Ces entreprises qui engagent en pleine crise

Plusieurs secteurs, dont Infrabel , recrutent en Belgique.
Plusieurs secteurs, dont Infrabel , recrutent en Belgique. - © VINCENT FIFI - BELGA

"Nous recrutons 720 personnes cette année. Electromécaniciens, ingénieurs, informaticiens,…" annonce Infrabel, le gestionnaire du réseau de chemin de fer belge sur son site. "Le SPF Finances cherche 1200 nouveaux collègues" communique le ministère des finances. Malgré la crise, dans la grande distribution (Lidl par exemple, 500 personnes cette année), dans l’informatique (Odoo, 500 personnes en Belgique, autant à l’étranger), dans la construction,… Des milliers de postes sont à pourvoir. Mais pourront-ils être occupés par les travailleurs qui perdent leur emploi dans d’autres secteurs ?

Les secteurs qui profitent de la crise…

Parmi les gros recruteurs pour le moment, on trouve évidemment les entreprises des secteurs dont les activités sont en croissance avec la crise : la grande distribution, la logistique, la distribution de colis, le transport, l’informatique et la technologie,… "Il y a à la fois de grosses opérations de recrutement dans de grandes entreprises mais aussi des plus petites structures qui engagent détaille Thierry Ney le porte-parole du Forem. On voit vraiment que dans certains secteurs on cherche activement de la main-d’œuvre. De tous les profils. Rien que sur notre site, on a 48.000 offres d’emploi".

…Mais pas seulement

Dans les gros recruteurs il y a aussi l’enseignement, les administrations publiques, le non-marchand (santé), la Défense… "Dans ces secteurs, il y a une autre raison structurelle que la crise qui pousse à embaucher et qu’il ne faut pas négliger : c’est la démographie" insiste Gerard Valenduc, chercheur à l’Institut syndical européen. Beaucoup de ces secteurs qui engagent ont, en effet, une population de travailleuses et travailleurs vieillissante. "Les secteurs qui emploient le plus de travailleurs âgés c’est l’administration publique, l’enseignement, la santé et l’action sociale, le secteur de l’énergie. Et donc, toutes choses étant égales par ailleurs, abstraction faite du contexte économique actuel très difficile, ce sont des branches d’activité dans lesquelles, il y a de toute façon un besoin de renouvellement de la main-d’œuvre". Crise ou pas crise, ces secteurs sont en recrutement perpétuel.

D’autant que dans le secteur public le recrutement est plus long qu’ailleurs, ils prennent donc les devants voyant la pyramide des âges vieillissante et engagent à tour de bras aujourd’hui.

Vase communicants ?

En parallèle de ces embauches, d’autres entreprises suppriment des postes ou pensent à le faire bientôt en se lançant dans de vastes plans de restructuration suite à la crise qui les touche. La Banque Nationale rapporte 23.000 pertes d’emplois en 2020. Les recrutements annoncés pour cette année compenseront-ils les pertes d’emplois dans les secteurs qui souffrent ?

C’est très difficile à dire à ce stade dans la mesure où aujourd’hui des milliers d’emplois sont "gelés", sont maintenus artificiellement par des aides publiques (chômage temporaire, droit passerelle,…). Si bien que le volume de travail, autrement dit le nombre d’heures prestées en 2020, s’est effondré mais le nombre de personnes au travail, lui a bien moins chuté qu’attendu. De la même manière, contre intuitivement, il n’y a jamais eu aussi peu de faillites en Belgique que ces derniers mois parce qu’elles étaient sous le coup d'un moratoire.

La période est donc complètement atypique et toute conclusion serait hâtive tant la situation est biaisée. On pourra donc prendre la mesure de l’ampleur des pertes d’emplois au moment du "dégel", au moment où l’économie aura recommencé à tourner normalement.

Réussir la reconversion

Une chose est certaine pour la task force "économie", l’Economic Risk Management Group, la réussite de cette réallocation des emplois d’un secteur en crise vers un secteur en croissance dépendra des politiques de transition : "les secteurs les plus lourdement touchés s’attendent à une forte baisse du nombre d’employés, tandis que des secteurs représentant un poids important dans l’économie belge, tels l’industrie ou les services de support, anticipent une légère hausse. Les pertes nettes d’emplois attendues dans les secteurs les plus touchés pourraient ainsi être compensées par des créations nettes d’emplois dans d’autres secteurs. Toutefois, l’incidence finale sur l’emploi dépendra également de la capacité des politiques du marché du travail de faciliter les transitions entre les secteurs d’activité".

Au Forem, on pense aussi qu’un shift est nécessaire dans certains secteurs : "Beaucoup de métiers restent en pénurie, ils l’étaient avant la crise et le sont toujours aujourd’hui. Il y a des opportunités de changer de secteur. Ça peut donner des idées à certains chercheurs d’emplois. Il est toujours difficile de trouver des maçons, des boulangers, des pâtissiers".

Il est encore trop tôt donc pour objectiver les pertes d’emplois liées à cette crise mais une chose est certaine, elle reconfigure déjà en profondeur le marché du travail.

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