Coronavirus en Belgique : la Banque Nationale s’attend à "une crise très aiguë et très profonde" avant "un rebond en 2021"

La Banque Nationale et le Bureau du Plan ont livré un premier scénario de l’impact du Covid-19 sur l’économie belge. Ce scénario envisage une contraction de 8% du produit intérieur brut de la Belgique pour 2020. Le scénario envisage donc un choc brutal. Avant une reprise fulgurante de l’économie.

"C’est effectivement une situation assez particulière, on n’a jamais vécu ça. En termes de perte de PIB, on se retrouve dans une perte qui est un multiple de ce qu’on a vécu pendant la crise financière, donc une crise très aiguë et très profonde, mais que l’on espère de courte durée. Donc, effectivement, dans le scénario qu’on a retenu, on a un fort rebond en 2021 qui permettra à l’économie de retrouver pratiquement le niveau initial en termes de produit intérieur brut", explique le gouverneur de la Banque Nationale, Pierre Wunsch.


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Ce scénario, dessiné par la Banque Nationale et le Bureau du Plan, est basé sur des projections et non pas de simulations ou d’estimations précise Pierre celui qui est aussi coprésident de l’Economic Risk Management Group, parce qu’effectivement les incertitudes restent très importantes, en particulier quant au rebond en 2021.

"Ça va beaucoup dépendre de la vitesse à laquelle on peut sortir de la phase de confinement, des conditions de sortie de confinement, mais aussi de l’état de l’économie à l’échelle internationale au moment où on pourra sortir de ce confinement. Donc, encore beaucoup d’incertitudes. Mais effectivement, pour l’instant, ce qu’on a retenu dans le scénario, c’est une contraction qui est beaucoup plus forte que celle de la période de crise 2008-2009. C’est donc effectivement une crise très profonde".

Une croissance économique de 9% en 2021 ?

Une crise qui pourrait donc être très profonde, mais qui serait temporaire. Malgré une consommation en berne et une diminution des bénéfices des entreprises qui serait de l’ordre de 40%, le scénario envisage pourtant une croissance économique de 9% en 2021. Une partie du scénario optimiste, peut-être trop optimiste ?

"Oui, probablement. Je crois qu’il faut plus le voir comme un but à atteindre et essayer de s’en rapprocher le plus possible. L’enjeu est quelque part de faire du portage de notre économie. On avait une économie qui était en bonne santé avant la crise. On utilise parfois l’analogie avec la guerre, la guerre au virus. Sur le front sanitaire, c’est certainement une guerre à un virus, mais notre infrastructure, les gens et notre système économique sont préservés pendant cette phase de crise, même si on a maintenant 40% des travailleurs du secteur privé qui ne travaillent pas, qui sont au chômage temporaire ou qui sont en droit passerelle pour les indépendants", indique Pierre Wunsch.

Pour le président de la Banque NAtionale : "L’enjeu est donc de parvenir à passer ce cap des semaines de confinement et le plus possible de retrouver l’économie et l’appareil productif dans le même état qu’avant. On a maintenant beaucoup de gens qui sont en chômage temporaire, comme je viens de l’indiquer. Le risque à ce jour serait que ce chômage temporaire se transforme en chômage plus permanent parce qu’il y aurait des faillites d’entreprises ou que l’économie ne pourrait pas redémarrer rapidement".

Vers un plan de relance budgétaire massif ?

Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, plaide pour une réaction budgétaire suffisamment puissante de la part des États. Pierre Wunsch évoquait il y a trois semaines une relance keynésienne par la dépense publique. Faut-il maintenir un plan de relance budgétaire massif ? Des nouvelles mesures seront-elles inévitables ?

"De nouvelles mesures seront vraisemblablement nécessaires. L’enjeu maintenant, après avoir adressé essentiellement les problèmes de liquidités — dans une crise, il y a toujours une séquence — c’est d’abord d’éviter que le système ne s’effondre, et ce sont les actions de la Banque centrale. En matière de liquidités, c’est la garantie qu’on a donnée aux banques, ce sont les reports d’impôts qui ont été décidés par le gouvernement. Ça permet de gagner du temps".

Des aides pour recapitaliser certaines entreprises ?

Le gouverneur de la Banque Nationale explique également que la crise impactera de façon différente les entreprises et les ménages : "On sait que certaines entreprises vont souffrir et le choc est beaucoup plus fort aujourd’hui sur les entreprises que sur les ménages, parce que les ménages sont relativement bien couverts, en particulier les bas salaires, par les mesures de chômage temporaire. Maintenant, la prochaine étape est de voir comment on peut aider les entreprises".

"Les régions ont déjà pris des mesures, des primes de 4000 ou 5 000 euros pour aider surtout les toutes petites entreprises. À partir d’une certaine taille, 4000 ou 5 000 euros, c’est relativement marginal. On doit donc voir comment on peut compléter le dispositif qui a été mis en place au niveau régional, probablement par des mesures fédérales. Il y aura probablement des interventions sur dossier par les "invests" régionaux ou peut-être par la SFPI s’il faut aider à recapitaliser certaines entreprises. Ça, c’est la prochaine étape. À un moment donné, quand on va être confronté à la relance, peut-être qu’on aura besoin d’un coup de pouce du côté de la demande, mais ce n’est pas encore sûr", estime Pierre Wunsch.

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