Coronavirus: de l’impossibilité d’établir des projections économiques, au scénario "en V"

Le retour du printemps, c’est la période des projections économiques. On jette un œil dans le rétroviseur et on prend des jumelles pour (tenter de) voir l’avenir économique. C’est un passage obligé pour toutes les autorités, avec, la plupart du temps, un ajustement budgétaire et les premiers préparatifs pour le budget de l’année prochaine, qui sera discuté l’été et envoyé, au plus tard, mi-octobre à l’Europe.


À lire aussi ►►► "Pour venir à bout de l'épidémie de coronavirus en Belgique, nous aurons besoin de généraliser les masques... et les tests"


Cette année, ça sera très différent. Au point où l’estimation des trajectoires de croissance, budgétaire, etc., est totalement hasardeuse. L’institut des comptes nationaux (ICN) a publié, le 20 mars dernier, ses perspectives économiques pour la période 2020-2025, tablant sur une croissance économique limitée à 0,4% pour la Belgique, avec une zone euro qui reculerait de 0,3%. Ces chiffres, l’ICN les a déterminés le 11 mars, en tenant compte, donc, des effets de l’épidémie du coronavirus et en basant les perspectives internationales de l’OCDE. Mais depuis, comme l’écrit l’IWEPS, l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique, "ces analyses sont obsolètes". L’IWEPS renonce à établir la moindre estimation chiffrée dans sa dernière édition des "Tendances économiques" : "Aucune observation économique tangible ne permet encore d’appréhender l’ampleur du recul attendu de la valeur ajoutée à la fin du premier trimestre et au deuxième trimestre en Wallonie, ni même en Belgique. […] À ce stade, l’impact économique de la crise sanitaire ne peut être précisément déterminé ni quantifié de façon fiable."

Espérer un scénario de récession "en V"

Néanmoins, l’IWEPS propose des éléments d’analyse et avance quelques hypothèses : "Nous tablons en effet à présent sur un véritable trou d’air de l’économie mondiale à partir de ce mois de mars, qui impactera la croissance économique qui sera enregistrée sur l’ensemble du premier semestre de 2020. En particulier, nous anticipons à présent que l’activité économique en Zone euro devrait se contracter sensiblement au cours du deuxième trimestre, en raison des mesures de confinement de plus en plus drastiques qui ont été imposées dans le courant du mois de mars. […] Les exportations wallonnes devraient dès lors reculer sensiblement sur l’ensemble du premier semestre de cette année." Mais pour l’Institut, si les mesures publiques pour soutenir l’activité économique portent leurs fruits, l’emploi "ne serait que légèrement affecté par ce choc." Aidée par une inflation très limitée, les effets toujours présents du choc pétrolier de ce début d’année et par les "politiques budgétaires et monétaires expansionnistes qui se mettent en place pour contrer les effets du COVID-19", l’économie devrait reprendre, grâce à une "reprise assez vive des dépenses de consommation et des investissements des agents économiques en deuxième partie d’année 2020." Par ailleurs, la reprise internationale devrait permettre aux exportations wallonnes de repartir largement à la hausse au second semestre. La récession se ferait dès lors "en V". Une forte chute – celle que l’on vit actuellement – qui serait suivie d’une forte remontée – celle qui est espérée par… tout le monde.

On peut évoquer trois autres types de récession :

  • La récession "en W" : comme la forme de la lettre l’indique, il s’agit d’une chute, suivie d’un rebond, lui-même suivi d’une autre chute et d’un autre rebond. Un scénario pas tout à fait inimaginable si quelques mois après la fin de la crise, la contamination devait reprendre de façon massive, sans vaccin disponible.
  • La récession "en U" : c’est une version aggravée de la version "en V" : la crise est plus longue, mais la machine économique reprend tout de même le dessus.
  • La récession "en L" : le pire scénario. La croissance reste atone, un long moment, comme après la crise boursière et financière commencée en 2008 et qui a longtemps pesé sur les économies européennes.

La récession "en V" est le scénario sur lequel table l’IWEPS, avec, bien entendu, toutes les précautions d’usage. Il existe, tout de même, un précédent : l’économie d’Hong-Kong a subi une récession "en V" suite à l’épidémie SARS en 2003-2004.