Comment une étude universitaire a faussé l'économie mondiale

Kenneth Rogoff
Kenneth Rogoff - © EPA/EPA/Charles Crowell

On l’a appris la semaine dernière : on peut être professeur d’université -et pas de n’importe quelle institution, mais de la prestigieuse Harvard- et se tromper dans l’utilisation d’un tableau Excel. C’est en tout cas ce qu’ont reconnu les respectables professeurs Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart pour expliquer comment une erreur s’était glissée dans les conclusions d’une étude réalisée en 2010 sur les conséquences de la dette des Etats.

Selon cette étude, au-delà d’une dette publique de 90% du produit intérieur brut, l’économie d’un pays commence automatiquement à décliner. Or, la semaine dernière, des chercheurs d’une autre université du Massachusetts ont remis en cause cette théorie et estimé que l’endettement des pays n’avait pas vraiment de conséquence sur leur croissance à long terme.

Ce n’est pas une simple querelle d’économistes. Et ce n’est pas non plus une "simple" bourde. Car le problème, c’est que l’étude controversée a servi de base à plusieurs gouvernements pour légitimer des politiques d’austérité et de réduction des déficits publics. Des politiques dont on sait aujourd’hui à quel point elles peuvent brider la relance économique.

Cet épisode n’est pas un cas unique : en janvier dernier, le Fonds monétaire international avait lui aussi reconnu une erreur d’appréciation des conséquences négatives des politiques d’austérité.

On dira certainement que les gouvernements qui se sont inspirés de l’étude pour déterminer leurs plans de rigueur ne sont pas allés chercher bien loin. Mais tout de même, ils croyaient se baser sur des données sérieuses, établies par des institutions considérées comme des références internationales. Lesquelles ont -au moins- fait preuve d’une certaine légèreté dans la rédaction de leurs conclusions.

Petit détail : dans l’étude de Harvard, l’erreur provient notamment de l’oubli, dans les calculs, de plusieurs pays, dont la Belgique, qui se caractérise par le poids de sa dette mais aussi par sa capacité de résistance à la récession. Si les chercheurs américains avaient connu les particularités de notre petit pays, ils auraient peut-être eu la puce à l’oreille, et tout cela ne serait jamais arrivé.

 

Martine Maelschalck

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