Christine Lagarde à la BCE, un "excellent choix", selon l'économiste Bruno Colmant

Christine Lagarde à la BCE, un "excellent choix", selon l'économiste Bruno Colmant
Christine Lagarde à la BCE, un "excellent choix", selon l'économiste Bruno Colmant - © Tous droits réservés

Christine Lagarde quitte le Fonds monétaire international pour la présidence de la BCE, la Banque centrale européenne. Elle sera la première femme à présider cette institution. Bruno Colmant, chef économiste à la banque Degroof Petercam, était invité sur La Première pour commenter ce choix des dirigeants européens.

"C’est un excellent choix, affirme-t-il d'emblée. D’abord, c’est une juriste de haut vol, elle a dirigé le FMI dans des périodes compliquées et elle a notamment dû gérer la crise grecque. Et c’est une femme qui a surtout montré une sensibilité socio-économique adéquate lors de la crise des dettes souveraines au niveau européen. Elle a une doctrine de pensée qui est tempérée, qui est médiane. C’est donc un choix équilibré par rapport à ce qu’on avait pu appréhender, à savoir un Allemand qui aurait sans doute été un peu plus psychorigide".

La difficulté pour Christine Lagarde sera de savoir comment gérer une prochaine crise

Elle est donc juriste, et pas économiste de formation. Faut-il s'attendre à de grands changements dans la gestion de la BCE? "Probablement pas, parce que le gros du travail a été fait par Mario Draghi et — il ne faut pas l’oublier — Peter Praet, qui était Belge et qui avait été élu chief economist de la Banque centrale européenne. Aujourd’hui, la Banque centrale doit gérer la création monétaire, doit gérer des taux d’intérêt négatifs, mais surtout la façon dont les prochaines crises vont être abordées. Et dans ce domaine, les Américains ont quelques années d’avance. En fait, la crise de 2008, la fameuse crise des subprimes, a été un gros choc pour toutes les économies. Dès 2008-2009, les Anglais et les Américains ont commencé à imprimer de la monnaie. Il a fallu attendre 2015 pour le faire en Europe, c’est-à-dire qu’on a pris sept ans de retard. Entre temps, les Américains ont normalisé leur politique monétaire et sont prêts à faire face à une nouvelle crise, tandis que l’Europe est restée coincée dans des taux d’intérêt négatifs. La difficulté pour Christine Lagarde sera donc de savoir comment gérer cette prochaine crise, si tant est qu’elle arrive".

La zone euro n’a fait aucun progrès institutionnel

Il y a quatre mois, Christine Lagarde déclarait que la zone euro n’est pas suffisamment armée pour justement faire face à une nouvelle crise. "C’est correct, note Bruno Colmant. La zone euro n’a fait aucun progrès institutionnel. Seule la Banque centrale européenne a tenu à bout de bras la monnaie, de manière assez habile d’ailleurs, mais aujourd’hui il n’y a toujours pas de budget de la zone euro et il n’y a pas de gouvernance bien définie. En fait, c’est la création de monnaie, la création d’euros, qui a permis de solidifier la zone monétaire, mais au prix de taux d’intérêt négatifs, ce qui veut dire par exemple que l’épargne n’est pas suffisamment rémunérée, donc on est dans une situation qu’on ne peut pas considérer comme étant normale à l’aune de la gestion financière".

Les taux d'intérêts vont-ils donc remonter? "On va vivre peut-être pendant encore des années dans une période de taux d’intérêt très bas parce qu’il n’y a pas d’inflation et parce qu’aujourd’hui l’économie est surtout affectée par le vieillissement de la population, qui tempère les taux d’intérêt".

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