Comment mesurer la pénibilité au travail ?

Comment mesurer la pénibilité au travail ? Comment la mesurer objectivement ? Voilà un sujet sur lequel le patronat et les différents syndicats ne réussissent pas à se mettre d’accord. D’où l’intérêt d’une nouvelle étude, publié ce matin dans la revue Regards économiques de l’Université catholique de Louvain.

Et ce parti pris : éviter d’aborder de front cette question de la pénibilité du travail, parce que selon l’économiste Jean Hendrickx, un des deux auteurs de l’étude, il est extrêmement difficile, voire impossible, d’agréger les différents facteurs de risque qui font qu’au bout du compte tel métier serait plus pénible que tel autre métier : "Je pense que c’est parce qu’on a attaqué le problème de front en essayant de décrire des conditions de travail comme étant pénibles, basées tant sur la condition physique même du travail — travailler en chambre froide ou à haute température — basées sur les horaires - travail de nuit, travail en équipe - basées sur l’insécurité de certains métiers — on pensait aux policiers et aux militaires à ce moment-là — et enfin basées sur le stress psychologique".

D’autres critères pour essayer d’objectiver cette pénibilité des métiers

Les auteurs de l’étude ont choisi de prendre d’autres critères pour essayer d’objectiver cette pénibilité des métiers, comme : l’impact de la vie professionnelle sur la mortalité, l’espérance de vie des travailleurs, et leur santé. Arno Baurin est doctorant à l’UCL et il co-signe ce papier avec Jean Hendrickx : "Nous sommes partis d’une base de données où on suivait des gens durant 11 années. La base de données comporte 1,8 million d’observations, donc c’est une base de données assez conséquente. Le but était de voir si à la fin on avait des écarts d’espérance de vie. On voit par exemple que les enseignants ont normalement une espérance de vie de sept années supplémentaires comme celle d’un infirmier. On voit donc clairement ici qu’un métier est plus pénible qu’un autre".

L’état de santé des travailleurs

Le deuxième point est l’état de santé des travailleurs, état de santé tel que ces travailleurs le perçoivent précise Arno Baurin : "Encore une fois, on constate par exemple que les gens dans la construction ont 41% moins de chances de se déclarer en très bonne santé qu’un enseignant. Pour les policiers et les autres métiers de la protection civile, ce sont 20% de chances en moins de se déclarer en bonne santé. Très clairement, on remarque donc de nouveau des différences assez significatives entre les métiers et, de nouveau, en corrigeant les différents biais statistiques".

Et les facteurs de risque ?

Le taux de mortalité et l’état de santé, des critères qu’ils ont pris en compte. Mais faut-il alors abandonner l’approche qui intègre les facteurs de risque dans telle ou telle profession ? La réponse est non. L’idéal serait sans doute de croiser les résultats de ces enquêtes, de ces statistiques liées à la mortalité et à la santé des travailleurs avec effectivement les critères objectifs ou plus ou moins objectifs de pénibilité des métiers. Jean Hendrickx : "C’est quelque chose qui est envisageable. Dans la mesure où vous avez des résultats, vous pouvez lier un métier avec un risque de santé ou avec un risque de mortalité, et vous pouvez essayer de croiser ça avec des conditions objectives de travail — le rythme de travail, les horaires, les conditions de travail. Il y a donc moyen de croiser, certaines méthodes existent, ce n’est pas facile à faire".

Pas facile, non, mais utile, voire nécessaire, puisque la pénibilité des métiers s’inscrit dans un débat beaucoup plus large, le débat sur l’âge de la retraite, mais aussi sur celui qui concerne l’aménagement des fins de carrière dans les pouvoirs publics, dans les entreprises, et c’est évidemment un débat extrêmement important.

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