Coronavirus : Airbus, Boeing, Embraer, les turbulences continuent pour les avionneurs

Coup de tonnerre dans le ciel déjà gris du petit monde aéronautique après la publication par Airbus d'une évaluation pessimiste de l'impact de la crise du coronavirus sur ses activités. Dans une lettre adressée aux 135.000 employés de la société, le président éxécutif, Guillaume Faury demande à ses salariés de se préparer à des réductions d'emplois potentiellement plus importantes qu'annoncées et avertit que la survie de l'avionneur est en jeu sans action immédiate.

Dans cette même lettre, le président exécutif de l'entreprise, Guillaume Faury écrit qu'Airbus "perd de l'argent à une vitesse inédite" et qu'une baisse d'un tiers ou plus des taux de production ne reflète pas le pire des scénarios pour la compagnie et serait maintenue à l'étude. L'avionneur européen s'est pour l'instant refusé à tout commentaire.

Plusieurs milliers de personnes impactées

Des mesures de chômage partiel assistées par le gouvernement concernant 3.000 personnes en France ont été planifiées par Airbus "mais il se peut que nous devions prévoir des mesures supplémentaires", a précisé Faury. "La survie d'Airbus est en jeu si nous n'agissons pas maintenant", a-t-il ajouté. Il a aussi annoncé que les nouvelles mesures de production pourraient rester en place le temps de réévaluer la demande, précisant que cela pourrait prendre entre deux et trois mois.

La compagnie doit publier dans les jours à venir ses résultats du premier trimestre dans le contexte d'une pandémie qui a mis les compagnies aériennes en difficulté et a pratiquement interrompu les livraisons depuis la mise en place de mesures de confinement mi-mars.


►►► À lire aussi : Notre dossier sur le coronavirus


 

Pendant ce temps Boeing lâche Embraer

3 images
Coronavirus : Airbus, Boeing, Embraer, les turbulences continuent pour les avionneurs © Yuli Seperi - Getty Images

La mesure prise par Airbus intervient alors que son concurrent principal, le constructeur aéronautique américain Boeing, a annoncé dans un communiqué qu'il renonçait à racheter les activités civiles de son concurrent brésilien Embraer, malgré le protocole d'accord noué en juillet 2018. Un protocole qui prévoyait que Boeing prenne le contrôle de cette activité pour 4,2 milliards de dollars, ce qui lui aurait permis de contrôler 80% du capital du nouveau groupe. Les 20% restants seraient restés sous le contrôle de la compagnie brésilienne.

Alors que la transaction devait être finalisée au 24 avril, Boeing "a exercé son droit d'y mettre fin dans la mesure où Embraer n'a pas satisfait les conditions nécessaires", a indiqué le groupe américain dans un communiqué. "Boeing a travaillé avec diligence pendant plus de deux ans pour finaliser sa transaction avec Embraer. Au cours des derniers mois, nous avons eu des négociations productives mais finalement infructueuses sur certaines conditions de l'accord qui n'ont pas été remplies", a justifié Marc Allen, responsable du partenariat avec Embraer chez Boeing, sans apporter de détails sur les critères manquants. "Nous voulions tous les résoudre avant la date limite, mais cela ne s'est pas produit", a-t-il poursuivi. Les deux groupes auraient pu décider de prolonger les négociations mais y ont finalement renoncé.

Jours sombres

Boeing traverse actuellement une passe difficile, entre les déboires du 737 MAX, cloué au sol depuis plus d'un an après deux accidents rapprochés ayant fait 346 morts, et la crise sanitaire mondiale qui a frappé de plein fouet le secteur aérien. Le projet de fusion avait été annoncé quelques jours après l'entrée en vigueur du partenariat entre Airbus et le canadien Bombardier, qui a permis à l'Européen de prendre le contrôle du programme de l'avion moyen-courrier Cseries. L'opération devait permettre à Boeing de concurrencer son rival européen dans le segment des avions régionaux. Elle devait parallèlement permettre à Embraer de bénéficier de la force de frappe commerciale de Boeing. Le projet de fusion avait reçu le feu vert de l'ensemble des autorités impliquées, sauf celui de la Commission européenne. Les deux entreprises prévoient en revanche, selon Boeing, de "maintenir leur accord existant, signé en 2012 et prolongé en 2016, de commercialiser et soutenir ensemble le programme de l'avion de transport militaire C-390".

Annulation illégale ?

3 images
Coronavirus : Airbus, Boeing, Embraer, les turbulences continuent pour les avionneurs © kabantsev - Getty Images/iStockphoto

Tout de suite après l'annonce de Boeing, le constructeur aéronautique brésilien Embraer à accusé le constructeur américain d'avoir renoncé "illégalement" au rachat de ses activités civiles, en ayant recours à des "arguments fallacieux" afin d'éviter de remplir son engagement. "Embraer est fermement convaincu que Boeing a mis fin illégalement" au protocole d'accord et "a eu recours à des arguments fallacieux qu'il a utilisés comme prétexte pour ne pas remplir son engagement de conclure la transaction et payer à Embraer le prix d'achat de 4.200 millions de dollars", a déclaré le groupe brésilien dans un communiqué de presse.

Embraer, troisième fabricant d'avions au monde, a considéré qu'il "était en totale conformité avec toutes ses obligations" et qu'il "avait rempli toutes les conditions nécessaires", et dans le temps prévu par le contrat. Embraer "envisagera toutes les poursuites possibles contre Boeing pour les dommages causés après l'annulation illégale et la violation" du protocole d'accord, ajoute le communiqué.

Le 26 mars, Embraer avait annoncé une perte nette de 209,8 millions de dollars au quatrième trimestre, terminant l'année largement dans le rouge, avec une perte cumulée de 322,3 millions de dollars. L'entreprise avait alors indiqué qu'il était impossible de faire des prévisions pour 2020 en raison de l'impact dévastateur de la crise sanitaire du coronavirus sur l'industrie aéronautique, et plus particulièrement sur les compagnies aériennes.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK