Consommer de l'électricité verte: est-ce financièrement intéressant?

Consommer de l'électricité verte: est-ce financièrement intéressant?
Consommer de l'électricité verte: est-ce financièrement intéressant? - © CHANDAN KHANNA - AFP

Imaginons un ménage qui voudrait consommer de l'électricité verte. La facture d’énergie est un montant considérable: en général de 150 à 200 euros par mois, en fonction de la taille du ménage. Est-ce que passer à l'énergie verte, c'est forcément plus cher qu'un contrat d'énergie classique? Et avant tout, est-ce que tous les fournisseurs en proposent? Le point avec Juliette Boulet, chargée du projet de classement des fournisseurs d'énergie verte chez Greenpeace.

Les électrons que vous allez consommer pour qu’une ampoule soit allumée ne seront de toute façon jamais plus verts que ceux de votre voisin. Tous ces électrons viennent d’un seul réseau électrique. Formellement, il est aujourd'hui légalement permis à presque tous les fournisseurs d'annoncer la vente d'électricité verte. De manière générale, tous les fournisseurs proposent d'ailleurs dans leur gamme de contrats possibles, au moins une possibilité estampillée "énergie verte". Mais, premier bémol...

Des fournisseurs peuvent très facilement fournir 100% d’énergie noire, et la couvrir légalement par 100% de certificats, qui diraient qu’elle est verte

Ce qui est affiché comme vert varie en fait très fortement en fonction des fournisseurs. Parce qu'il y a un système de garanties - légal, au niveau européen - qui permet en fait à presque n'importe qui de se targuer de fournir de l'électricité verte.

Pour Juliette Boulet, chargé du projet de classements des fournisseurs d’électricité, ces certificats coûtent peu cher aux opérateurs, par rapport en tout cas au fait de produire réellement de l'électricité issue de sources renouvelables: " Et donc on peut très très vite fournir 100% d’énergie noire, et la " couvrir " légalement par 100% de certificats, de morceaux de papier qui diraient qu’elle est verte. C’est un système légal au niveau européen que nous contestons, et qu’on essaie de modifier. Bien sûr, d’autres fournisseurs d’électricité produisent eux-mêmes leur électricité à base d’éoliennes, de barrages hydrauliques, de photovoltaïques…et donc là, bien sûr, ils réinvestissent les bénéfices générés par l’achat des consommateurs dans des installations, de nouvelles capacités d’énergie renouvelable. Et ça, c’est du beaucoup plus réel. "

Parce que dans ce cas-là, les bénéfices générés par l’achat d’électricité par les consommateurs sont réinvestis dans de nouvelles installations renouvelables. D’où la nécessité de se renseigner, selon Greenpeace, sur les investissements dans le renouvelable faits - ou non - par un fournisseur.

Mais pour ces fournisseurs chez qui l'électricité est issue du renouvelable, est-ce que l'énergie "réellement verte" n’est pas forcément toujours plus chère?

"Pas spécialement", répond Juliette Boulet. "De la même manière, si on veut, aujourd’hui de la nourriture bio est parfois au même prix ou moins chère que d’autres produits en magasin…Et bien aujourd’hui, financièrement, un contrat énergie verte peut s'avérer financièrement particulièrement intéressant. Tout dépend donc du profil de consommation que vous avez". Surtout pour des petits ménages ou des ménages qui consomment peu d'électricité, les économies peuvent parfois représenter des dizaines, voire des centaines d'euros par an. A vos comparatifs et à vos calculatrices! Parce que résilier son contrat d'énergie n'a jamais été aussi facile. Et c'est sans doute une avancée considérable pour le consommateur. Même s'il reste des barrières tout de même. La première, c'est la lisibilité de la facture, des factures parfois difficile à comprendre. Et ça n'aide pas en tant que consommateur à y voir clair dans les possibilités de changement de fournisseurs. La Fondation Roi Baudouin vient d'ailleurs d'appeler à simplifier les factures d'énergie.

Surtout pour des petits ménages ou des ménages qui consomment peu d'électricité, les économies peuvent parfois représenter des dizaines, voire des centaines d'euros par an

La deuxième c'est la barrière financière à l'entrée de certaines coopératives qui fournissent de l'électricité verte. On parle parfois de 1000 euros, sous forme de part dans une coopérative, avant de devenir client. Ce n'est pas rien, évidemment. Mais le modèle est différent, et il s'agit bien dans ce cas d'un investissement, qui peut rapporter des dividendes. Pour ceux qui en ont les moyens.

Est-ce qu'il existe des disparités régionales dans l'offre?

"Oui, malheureusement. Il y a une vivacité, une présence des fournisseurs beaucoup plus importante en Flandre et en Wallonie. Et il y a très peu de choix de fournisseurs verts sur le marché bruxellois. Parce qu'à Bruxelles, pour une raison noble mais avec des dommages collatéraux sans doute insoupçonnés à l’origine, la législation bruxelloise protège beaucoup plus les familles, les ménages, en cas de défaut de paiement vis-à-vis de leur fournisseur. Et on constate que toute une série d’acteurs de l'énergie décident de ne pas s'aventurer sur le marché bruxellois - pour cette raison-là".

 

 

 

 

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