Claim It, la société de dédommagement des passagers aériens en faillite: "La faute à la Justice belge"

Des passagers démunis face aux lenteurs de la justice et la mauvaise foi des compagnies aériennes
Des passagers démunis face aux lenteurs de la justice et la mauvaise foi des compagnies aériennes - © Rtbf

Claim It, la société spécialisée dans le dédommagement de passagers confrontés à des annulations ou à des retards importants sur les voyages en avion est en faillite.

Depuis 2012, son patron Ralph Pais a multiplié avec un certain succès les actions en justice contre les compagnies aériennes qui rechignent ou refusent carrément de dédommager les passagers pénalisés par les retards et les annulations de vols. Il a même obtenu une indemnité de 120.000 euros au détriment de la compagnie low-cost Vueling. 

Devenue incontournable sur ce marché compliqué, Claim It avait vu grand en investissant des sommes considérables dans la conquête des nouveaux marchés à l’étranger en ouvrant une agence aux Pays-Bas et des bureaux de représentation à Rome, Tel Aviv et Budapest. Elle avait même procédé à une augmentation de capital de 320.000 euros pour y parvenir. Mais ces investissements ajoutés à un business model qui implique l’engagement de frais de justice très importants pendant une longue durée ont fini par peser trop lourd !

La justice belge en faute ?

La société a donc été déclarée en faillite par le tribunal de l'entreprise néerlandophone de Bruxelles. Et c’est justement à la justice belge que Ralph Pais attribue la raison de son échec : "Claim It a investi beaucoup d’argent dans des procédures judiciaires. En Belgique, ces procédures sont extrêmement longues, comparées à la Hollande, l’Allemagne ou l’Italie. Mais non seulement, c’est beaucoup plus long et coûteux mais en plus les décisions étaient d’un niveau dramatique. En fait, on s’est rendu compte que l’argument  'circonstances exceptionnelles' qui potentiellement peut être invoqué par les compagnies aériennes pour ne pas devoir payer a été constamment retenu par les tribunaux à Bruxelles surtout. Ce qui est le contraire dans pratiquement tous les pays en Europe."

Une question de circonstances exceptionnelles

Selon le patron de Claim It, les tribunaux belges ont adopté un comportement honteux vis-à-vis des passagers : "Tout se joue sur les circonstances exceptionnelles. Il ne suffit pas de dire qu’il y avait du vent à l’aéroport, il y avait un problème technique. Il faut prouver que tout a été fait pour éviter le problème. Dans pratiquement tous les pays d’Europe les compagnies ne parviennent pas à le prouver et elles perdent. Ici à Bruxelles, la Justice accepte pratiquement chaque excuse. Ce qui fait qu’il faut aller constamment en cassation, qui est aussi une procédure très longue et très coûteuse. On l’a fait à plusieurs reprises avec succès. Le problème c’est que la décision du tribunal est simplement cassée et qu’il faut recommencer une nouvelle procédure. En attendant, les années passent et il faut financer tout ça."

Des compagnies aériennes qui découragent les plaintes

Mais les compagnies ont, elles aussi, une lourde responsabilité dans cette affaire car sans une société comme Claim It, il est presque impossible de se faire rembourser. Elles ont tout fait pour décourager nos clients, s’indigne Ralph Pais.

Et c’est le même constat chez Test Achat où Julie Frère, la porte-parole, dénonce la mauvaise volonté des compagnies aériennes lorsqu’il s’agit de rembourser des voyageurs : "En fait il y a une réglementation européenne très claire qui énumère les cas d’indemnisation. Si elles respectaient simplement leurs obligations légales, les consommateurs ne devraient pas aller devant le juge. Malheureusement, elles inventent toutes sortes d’arguments pour retarder la procédure et contraindre les clients à aller devant le juge. Là où le bât blesse, c’est qu’il n’y a pas d’indemnisation automatique ; en cas d’annulation de vol par exemple. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. C’est le passager qui doit faire toutes les démarches."

Ralph Pais conclut en constatant que ce genre de problème ne se rencontre qu’en Belgique. 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK