Brexit: quels seront les secteurs les plus touchés en Belgique?

A quelques heures de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, certaines questions subsistent : quel impact pour quels secteurs en Europe ? En France, par exemple, on se prépare déjà à un désordre dans les exportations dans le secteur automobile, mais aussi la pêche et les boissons. En Belgique aussi, il y a de quoi s’inquiéter, car le pays est un partenaire commercial important du Royaume-Uni : entre 2018 et 2019, elle a exporté des biens pour 30,986 milliards d’euros vers son voisin britannique, soit 7,8% de ses exportations totales de biens, explique un rapport de l’école de management IESEG.

Parmi les principaux secteurs de biens, on trouve tout d’abord celui des véhicules routiers. Avec 8,52 milliards d’euros, ce secteur représente à lui seul 27,5% des exportations belges totales vers le Royaume-Uni, très loin devant les produits pharmaceutiques et médicinaux (10,9%). Suivent les matières plastiques sous forme primaire (4,5%), le pétrole et ses dérivés (4,4%) et les fruits et légumes (3,2%).

Le secteur des véhicules routiers belges est d’autant plus concerné par le Brexit que le Royaume-Uni est un partenaire privilégié de la Belgique. En effet, les exportations de véhicules routiers vers le royaume britannique représentent 18,2% des exportations belges totales dans ce secteur ! En résumé : les véhicules routiers belges se vendent particulièrement bien au Royaume-Uni, comparés à d’autres produits. Les chaussures belges partent, elles, à 16,22% vers Londres.

Du côté des services, la Belgique a exporté 8,8 milliards d’euros au Royaume-Uni en 2018, ce qui représente 8,4% des exportations totales de services. Elles risquent de diminuer fortement, explique Eric Dor, de l’IESEG : "Le Royaume Uni a voté une loi qui interdit le prolongement de la période de transition. Or cette période de transition est trop courte pour négocier un accord très complet. La négociation va se concentrer sur le libre-échange des biens, ce qui va déjà être difficile." Conséquence : peu d’accord de services, d’autant plus qu’à Londres, on veut échapper à la réglementation européenne sur les services, notamment financiers.

Et des services financiers, la Belgique en exporte justement beaucoup vers le Royaume-Uni : 1135 millions d’euros, soit 12% des exportations totales de services. Le secteur le plus touché reste toutefois celui des services professionnels et de conseil en gestion, qui représente 25,6% des services belges au Royaume-Uni. La Belgique exporte aussi beaucoup de services de transport, maritime (6,9%) et autres (11,8%), ainsi que des services informatiques (9,6%).

Selon l’IESEG, les échanges industriels entre la Belgique et le Royaume-Uni vont être perturbés à cause du système actuel de l’industrie moderne, basée sur "une optimisation et une fragmentation de la chaîne de production en un réseau international qui relie des unités localisées dans des pays différents." Dès lors, il est nécessaire que les produits puissent se déplacer rapidement et sans contrôle d’un pays à l’autre. Le retour du contrôle aux frontières pourrait alors faire perdre leur intérêt aux unités localisées au Royaume-Uni.

Normes et fiscalité

Autre problème : les normes. Boris Johnson, le Premier ministre britannique, a indiqué qu’il voulait pouvoir mieux soutenir les industries en difficulté dans le pays, mettant en cause les règles de l’UE. Il a ainsi expliqué qu’il mettrait en place une préférence nationale pour les fournisseurs des marchés publics. A l’inverse, l’Union veut imposer au Royaume-Uni de s’aligner sur les normes européennes et les règles sur les aides d’Etat pour pouvoir mettre en place un accord de libre-échange. "L’objectif est d’éviter que les entreprises du Royaume Uni puissent avoir des coûts inférieurs à ceux de leurs concurrentes européennes parce qu’elles appliqueraient des normes qualitatives, sociales et environnementales moins strictes", précise Eric Dor. L’UE pourrait toutefois calquer sur son accord avec le Canada (CETA) la possibilité de reconnaître à une entité nationale de certifier les produits britanniques, sans passer par l’accord d’un pays membre.

Au niveau fiscal, le Brexit aura des conséquences sur les dynamiques financières entre la Belgique et le Royaume-Uni, indique l’IESEG. Il pourrait y avoir un changement du régime fiscal appliqué au paiement d’intérêts ou de redevances entre une société belge et britannique, ainsi qu’à celui appliqué au paiement de dividendes à une société belge par une filiale britannique, et vice-versa. Le Royaume-Uni pourrait donc appliquer une double imposition sur les intérêts, les redevances et les dividendes entre les entreprises belges et britanniques.

Enfin, concernant les travailleurs belges au Royaume-Uni, ils devront disposer d’un visa et d’un permis de travail à partir de 2021. Pour ceux qui y résident depuis 5 ans peuvent, jusqu’au 30 juin 2021, demander un statut qui leur permettra de conserver leurs droits antérieurs.


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