Investissements responsables? 85% des produits vendus comme "éthiques" ne le sont pas

Il y a un véritable engouement pour les produits financiers "éthiques ". Entre 50 et 70% des consommateurs belges souhaitent que leur argent soit investi avec une considération pour des critères sociaux et environnementaux. On les appelle "ISR" pour "Investissements socialement responsables", et ils répondent à des préoccupations sociales, éthiques, de gouvernance, et environnementales - et pas uniquement à des critères financiers.

C’est un marché qui grandit chaque année (encore +50% en 2017) et qui représente environ 7% du marché total des produits financiers aujourd'hui – très loin d’un marché de niche. Le problème, c’est que c’est très difficile d’y voir clair dans les investissements responsables.

Ni définition, ni norme

Pour Bernard Bayot, directeur du réseau Financité, "le problème fondamental, c’est l’absence de norme – de quelque nature que ce soit – y compris au sein des banques elles-mêmes". C’est-à-dire que vous avez dans plusieurs banques, d’un produit à l’autre, des méthodologies et des critères différents. Donc ce n’est pas que chaque acteur financier a sa méthode, c’est qu’au sein d’’une seule et même institution vous avez des méthodologies différentes. Et donc la rigueur dans l’évaluation de l’impact sociétal varie. Et donc nous faisons un travail de bénédictin depuis des années d’évaluer l’ensemble des fonds qualifiés de verts, éthiques, socialement responsables,…."

85% des produits vendus comme éthiques ne répondent pas à un cahier des charges minimal

Verdict de ce classement: 85% des produits vendus comme éthiques ne répondent pas à un cahier des charges minimal. Ou pour le dire autrement : Ce qui est affiché aujourd’hui par bon nombre de banques comme investissement socialement responsable…ne l'est tout simplement pas. Et ce n'est sans doute pas étranger aux évolutions du marché: Longtemps, les leaders du marché des produits ISR l’étaient pour des raisons liées à l’histoire de leur institution – avec souvent des origines coopératives. 

Il n'est pas à exclure que des clients mécontents se détournent complètement des produits ISR, n'ayant plus confiance en rien, alors qu'il existe des produits de qualité sur le marché

Ce qui est plus étonnant, c’est que le leader des investissements socialement responsables aujourd’hui, c’est un acteur (beaucoup) plus classique : BNP Paribas, qui est devenu leader en deux ans à peine. Avec dans le dernier rapport de Financité sur les ISR, une cotation désastreuse (due au fait que "nombre de leurs fonds sont structurés ou ont dans leurs portefeuilles des actifs sur la liste noire")

Quantité sans qualité

Et pour Benrard Bayot, "nous sommes face à des acteurs qui malheureusement ont plus eu l’œil rivé sur le quantitatif que sur le qualitatif. Et donc ça pose un vrai problème, il n'est pas à exclure que des clients mécontents se détournent complètement des produits ISR, n'ayant plus confiance en rien, alors qu'il existe des produits de qualité sur le marché. Donc il est essentiel aujourd'hui que l'on puisse rassurer le consommateur et lui dire ce qui est véritablement un produit éthique et ce qui ne l'est pas".

Or, mis à part le classement de Financité, il n’y a pas grand-chose qui permette de vérifier la qualité éthique d’un produit financier. C’est la raison pour laquelle le réseau demande une norme publique belge (ou européenne) de qualité pour ce type d’investissements.

Rentabilité identique

Parce que le manque de clarté est l'un des freins à l'achat les plus souvent cités par les consommateurs - et pas une éventuelle faible rentabilité. Il y a d'ailleurs eu des dizaines d’études réalisées sur le sujet depuis le début des années 2000. Verdict général : en termes de rentabilité, les investissements responsables ne "performent" pas moins bien que les autres, en moyenne. Et quand il y a une différence positive ou négative elle est marginale.

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