Connaître les petits cancans de l'entreprise pour mieux s'intégrer

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Illustration - © RTBF

Qui n’a jamais cédé à la tentation de répandre un petit potin au bureau ? Qui ne s’est jamais délecté d’apprendre que, "Oui, c’est vrai je t’assure", Machin de la comptabilité file le parfait amour avec Unetelle du service commercial ? Les potins au bureau, certains adorent, d’autres détestent mais le fait est que ces bavardages en disent beaucoup sur l’entreprise et ses codes.

Ils ne vaudraient pas le temps qu'on leur consacre devant la machine à café. "Ils" ? Les potins. Les cancans. Les bruits de couloir. Les ragots. Il ne serait pas intéressant de savoir que la secrétaire du patron a le béguin pour le nouveau délégué commercial, que votre supérieur hiérarchique vient de se faire laminer au comité de direction, que les salariés de tel service ont fait un repas un peu trop arrosé... Tout cela serait futile.

Eh bien, non, pas du tout, estime Aurore Van de Winkel, docteur en communication et conseillère en gestion des rumeurs, les cancans, les ragots, les potins peuvent avoir une certaine utilité : "Ils permettent en fait de réunir pas mal d’informations sur les membres du groupe, explique-t-elle. C’est important quand on arrive dans un nouveau service ou dans une nouvelle entreprise. Ces informations permettent de mieux appréhender la structure du pouvoir dans l’entreprise, les critères d’appartenance au groupe et donc, de mieux s’intégrer en sachant ce qu’il vaut mieux éviter de dire ou de faire. Elles permettent aussi de se lier par des motifs communs d’amusement : on rigole des mêmes choses, des mêmes personnes – car malheureusement, il faut bien reconnaître que les cancans sont souvent négatifs".

A priori, les ragots peuvent concerner chacun dans l’entreprise. Le patron, le chef de service, le collègue. Vous… Mais, comme le signale Aurore Van de Winkel, "ne pas être la cible des bavardages des collègues peut aussi être ennuyeux, c’est peut-être le signe que personne ne s’intéresse à vous…"

Risques de dérapages

Il vaudrait donc mieux être la cible de ragots. Du moins modérément. Tout est une question de mesure. Car si la machine s’emballe, les ragots peuvent virer au cauchemar : si les commérages concernent un travailleur en particulier de manière répétitive, avec des mots blessants, pendant une longue période, et si la personne concernée n'est pas en mesure de se défendre, alors oui, on peut glisser dans le piège du harcèlement.

Mieux vaut donc intervenir avant que le dérapage ne se produise. Là, il existe toute une gamme de réactions possibles, qui vont du silence radio – "Je les entends bien se moquer de moi, mais je m’en fiche" – à la contre-attaque du genre, "Je t’ai entendu raconter que je me suis fait laminer en comité de direction, mais c’est totalement faux, merci d’arrêter". L'humour marche pas mal aussi, certains vont jouer les victimes, d'autres faire intervenir le responsable des ressources humaines. Tout dépend de la personnalité mais aussi de la gravité des ragots et de leur degré d'exactitude.

En cas de harcèlement ou de diffamation par exemple, la hiérarchie de l’entreprise doit évidemment intervenir. Mais l’idéal, c’est de faire en sorte que la situation reste sous contrôle, être à l'écoute de ce qui se passe dans l’entreprise mais aussi sur les réseaux sociaux, là où les bavardages sans gravité peuvent parfois dégénérer gravement. D’où ce message aux entreprises signé Aurore Van de Winkel : établissez une charte sur l'utilisation prudente des réseaux sociaux. Et puis, retour aux bases, il faut rappeler que le management a une responsabilité importante dans le maintien d’une bonne atmosphère dans l’entreprise. Pour cela, il incombe aux managers de renforcer la cohésion des équipes, de sorte que les ragots restent bon enfant.

Michel Gassée

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