - soit jusqu'à 240 milliards d'euros pour l'ensemble de la zone euro -, avec des contreparties plus limitées que celles exigées jusque-là.

Rome, qui rejette la moindre conditionnalité à l'octroi de ces prêts, juge cependant ce fonds "inadapté", M. Conte résumant sa position de façon tranchée: "MES non, eurobond oui".

La Banque européenne d'investissement (BEI) devrait également être à la manœuvre, via un fonds de garantie paneuropéen, doté de 25 milliards d'euros, qui permettrait de mobiliser jusqu'à 200 milliards d'euros supplémentaires pour les entreprises.

Enfin, les ministres doivent aussi valider le projet de la Commission européenne visant à créer un instrument pour garantir à hauteur de 100 milliards d'euros au maximum les plans nationaux de chômage partiel, renforcés ou créés en raison de l'épidémie.

Si un accord est trouvé, les propositions des ministres devront encore être approuvées par les chefs d'Etat et de gouvernement.

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