Coronavirus à Bruxelles : "Il y aura probablement entre 15 et 20% de faillite, et 52.000 pertes d’emploi", estime Olivier Willockx (Beci)

Nombre record de faillites, pertes d’emplois massives… L’économie bruxelloise est-elle en train de boire la tasse à cause du covid-19 ?

Brussels Airlines est dans une situation particulièrement grave, ce qui pourrait porter préjudice au rayonnement européen et mondial de la capitale belge. Alors faut-il que le gouvernement fédéral vienne en aide financièrement à la compagnie aérienne ?

Pour Olivier Willocx, administrateur délégué de Beci, la chambre de commerce, de l’industrie et des entreprises de Bruxelles, la capitale y a "tout intérêt, parce que sinon on risque d’avoir de vrais regrets d’ici quelques années" : "Je ne crois pas que l’Otan ou l’Union européenne restent longtemps à Bruxelles si on devait perdre un opérateur national", affirmait-il ce mercredi dans Matin Première.

Si Olivier Willocx ne craint pas des effets collatéraux à court terme d’une faillite, ou même d’une simple diminution de l’activité de Brussels Airlines, il se pose la question de l’interconnexion de la capitale. "Aujourd’hui, ce qui est important sur un opérateur national, c’est que vous assurez les vols que vous souhaitez faire, avec les accords réciproques, explique l’administrateur de Beci. Si demain, vous n’assurez plus que des vols pour Berlin par Ryanair, par exemple, vous allez être relativement isolé."

Tous les congrès, les réunions de chefs d’Etat (avec leur délégation) ne se tiendront plus à Bruxelles, qui sera reléguée au niveau de Bordeaux ou Luxembourg. "Si on veut se retrouver comme une petite ville européenne qui n’est pas connectée au reste du monde, on le paiera, très cher", prévient l’administrateur de Beci.


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L’autre volet de la crise qui frappe la capitale, c’est celui qui concerne l’horeca. Beaucoup d’établissements demandent une réouverture rapide, mais Olivier Willocx rappelle que l’enjeu n’est pas vraiment là. "Si vous forcez tous les restaurants à ouvrir de facto à 50% de leurs capacités, et que vous ne permettez plus les dispositions de chômage telles qu’elles existent aujourd’hui, vous allez encore plus fragiliser l’offre de restaurants, qui ne seront pas rentables et perdront de l’argent", précise-t-il.

En résumé, ce n’est pas une crise de la demande, mais bien de l’offre : ce n’est pas par manque de clients que le secteur est fragilisé, mais parce que les conditions sanitaires ne permettent pas un retour à la normale. "Nous avons une crise de l’offre, il va falloir soutenir l’offre", conclut Olivier Willocx. Du côté de la demande, paradoxalement, ce sont les ménages qui sont riches au niveau macroéconomique. "Nous ne croyons pas dans des politiques de relance de la consommation, elle suivra toute seule", rappelle-t-il.


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Selon l’administrateur de Beci, les conséquences réelles de la crise ne se verront que lorsque les établissements et le tribunal de l’entreprise rouvriront. "Les statistiques sur lesquelles nous travaillons avec la banque nationale nous indiquent que nous aurons entre 15 et 20% de faillite, et les simulations sont de l’ordre de 52.000 pertes d’emploi à Bruxelles", affirme-t-il.

Le confinement aussi aura un impact fort sur la transformation de l’économie bruxelloise, rappelle Olivier Willockx, et notamment l’immobilier. "Toute une série d’entreprises se sont parfaitement bien adaptées au télétravail, et aujourd’hui ceux qui étaient contre sont plutôt pour", estime-t-il.

Dans les faits, les surfaces de bureau pourraient être fortement réduites, ce qui aura un impact positif sur la mobilité, mais plutôt négatif pour le secteur immobilier et pour certaines personnes qui perdront leur emploi faute de pouvoir s’adapter.


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Pour résoudre cette crise, on voit venir de tous les côtés politiques des propositions de plan de relance économique. Est-ce que ce sera suffisant ? "Je pense que les gouvernements ont fait tout ce qu’ils pouvaient, se réjouit Olivier Willockx, même s’il estime que ce ne sera pas suffisant. Ce qui était impossible de faire avant a été fait en deux trois jours avec un consensus, même syndical, avec tout le monde. Honnêtement, je n’ai jamais vu ça, et je pense qu’on a vécu des moments très forts sur la capacité de se mobiliser de tout le monde."

Mais pour la sortie de crise, le problème, c’est que de plus en plus de secteurs appellent à l’aide… Et qu’on ne va pas pouvoir donner de l’argent à tout le monde, estime Olivier Willockx. "A Bruxelles aujourd’hui, rien que pour les entreprises, j’ai besoin de retrouver environ 3,2 milliards de perdus, note l’administrateur de Beci. Le demander au gouvernement bruxellois n’a pas de sens, parce que le budget global de la région est de 6 milliards !"

Tout est fichu alors ? "La question n’est pas de savoir si tout est perdu, mais comment on repart", nuance Olivier Willockx. Pour cela, il faudra recapitaliser les entreprises d’1,2 milliards, car elles sont en situation d’arrêt d’activité. Mais l’administrateur de Beci reste optimiste sur l’opportunité de redessiner un modèle économique : "Je pense à 20% que ça va changer fondamentalement les choses." Il cite notamment les nouvelles façons de s’organiser pour les entreprises, les universités ou encore les circuits courts, qui ont explosé pendant le confinement et pourrait se généraliser.