Coronavirus et économie : 200.000 entreprises, fragilisées par la pandémie, sur le fil du rasoir

Les organisations patronales redoutent que la pandémie de Covid-19 engendre de nombreuses faillites. Le Premier ministre Alexander De Croo estime, lui,, au contraire, que les aides ont permis de garder les entreprises à flot. Entre les prévisions enthousiastes de reprise économique et la réalité dans certains secteurs, nous vous proposons une plongée dans les statistiques pour objectiver le débat.


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Si l’on observe les données disponibles, le nombre de faillites n’est pas e hausse : en mai, 480 faillites ont eu lieu en Belgique. Si l’on compare avec février 2020, qui est le dernier mois normal, juste avant la crise du Covid, là, il y a eu 850 faillites, donc quasiment le double. À l’époque, avant la crise, la norme était entre 800 et 1000 faillites par mois.

Le nombre moindre aujourd’hui, s’explique par le moratoire sur les faillites. Les tribunaux n’ont presque plus prononcé de faillites depuis un an et demi. C’était un moratoire qui était officiel jusqu’en janvier, qui est devenu un moratoire tacite depuis, mais le résultat est le même. Les aides Covid ont permis à beaucoup d’entreprises de garder la tête hors de l’eau. Il y a eu donc ce moratoire, ce qui fait qu’effectivement, le nombre de faillites est artificiellement, si on peut dire, très bas pour le moment.

Un effet différé

La question, c’est : que se passera-t-il quand on reviendra à la normale, quand il n’y aura plus ni aides ni moratoire ? Y aura-t-il un effet de rattrapage, une vague de faillites à retardement ? C’est effectivement, la crainte. Eric Van den Broele, du bureau d’études Graydon, est inquiet pour 200.000 entreprises : "Actuellement, on voit environ 200.000 entreprises qui étaient en bonne santé avant la crise et qui connaissaient d’énormes problèmes. Dans ces 200.000 entreprises, un certain nombre augmentera le taux de faillites normal. Donc, si on ne développe pas des aides spécifiques pour eux, on peut s’attendre à une vague de faillites d’une hauteur quand même assez importante".


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Cette inquiétude ne grave pas dans le marbre qu’il y aura effectivement 200.000 faillites. Tout dépendra des aides à venir, du succès du plan de relance, et ce ne seront pas des faillites qui interviendront tout d’un coup, ça risque probablement de s’étaler sur plusieurs années. Donc oui, comme le craignent les organisations patronales, il y aura vraisemblablement des milliers, peut-être des dizaines de milliers d’entreprises qui étaient saines avant la crise et qui mettront la clé sous le paillasson dans les prochaines années. Mais le Premier ministre a également raison, ce ne sera pas une vague qui va nous submerger dans trois mois, à la rentrée, d’un seul coup.

Les entreprises moyennes plus fragiles

Ces entreprises plus vulnérables sont, pour beaucoup, des entreprises moyennes. En fait, les petites entreprises ont reçu pas mal d’aides, ce qui leur a permis de garder la tête hors de l’eau (primes, chômage temporaire, reports de paiement). Les très grosses entreprises ont aussi reçu des aides, mais les moyennes ont souvent reçu des aides qui étaient forfaitaires et souvent sous-dimensionnées par rapport à leur taille, et c’est vrai dans tous les secteurs.

"Bien sûr, on retrouve des accents dans les secteurs connus, comme l’Horeca ou l’événementiel, qui sont largement cités", poursuit Eric Van den Broele. "Mais en réalité, il y a quand même beaucoup d’entreprises en Belgique qui ont connu des pertes de chiffre d’affaires, des pertes de manque à gagner, qui ont rangé leur réserve. Donc, le profil n’est pas unisectoriel, on le retrouve dans beaucoup de secteurs, avec certains accents dans certains secteurs plus particuliers".

Voilà pour les 200.000 entreprises en difficulté, malgré leur bonne santé avant la crise. À côté de ça, il y a aussi celles qui étaient déjà mal en point avant la crise et qui ont eu une sorte de sursis avec ce moratoire, mais qui sont évidemment toujours sur le fil aujourd’hui et qui tomberont probablement en faillite tôt ou tard. Ça concerne environ 50.000 entreprises en grosse difficulté. Et il ne faut pas oublier toutes les autres, évidemment, plus de la moitié des entreprises en Belgique, 600.000, qui vont bien, qui vont même parfois mieux qu’avant la crise, qui en ont profité et qui ont toutes les ressources nécessaires pour redémarrer sereinement avec cette reprise économique.

 

"À qui profitera le boom de la croissance ?" dans notre JT du 17 juin

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