Coronavirus en Belgique : "Une contamination sur cinq au travail", vraiment ?

Coronavirus en Belgique : "Une contamination sur cinq au travail", vraiment ?
Coronavirus en Belgique : "Une contamination sur cinq au travail", vraiment ? - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

Les entreprises sont-elles des lieux importants de contamination ? A cette question cruciale, il est aujourd’hui impossible de répondre en Belgique, faute de données.

Difficile de s’y retrouver

Entre la Fédération des Entreprises de Belgique qui a érigé le lieu de travail en "lieu (peut-être) le plus sûr pour ne pas être contaminé", et le PTB, qui affirme que les entreprises sont un lieu important de transmission du virus, il est parfois difficile de s’y retrouver. Surtout au vu des derniers chiffres de l’Aviq, en Wallonie, pour qui 84% des clusters sont familiaux, contre moins de 4% sur le lieu de travail.

Une contamination sur cinq se produit sur le lieu de travail ?

Mais une étude publiée ce jeudi par Médecine pour le Peuple, pour le compte du PTB, assure d’ailleurs qu'"une contamination sur cinq se produit sur le lieu de travail". A la lecture de l’étude en question, il s’avère que cette affirmation est largement exagérée.

Tout d’abord, cette étude annonce un échantillon de 517 personnes testées positives. Avec comme résultat, " 21,3% des contaminations, en dehors de la famille, ont lieu en entreprises ", selon Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB, ce jeudi. Une sur cinq "en dehors de la famille", cela fait déjà une sacrée nuance.

Un échantillon de 471 personnes

Ensuite, quelques précisions, de la part de Sofie Merckx, médecin généraliste à Médecine pour le Peuple et députée fédérale du PTB, "sur les 517 patients, 9% n’ont pas pu être joints". L’échantillon réellement interrogé est donc de 471 personnes. Ensuite, "nous avons pu identifier la source de contamination chez 93,2% de nos patients positifs"Ces "sources inconnues" n’ont rien d’extraordinaire dans ce type d’exercice, mais une zone d’ombre subsiste donc dans près de 7% des cas – sur ces 471 personnes.

Vu la taille de l'échantillon, on évitera de toute façon de tirer des grandes conclusions de de cette "étude". Mais outre des questions évidentes sur la taille de l’échantillon, et sur le fait de savoir si celui-ci est représentatif de toute la diversité des entreprises… Quelle est donc la part des contaminations identifiées qui concerne les entreprises ?

Voici une première répartition des proportions des contaminations connues, dans et en dehors du domicile, selon ces données :

  • 6,8% : Inconnu
  • 39,4% : Au sein le domicile
  • 53,8% : En dehors du domicile

Parmi les contaminations localisées "en dehors du ménage", 11,8% n’ont pas de source de transmission connue. Si l’on rentre dans le détail – et en réorganisant un peu les résultats, en tenant compte des sources inconnues, le tableau ci-dessous montre un aperçu global de ce qui peut être tiré de l’étude de Médecine pour le Peuple :

Un résultat qui viendrait donc plutôt conforter l’idée que la transmission du virus a surtout lieu dans la sphère privée.

"Nous sommes partis du constat que les recherches sur la transmission du virus en Belgique sont insuffisantes. Et qu’affirmer comme le fait la FEB que l’entreprise est le lieu le plus sûr, n’est sans doute pas correct", se défend Sofie Merckx, avant d’ajouter : "au sein de patients pour lesquels la source de contamination est inconnue, il n’y a pas de raison de penser que la proportion des lieux de contamination est différente. Peut-être même que c’est même plus, au sein des entreprises .

Nous savons que nous ne savons pas

C’est peut-être vrai, peut-être pas. La seule certitude que nous avons aujourd’hui, en Belgique, c’est que nous ne savons rien, ou pas grand-chose de la transmission du Covid au sein des entreprises. Et c’est un vrai problème.

Raoul Hedebouw déclarait lui-même ce jeudi à nos confrères de la DH qu’"il faut pouvoir recueillir les chiffres corrects pour pouvoir prendre les bonnes mesures pour étouffer le virus dans l’œuf de la manière la plus efficace et la plus juste possible".

Un système de collecte de données

Le secrétaire général de la FGTB, Thierry Bodson ne dit pas autre chose, lorsqu’il évoque l’une des revendications du syndicat socialiste : "d’avoir en Belgique, comme c’est le cas dans les pays qui nous entourent, un système performant de récolte de données concernant les lieux de contamination, pour vérifier si les contaminations sont en lien avec le travail, ou non. De façon à pouvoir identifier les clusters, assécher les sources de contamination".

Nos voisins qui ont mis en place cette possibilité de vérifier les lieux de contaminations, sont aujourd’hui beaucoup plus en mesure d’anticiper les décisions qui peuvent être prises en matière de protection, ou de réorganisation du travail.

"Où contracte-t-on le coronavirus ? À ce jour, il n’est toujours pas possible, en Belgique, de donner une réponse concluante à cette question pourtant essentielle", commente le PTB ce jeudi. On serait tenté d’y ajouter : n’est-il pas grand temps d’y remédier ?

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