Chypre: "La zone euro est devenue plus fragile, le risque a augmenté"

L'économiste Paul De Grauwe se montre très dur par rapport à la zone euro
L'économiste Paul De Grauwe se montre très dur par rapport à la zone euro - © Belga

Avec le plan de sauvetage de Chypre, "on a vraiment changé le régime", estime Paul De Grauwe, économiste à la KUL et à la London Business School. Pour lui, la zone euro s'est fragilisée, le risque a augmenté. Très dur face à la gestion de la zone euro, l'économiste se montre pessimiste face à l'avenir de l'euro.

Avec le plan d'aide arrêté pour Chypre, "on a vraiment changé le régime", estime Paul De Grauwe interrogé par la RTBF. Maintenant, "on dit aux épargnants qu'ils vont payer si leur pays connaît des difficultés financières", poursuit l'économiste de la KUL qui craint que cela entraîne des crises bancaires: "Chaque fois qu'il y aura des doutes dans un pays, les détenteurs de dépôts vont avoir peur de perdre leurs dépôts et vont courir à la banque". Pour lui, c'est clair, "on a résolu le problème chypriote au prix d'une plus grande instabilité dans la zone euro". 
 
"L'intention est très claire: les pays du nord de la zone euro veulent un tel régime parce qu'ils ne veulent pas payer eux-même", estime Paul De Grauwe. "Ce n'est pas un régime qui veut préserver le contribuable en général... mais bien le contribuable allemand", glisse-t-il.
 
L'économiste regrette l'absence de volonté d'introduire un union bancaire telle qu'évoquée l'été dernier. Avec une telle union, "tous les pays sont prêts à aider le pays frappé par une crise bancaire. Il faut bien sûr une certaine solidarité. (...) Mais cette volonté n'est pas là".
 
Pour lui, la crédibilité de la zone euro est écornée. "Mais pire: cela aura comme effet d'augmenter le risque systémique dans la zone euro. Elle est devenue plus fragile. Le risque a augmenté", expose-t-il au micro de la RTBF. 
 
"Si on ne poursuit pas la construction, la zone euro n'a pas d'avenir"
 
Autre problème soulevé par Paul De Grauwe, la "politisation" de la Banque centrale européenne. Il rappelle qu'elle avait été créée à la base avec l'idée que ce serait une institution indépendante. "C'est une bonne chose. Mais l'indépendance veut dire que la politique ne doit pas interférer dans les affaires dans la Banque centrale... mais l'inverse doit être aussi valable !". C'est un vrai problème pour la démocratie, juge-t-il: "On ne peut pas accepter que des institutions technocratiques prennent des décisions politiques sans contrôle politique". 
 
"Si ça continue comme cela, on ne peut pas maintenir un tel système. À ce moment-là, ce serait mieux de revenir aux monnaies nationales", estime l'économiste de la KUL qui se dit pessimiste par rapport à l'avenir de l'euro: "La construction a été mal conçue, inachevée. (...) Si on ne finit pas la construction, je crois que la zone euro n'a pas d'avenir". 
 
RTBF 
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