Objectif économie circulaire: comment dépasser les limites actuelles du recyclage, notamment pour le plastique?

La circularité: c’est le nouveau credo de Fost Plus, l’organisme chargé de récupérer et traiter les déchets d’emballage pour pas moins de 5000 producteurs en Belgique. Avec des résultats probants, puisque la Belgique est aujourd’hui leader du classement européen, avec 90% d’emballages recyclés.

Malgré tout, un point noir: le plastique. Tout d’abord, parce que seuls 40% des plastiques sont actuellement recyclés.

Fost Plus a annoncé son intention d’étendre les plastiques récoltés en collectes sélectives. Actuellement, seuls les bouteilles en plastique transparent et flacons sont valorisés. Demain, (on parle d'une mise en route progressive en 2019 et 2020), on devrait pouvoir mettre dans nos sacs PMC les bouteilles en platique opaque, ainsi que les barquettes, comme celles pour le beurre ou les yaourts.

Mais de toute façon, même lorsqu’ils peuvent être valorisés, les emballages plastiques ne peuvent être la plupart du temps réutilisés tels quels. Ils sont conditionnés pour confectionner d’autres produits, qui eux ne pourront pas être recyclés. Et finissent donc par être incinérés ou enfouis, quand ils ne se retrouvent pas dans l’envrionnement.

Une étude récente montre que c’est le cas pour 25% d’entre au moins, avec les conséquences que l’on sait…

Des matériaux recyclables à l'infini

Les producteurs d’emballages recourent ainsi de plus en plus à l’analyse du cycle de vie. Dès la conception de l’emballage, ils étudient sa recyclabilité. D’autres matériaux au contraire peuvent en effet être recyclés à l’infini. C’est le cas du verre, fondu, et qui sert ensuite à refaire du verre, mais aussi de l’aluminium et de l’acier, deux matériaux qui figurent au top de l’efficacité en recyclage.

Selon une étude de l’ADEME, l’agence de l’énergie en France, ces deux matériaux représentent à eux seuls 96% des kilotonnes de CO2 évitées grâce au recyclage des matériaux, divisés en 76% pour les matériaux ferreux et 20% pour l’aluminium.

Les autres flux (verres, plastiques, papiers, cartons…) ne représentent donc que 4% du bilan global d’économie des émissions, avec même un impact négatif du recyclage des cartons: cela s’expliquerait par le fait que l’industrie de production de carton “vierge” utiliserait une plus grande quantité d’énergie d’origine renouvelable que l’industrie du recyclé.

Les économies d’énergie sont aussi impressionnantes: selon Fost Plus,  le recyclage de l’acier fait économiser jusqu’à 85 % d’énergie par rapport à la production d’acier "neuf". Pour l’aluminium recyclé, ce chiffre atteint même 95 %!

Il faut dire que tant l’acier que l’aluminium peuvent être recyclés sans perte de valeur ni altération de leurs propriétés physiques et chimiques. De plus, l’aluminium et l’acier sont recyclables à l’infini.

Comment ça se passe concrètement?

L’acier est trié à l’aide d’aimants. Pour l’aluminium, des séparateurs à courants de Foucault sont utilisés : l’aluminium reçoit une charge magnétique spécifique. Lorsqu’il arrive ensuite dans un champ magnétique, il est emporté et ainsi séparé de l’acier.

L’acier et l’aluminium sont broyés et nettoyés pour donner de la ferraille qui est prête pour le four. L’acier est envoyé à l’aciérie, l’aluminium aux fonderies spécialisées.

Généralement, l’acier est ensuite ajouté à la fonte des hauts-fourneaux à proportion de 40 %. Les aciéries équipées de fours électriques fondent l’acier et peuvent le recycler à 100 %, sans l’ajouter à la fonte. L’aluminium est fondu dans des fours spéciaux.

Par la suite, l’acier et l’aluminium sont moulés dans des formes, pour fabriquer de nouveaux produits. L’acier est moulé en barres ou en cylindres, l’aluminium en blocs.

Le métal est ensuite transformé en produits "semi-finis", qui sont employés dans les applications les plus variées, dans le transport, la construction ou l’emballage.

Des vieilles voitures recyclées à plus de 97%

Mais les entreprises de recyclage ne se contentent pas de récupérer l'aluminium et l'acier: un site comme celui de Comet à Obourg va beaucoup plus loin dans le traitement. 300 tonnes de métaux y sont traitées chaque heure: de la ferraille de particuliers, mais aussi les appareils ménagers repris via Recupel et même les autobus déclassés. Au total, 2500 à 3000 tonnes y sont déchiquetées sur la journée. Un système d’aimants permet un premier tri, qui va s’affiner de plus en plus. Les plastiques y font aussi l’objet d’un conditionnement spécifique, de façon à pouvoir être réutilisé par les plasturgistes et l’industrie automobile. Même la rouille est valorisée.

Mieux, grâce à un procédé unique au monde, les résidus organiques habituellement mis en décharge sont ici transformés en carburant: c'est le projet Phénix, mené en collaboration avec l'Université de Liège et le soutien du Plan Marshall, qui sous l'effet de la chaleur générée par le processus lui-même, transforme des déchets organiques de diverses natures en matières nobles, hydrocarbures liquides et carbone utile en sidérurgie.

 "Au final, sur un vieux véhicule qui rentre sur notre site d'Obourg, ce sont 97,4% des matières qui sont recyclées pour pouvoir être réutilisées par l'industrie", explique Pierre-François Bareel, administrateur-délégué de Comet Traitements.

Pour arriver à ce taux proche de 100%, le groupe Comet a investi dans la recherche et le développement afin d’aller de plus en plus loin dans le tri et la valorisation. C’est ce qu’on appelle la circularité du recyclage : une fois récolté, trié et traité ; ce qui était à la base un déchet est réinjecté dans le même circuit de production et de consommation.

 

Un principe que Fost Plus, l’organisme chargé de gérer la récupération des emballages, voudrait donc voir appliqué à son domaine: c'est pourquoi l'asbl met en avant depuis quelques années le principe de "l'eco-design", c'est-à-dire le fait de créer des emballages en fonction de leur durabilité et de la possibilité de les recycler. 

Les tarifs "point vert" sont d'ailleurs établis en fonction des coûts effectifs pour la collecte, le tri et le recyclage des emballagesn (les recettes que Fost Plus tire de la vente des matériaux sont également prises en compte). Les contributions pour les emballages papiers-cartons, le verre, l'aluminum et l'acier sont ainsi jusqu'à 20 fois inférieurs aux tarifs pratiqués pour le plastique, surtout s'il ne peut être recyclé.  

Mais pour Pierre-François Bareel, il faudrait encore aller plus loin: "Si on veut arriver à une économie 100% circulaire, il faudrait forcer les fabricants non seulement à prévoir des produits qui sont 100% recyclables, mais aussi les forcer à intégrer ces matériaux recyclés dans leur cycle de production, pour ainsi éviter une dégradation de la matière, et ainsi considérer ces matériaux recyclés comme de véritables matières premières".

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