Bruno Colmant: la désindustrialisation, "une crise d'une extrême gravité"

Bruno Colmant
Bruno Colmant - © RTBF

Bruno Colmant, économiste, est le père des intérêts notionnels. Aujourd’hui, il propose de les remplacer. Il est venu s’expliquer dans Matin Première.

"Les intérêts notionnels, inventés en 1999, pourraient être enterrés en 2012", c’est le titre de la chronique publiée mardi dans L’Echo par Bruno Colmant.

Mais le terme "enterrés" est un peu trop fort. En effet, ce que prône Bruno Colmant, c’est plutôt le remplacement progressif des intérêts notionnels, qui ne sont plus adaptés à notre économie, et qui sont depuis longtemps critiqués par certains pour leur coût et leur non-aboutissement sur la création d'emplois.

"Les intérêts notionnels doivent subsister parce qu’il faut assurer la sécurité juridique et donc il serait exclu de dire aux entreprises qui ont fait des plans d’investissement qu’il faut les arrêter. Mais il faut les rendre optionnels. Quand ils ont été mis en œuvre en 2005, l’économie était plutôt positive, le besoin de financement était gigantesque. Aujourd’hui, on rentre en stagflation, en stagnation et en récession, les taux d’intérêts sont extrêmement bas. Les entreprises ont accès aux crédits bancaires".

La déduction fiscale des intérêts notionnels est en fait la déduction d’intérêts fictifs qui sont calculés sur base des fonds propres d’une société, sans devoir recourir au crédit. Cela devait pousser les entreprises à investir à une époque où le crédit bancaire était moins accessible. Or, aujourd’hui, ce n’est plus le cas.

Bruno Colmant propose donc la création de subsides fiscaux à l’investissement. "Demandons-nous comment stimuler l’investissement productif immédiat plus lié à l’emploi. Avec des déductions pour investissements extrêmement agressives. Quand on cible les avantages fiscaux sur certains investissements, quand on s’attaque à l’actif du bilan des entreprises, on crée un lien plus immédiat entre la croissance et l’emploi. Il faut rouvrir le débat parce que l’économie est en meilleur état en termes de liquidité mais pas pour le chômage et les investissements".

Pour l’économiste, il est primordial de pousser l’investissement et de réindustrialiser notre économie. "C’est une crise d’une extrême gravité. On vit une contraction terrible de l’activité industrielle. L’activité de service est beaucoup plus éphémère et délocalisable. On doit absolument réindustrialiser nos économies, cibler la fiscalité vers l’investissement productif".

Nous vivons actuellement une période de stagflation : l’activité économique se contracte et l’inflation augmente. "Une situation perverse", selon Bruno Colmant, car "idéalement les pouvoirs publics devraient pouvoir stimuler l’activité de manière extrêmement lourde, mais ce n’est pas possible à cause de l’endettement et des contraintes européennes".

Pourtant, pour lui, l’inflation est un mal nécessaire. "La sortie de crise est inflationniste. Le pouvoir d’achat est amoindri mais cela stimule l’activité économique : mieux vaut acheter aujourd’hui que demain, puisque les prix augmentent".

Bruno Colmant salue la décision de la BCE de refinancer les dettes publiques. "A partir du moment où on augmente le bilan de la BCE en faisant tourner la planche à billet, il y aura de l’inflation. Ce n’est pas négatif, ça permet de rééquilibrer le remboursement des dettes publiques entre plusieurs générations".

Mais pour lui, ce n’est pas si simple. Car pour que la BCE intervienne, un pays devra faire aveu de difficultés et être mis sous tutelle. "Les marchés vont donc se méfier. C’est pour ça que l’Espagne hésite".

Dernier sujet abordé dans Matin Première : la fuite de riches Français en Belgique, mise en lumière dernièrement par l’affaire Bernard Arnault. Pour Bruno Colmant, "attirer des centres de décision et de richesse , ça a un certain sens. Le lien qui est un peu pervers, c’est de dire qu’il faut taxer le capital pour les Belges. Parce que taxer le capital ça ne pénalise pas l’étranger mais le Belge".

L’économiste relativise la non-taxation du capital en Belgique. Et il dénonce. "On a décidé en 1962 en Belgique de ne pas taxer le capital parce qu’on taxe lourdement les revenus. Par contre, on taxe la transmission du capital, lors des héritages, des donations. Anne Demelenne a raison en partie : c’est un enfer fiscal pour les travailleurs. Puisqu’on a une des fiscalités du travail les plus élevées et que ce problème on ne veut pas le régler, il ne faut pas s’étonner qu’on ait un problème social et un problème d’embauche".

J.C.

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