Coronavirus en Belgique : où se produisent vraiment les contaminations ?

"Coronavirus: 4 infections sur 10 se produisent  sur le lieu de travail": vrai ou faux?
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"Coronavirus: 4 infections sur 10 se produisent sur le lieu de travail": vrai ou faux? - © Tous droits réservés

"Coronavirus : 4 infections sur 10 se produisent sur le lieu de travail" titre ce matin la Gazet van Antwerpen. Cela veut-il dire que 40% de toutes les contaminations ont lieu au boulot ? Pas vraiment en fait. Décryptage.

D’où vient ce chiffre ? Pour la première fois vendredi 8 janvier, Sciensano a publié une donnée que de nombreux chercheurs réclamaient : le suivi des "clusters", c’est-à-dire des foyers de contaminations. On parle d’un cluster à partir de deux infections ayant un lien épidémiologique dans les quatorze jours.

Et ce que Sciensano donne dans son rapport, c’est la répartition des clusters "actifs" lors de la semaine du 28 décembre au 3 janvier. Ceux-ci sont répartis comme suit :

  • 40% dans les entreprises
  • 19% dans les maisons de repos.
  • 16% dans les collectivités résidentielles (dont 8% sont des résidences pour personnes handicapées)
  • 13% dans les écoles
  • 7% dans des clusters "communautaires", c’est-à-dire liés à la population.

Trois biais importants

Peut-on en conclure que 4 contaminations sur 10 ont donc lieu au travail ? Absolument pas, car il existe de nombreux biais. Le premier, c’est que comme le dit le rapport, la surveillance des clusters se concentre donc sur les clusters pour lesquels une intervention est possible. Cette surveillance est menée à plusieurs niveaux (communal, provincial ou régional) au sein des différentes régions et communautés. Il est donc possible que certains clusters soient gérés très localement et les données pas nécessairement transmises au niveau central.

Un pourcentage de foyers, pas de cas : La répartition donnée est celle des foyers actifs. Le chiffre du nombre de contaminations au sein de chaque foyer n’est pas fourni dans le rapport.

Les clusters scolaires incomplets : "Les clusters dans les écoles (13%) mentionnés ici ne concernent que ceux enregistrés par les services de contrôles des maladies infectieuses", précise le rapport. Certains foyers suivis par les services médico-sociaux au sein des écoles, comme c’est souvent le cas en Fédération Wallonie-Bruxelles ne sont pas repris dans ce rapport. Et surtout n’oublions pas que ce rapport concerne la semaine du 28 décembre au 3 janvier, donc la deuxième semaine de vacances ! Les contaminations scolaires ont eu lieu principalement AVANT cette période.

Les clusters "communautaires" sous-estimés : le pourcentage de foyers au sein de la population peut paraître faible. Selon le rapport, "cette situation peut être notamment expliquée par la difficulté à identifier les liens épidémiologiques entre les individus dans une communauté. La probabilité qu’un cluster communautaire soit rapporté comme cluster confirmé est donc beaucoup plus faible que pour les collectivités structurelles".

"Les infections individuelles se produisent généralement au sein du milieu familial", souligne d’ailleurs le biostatisticien Geert Molenberghs (UHasselt/KU Leuven) dans la presse néerlandophone. "Mais la première infection est souvent contractée sur le lieu de travail. C’est pourquoi nous insistons sur le télétravail."

 

Une situation inquiétante quand même. Une fois ces précisions données, on peut quand même souligner le rôle important toujours joué par le milieu professionnel dans les contaminations, alors que l’on encourage le télétravail. Et ce même si l’entreprise prend des dispositions.

Des situations problématiques ont davantage cours durant les pauses, explique le virologue de Sciensano Steven Van Gucht dans la presse flamande : "Manger ensemble à la cantine, prendre un café à la machine automatique… ce qui est difficilement faisable avec le masque."

Point presse du 12/01/21 : comment expliquer la hausse des contaminations ?

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