Chômage des 18-25 ans : "Il faut des emplois garantis pour ne pas sacrifier la jeunesse"

Les 18-25 ont été les premières victimes sociales de la crise économique causée par le Covid-19. Et cela ne fait que commencer. Les prochaines années s’annoncent rudes sur le marché du travail, en particulier pour les personnes moins qualifiées : moins d’opportunités d’emplois, une concurrence accrue qui s’annonce sur le marché du travail avec des travailleurs plus expérimentés – et qui auront été licenciés.

Que faire ? Le directeur général d’Actiris, Grégor Chapelle, plaide pour des emplois garantis pour les jeunes. Des emplois créés de toutes pièces, en quelque sorte, par de l’argent public.

A Bruxelles le chômage chez les 18-25 ans a bondi de 14% en décembre, par rapport à l’année précédente.

Pourquoi plaider aujourd’hui pour des emplois subsidiés destinés spécifiquement aux jeunes ?

Grégor Chapelle : Aujourd’hui nous travaillons dans le cadre de la "Garantie Jeune". Cela veut dire que le Gouvernement bruxellois nous demande, dans les six mois après leur inscription, de garantir à chaque jeune qui vient chez nous, un stage, un emploi, ou une formation. Cela a très bien fonctionné avant le choc de chômage du Coronavirus. Mais aujourd’hui, nous n’avons pas assez de solutions, en particulier en matière d’emploi.

Demander à un jeune qui s’inscrit, de rentrer en stage ou formation, alors qu’il sait que le chômage va durer faute de solution derrière, ce n’est ni juste ni efficace sur le plan efficace économique. "

Un maximum de jeunes à l’emploi immédiatement

" Nous savons que cette crise va avoir un impact long sur le chômage des jeunes. Il faut trouver des solutions structurelles parce qu’il ne s’agit pas seulement des jeunes qui s’inscrivent en 2021. Cela va continuer en 2022, en 2023, pendant plusieurs années ce choc économique va nous suivre. Ce que nous pensons, c’est qu’il faut mettre un maximum de jeunes à l’emploi immédiatement. "

Laisser quelqu’un dans le non emploi nous coûte aussi cher au contribuable et à la collectivité qu’un emploi subsidié.

" Le Gouvernement bruxellois vient de prendre une grosse initiative avec 1000 emplois créés dans le secteur de l’économie sociale. Et ce que dit l’Organisation internationale du travail, c’est qu’il faut penser à une garantie emplois jeune, c’est-à-dire que chaque jeune se voit garanti d'un emploi à durée déterminée pour passer l’orage de cette crise. "

Garantir aujourd’hui un emploi à des jeunes qui, sinon, n’auraient aucune perspective d’emploi ?

Grégor Chapelle : " A Bruxelles, le chômage des jeunes a déjà augmenté de 14% par rapport à il y a un an. Et ce n’est que le tout début. Il y a deux phénomènes. D’abord, il n’y a pas assez d’emplois. Ensuite, ces jeunes qui sont sans expérience sont mis en concurrence avec des personnes récemment licenciées parce qu’il y a malheureusement d’autres licenciements. Il y a des chercheurs d’emploi ou des chercheuses d’emploi expérimentés, proches de l’emploi, qui entrent en concurrence directe avec d’autres qui le sont moins. "

Lorsque la crise sera passée…

" Et donc, ces jeunes sont en train de "s'accumuler" chez Actiris, en quelque sorte, ce qui est le pire sur le plan économique. Sacrifier sa jeunesse, c’est aussi sacrifier non seulement leur avenir, mais notre avenir à nous tous, puisque ça veut dire qu’on a toute une classe d’âge, de jeunes travailleurs et de jeunes travailleuses qui n’auront pas eu suffisamment d’expérience du travail et donc, lorsque la crise sera passée, ne seront pas en état de se relancer. "

Créer des emplois, d’accord, mais quel type d’emplois, et est-ce que ça ne risque pas de coûter un peu cher ?

Grégor Chapelle : " Il y a d’abord une question de principe. Est-ce que la collectivité est solidaire de sa jeunesse – et prête à investir pour le montrer ? "" 

Le non emploi coûte 40 000 euros par an et par personne

" Sur la question du coût, lorsqu’on regarde les dépenses publiques, on se rend compte que le non emploi, le fait d’être au chômage, coûte 40 000 euros par an et par personne à la collectivité. Laisser quelqu’un dans le non emploi nous coûte aussi cher (au contribuable et à la collectivité) qu’un emploi subsidié pour répondre à un besoin de la société. Or, il y a des besoins gigantesques qui sont non remplis, des besoins de soins à la personne, des besoins de soins à la planète. "

Identifier les besoins et lancer les appels à projets

" Il existe de magnifiques objectifs en matière d’isolation des bâtiments pour répondre aux objectifs climatiques à Bruxelles. Et le secteur de la construction n’a pas assez de main-d’œuvre. Une solution serait d’identifier ces besoins et de lancer des appels à projets pour pouvoir créer les emplois à la fois dont les jeunes en ont besoin et dont la collectivité a besoin. "

Après presque dix ans à la tête du service bruxellois pour l’emploi, Grégor Chapelle a annoncé ce mercredi son intention ne pas postuler à un troisième mandat.

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