Cinq ans après Lehman Brothers, la facture de la crise pour la Belgique

La débâcle de Fortis pourrait paradoxalement rapporter à l'Etat belge
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La débâcle de Fortis pourrait paradoxalement rapporter à l'Etat belge - © BELGA PHOTO DIRK WAEM

Cinq ans après le début de la crise, il est temps de faire les comptes. Combien a-t-elle couté aux contribuables belges ? Est-elle vraiment terminée ? Voici la facture.

Il fait chaud ce 15 septembre 2008 à l'ombre des gratte-ciels new-yorkais. Devant les caméras, les employés de la banque Lehman Brothers quittent le siège de l'institution. Ils ont les bras remplis de caisses de déménagement : la banque vient de faire faillite. Dans les jours et les semaines qui suivent, c’est la panique. Les banques cessent de se prêter entre elles. Le système financier est au bord du gouffre. Partout dans le monde, les Etats sont obligés d’intervenir. La Belgique ne fait pas exception et débourse des milliards pour renflouer Fortis, Dexia, KBC, Ethias, etc. A l’issue de toutes ces interventions en urgence, une seule certitude : la crise va durer des années.

14,6 milliards d'euros

Si vous demandez à un expert combien a coûté la crise, vous recevrez à peu près à chaque fois une réponse différente. Nous avons donc basé ici notre analyse sur un rapport de la Cour des Comptes de décembre 2012. S’il n’est pas le plus récent, il n’en demeure pas moins exhaustif. En tout, la Belgique a déboursé plus de 26 milliards d’euros entre 2008 et 2012. Comme vous pouvez le voir dans le tableau ci-dessous, ces dépenses ont servi à différents choses : octroi de crédit, entrée dans le capital, activation de garanties d’Etats, etc.

Mais une partie de ces dépenses rapporte de l’argent. Comme l’explique Ivan van de Cloot, économiste en chef à l’institut Itinera : " Tout n’est pas perdu. On va récupérer de l’argent. Chez certains plus que chez d’autres. Par exemple, chez KBC, il est clair aujourd’hui que l’on va récupérer tout notre argent plus une rémunération prise sur les risques ". Ces intérêts et ces rémunérations sur garanties ont rapporté à l’Etat plus de 11 milliards d’euros.

Comme indiqué sur le tableau, une simple soustraction nous permet de connaître le solde de la crise : 14,606 milliards d’euros.

Un calcul qui court toujours

Une partie des dépenses réalisées par l'Etat belge durant cette période peut également être vue comme un investissement. Prenons l’exemple de BNP Paribas. La Belgique a acquis une participation de 10,3% dans la banque française lors du rachat de Fortis en 2008. Aujourd’hui, si la Belgique revendait ces titres, elle en tirerait plus de 6 milliards d’euros. Selon Chrisitan Ost, professeur d’économie à l’Ichec, " Le bilan total de ce qu’on a gagné et perdu pourra être fait lorsque tous les actifs financiers dont on parle arriveront à échéance ".

Un pari sur l’avenir

Pour tirer le bilan définitif de cette crise, il faudra donc attendre encore quelques années. Des années qui seront marquées par une épée de Damoclès au-dessus de la Belgique : les garanties accordées au groupe Dexia. Elles s’élèvent, pour la Belgique, à 43 milliards d’euros. A titre d’exemple, c’est 20 fois le budget de la défense.  Soyons clair, la Belgique est incapable de débourser une telle somme en cas de pépin.

Rajoutez à cela, les intérêts supplémentaires à payer suite à l’augmentation de la dette publique : on ne saura probablement jamais exactement combien cette crise a réellement couté.

Pourtant, il existe des milliers de personnes qui sont confrontées quotidiennement à ce coût : les Belges qui ont perdu leur emploi ou leur entreprise dans la récession économique qui a suivi cette chaude journée de septembre 2008.

 

L. Mathieu

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