Brussels Airlines va supprimer environ 1000 emplois et réduire les vols, syndicats et gouvernement prudents

Le conseil d’entreprise prévu ce mardi chez Brussels Airlines était attendu avec anxiété par le personnel et les syndicats de la compagnie. La crise du Coronavirus a un impact important sur les activités de l’entreprise et sur sa situation financière. Brussels Airlines qui évoluait déjà, avant le Covid-19, dans un contexte difficile est confrontée à d’importantes difficultés et ne voit d’autres solutions que de réduire ses coûts en supprimant un quart de son personnel, soit 1000 emplois et en réduisant sa flotte de 30%.

La crise du Coronavirus a des conséquences importantes sur la plupart des compagnies aériennes. Brussels Airlines ne fait pas exception. La demande pour des voyages en avion est toujours très faible et cela affecte fortement les finances de la compagnie.

Depuis le 21 mars, les vols sont suspendus temporairement et, dans l’ensemble de la compagnie, le chômage technique a été introduit. Mais cela ne suffit pas. Les mesures annoncées aujourd’hui sont, communique Brussels Airlines, " substantielles et indispensables pour garantir la survie de la compagnie ". Il s’agit pour la compagnie de réduire structurellement ses coûts pour être à nouveau compétitive. La restructuration est nécessaire de toute urgence afin de survivre à la crise actuelle et de devenir structurellement compétitif pour l’avenir", a expliqué Dieter Vranckx, l’administrateur délégué de Brussels Airlines.

Moins d’avions, moins de vols, moins de personnel

Pour diminuer les coûts récurrents, Brussels Airlines élague son réseau en supprimant les liaisons peu rentables ou non rentables. Cela se traduit par une réduction de la flotte de 30%. Globalement, la taille de la compagnie sera réduite. Par conséquent, les effectifs sont aussi réduits de 25%, soit environ 1000 emplois supprimés sur les 4000 que compte l’entreprise.

La direction souhaite aboutir à un accord d'ici la fin mai sur le plan de restructuration, ont confié les représentants syndicaux à l'issue du conseil d'entreprise extraordinaire. Un timing serré qui se justifie par le manque de liquidités à court terme de l'entreprise, leur a-t-il été expliqué. Les discussions sur le plan social débuteront dès vendredi.

Brussels Airlines entend collaborer avec les syndicats pour réduire le nombre de licenciements au maximum. La compagnie invite ses partenaires sociaux à évaluer ensemble toutes les mesures alternatives permettant de réduire au maximum l’impact social telles les contrats saisonniers, les retraites, le travail à temps partiel, les congés non payés, les volontaires qui chercheraient leur avenir ailleurs – pour ne citer que quelques options. A propos des emplois supprimés, Dieter Vranckx, le patron a déclaré : "Nous prévoyons de sauver essentiellement 75% des emplois. En plus de ça, nous ferons tout notre possible, dans les discussions avec les syndicats des travailleurs, pour réduire le nombre de licenciements secs au minimum. Nous nous y engageons. Nous avons commencé ce matin les discussions avec les syndicats"Tant la CNE, que le Setca ou la CGSLB se sont dit "choqués" par le nombre des pertes d'emploi annoncées.  Mais tous soulignent cependant que la direction de l'entreprise est disposée à examiner toutes les options permettant de réduire au maximum l'ampleur du plan. L'ambition serait de ne pas avoir de licenciements secs pour le personnel de cabine. Autant de signaux relativement positifs que relèvent les syndicats.

Sauver 75% des emplois ?

La compagnie est convaincue que ce plan de redressement lui permettra de sauver 75% des emplois. Cela devrait aussi lui permettre, lorsque le contexte économique sera meilleur et que la demande pour le transport aérien sera redevenue normale, de se développer à nouveau de manière rentable. Cette échéance est attendue à partir de 2023.

Les coupes annoncées aujourd’hui doivent permettre à Brussels Airlines d’assurer l’avenir et d’envisager de nouveaux investissements, tout en se protégeant des éventuels vents contraires. Brussels Airlines entend ainsi continuer, après la crise, à jouer un rôle central pour l’économie belge, développer son hub à l’aéroport de Bruxelles et rester l’un des hubs du groupe Lufthansa.

Quels vols seront supprimés ?

La réduction de la flotte, passant de 54 à 38 avions s’accompagne de la réduction des vols. Des destinations seront ainsi supprimées. Il s’agit d’abord de destinations que Brussels Airlines opérait pour Thomas Cook. Depuis la faillite de ce tour-opérateur, les avions vers ces destinations de vacances n’étaient pas correctement remplis. Les tour-opérateurs restant sur le marché belge n’ont pas permis de combler suffisamment le vide laissé par Thomas Cook. Parmi les destinations supprimées, citons par exemple Lanzarotte, Bristol, Billund.

Sur d’autres destinations, plus classiques, du réseau de Brussels Airlines, des vols seront supprimés sur les destinations les moins rentables. Les voyageurs doivent s’attendre à ce qu’il y ait moins de fréquences, moins de vols par jour ou par semaine. Cependant, explique Dieter Vranckx, l’administrateur délégué de Brussels Airlines, il est trop tôt pour détailler cette partie du plan.

Crise globale des compagnies aériennes

Dans le monde entier, la crise du Coronavirus exerce une pression sans précédent sur les compagnies aériennes, avec un impact total sur les recettes qui devrait dépasser 240 milliards d’euros. Les réservations entrantes ont chuté de plus de 60% et les annulations ont atteint des niveaux records. En conséquence, de nombreuses compagnies aériennes en Europe et ailleurs sont obligées de procéder à des massives suppressions d’emplois. Brussels Airlines n’est pas épargnée par cette crise. Depuis la suspension temporaire de tous ses vols (depuis le 21 mars), la compagnie perd un million d’euros par jour en raison de pertes de revenu et de coûts qui ne peuvent être évités, tels que les frais de leasing et d’entretien de ses avions.

Chez Brussels Airlines, la situation a commencé à s’aggraver fin février et la situation s’est détériorée de semaine en semaine. Certains jours, le nombre d’annulations dépassait le nombre de réservations entrantes. Aujourd’hui encore, la demande est très faible. Les experts et les analystes du secteur aérien estiment que la demande en voyages aériens devrait être en 2021 inférieure à celle d’avant la crise, de l’ordre de 25%. Le retour à la normale n’est pas attendu avant 2023.

Brussels Airlines attend toujours une aide du gouvernement belge

Ce plan de restructuration ne résoudra pas tout. La compagnie espère toujours une issue dans les discussions qui ont lieu depuis plusieurs jours entre Lufhansa, la maison mère, et le gouvernement belge. Il y est question d’une aide financière qu’apporterait l’Etat belge. 290 millions d’euros sont en jeu.  Cet argent, Brussels Airlines l’attend, comme l’a rappelé son administrateur délégué : " Si le plan de redressement est indispensable pour surmonter la crise, les discussions en cours avec le gouvernement belge et Lufthansa restent essentielles. Le transporteur national belge espère une issue positive des pourparlers avec les autorités belges sur le soutien financier nécessaire pour surmonter les conséquences de cette crise sans précédent, tout en sollicitant l’aide de Lufthansa pour les coûts de restructuration ", a expliqué Dieter Vranckx

Du côté syndical, on s’étonne du timing. Et l’on a l’impression que si le plan de restructuration est annoncé aujourd’hui par Brussels Airlines, c’est pour faire avancer les discussions entre l’Etat belge et Lufthansa. On demanderait en quelque sorte au personnel et aux syndicats de jouer un rôle, de faire des efforts pour faciliter les discussions. A ce sujet, Didier Lebbe, permanent CNE pour le  secteur aéronautique,  déclarait ce midi : " Depuis des semaines, il y avait deux acteurs qui étaient le gouvernement belge et la Lufthansa et qui se regardaient en chiens de faïence, personne ne bougeait. Personne ne réagissait. Maintenant, on a mis un troisième acteur, les syndicats dont on attend un geste pour faire avancer les choses ". Les syndicats ne comptent pas être considérés comme des faire-valoir et le feront savoir au gouvernement.  Toujours pour la CNE, Didier Lebbe réagit : "J'ai l'impression que l'on nous a fait rentrer dans un jeu avec le gouvernement et Lufthansa. J'ai aussi la sensation que plus on concédera sur les conditions de travail, moins il y aura de licenciés", a-t-il dit. "Nous allons en tous cas prendre le temps d'examiner le plan. S'ils attendent notre accord sans analyse, ce sera non. On ne signera pas un chèque en blanc comme ça", a-t-il  prévenu.

Pour le Setca, Anita Van Hoof estime "qu'on ne peut pas déployer ce plan tant qu'il n'y a pas d'accord entre le gouvernement belge et Lufthansa".  Elle entend bien "garder un maximum de monde à bord" de la compagnie.

Quant au syndicat libéral, la CGSLB, son secrétaire permanent, Filip Lemberechts estime que c'est le moment "d'intensifier les négociations entre l'Etat et le groupe allemand" (Lufthansa). 

D’autres conseils d’entreprise sont prévus dans les prochains jours. Les syndicats consulteront le personnel avant de signer quoi que ce soit.

Analyse en plateau par Michel Gassée, responsable de l’actualité économique à la RTBF

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