Brexit: ce que contient l'accord européen sur le plan économique

Le Brexit sera-t-il l'opportunité économique historique promise par ses défenseurs ou le scénario perdant-perdant que craignent ses pourfendeurs ? En fait, les conséquences économiques du Brexit dépendront de la nature des futures relations commerciales entre l'Union Européenne et le Royaume-Uni. Et en la matière, les partenaires ont décidé... de décider plus tard.

Trois scénarios

Ces futures relations commerciales peuvent être de trois types :

  • No Deal : pas d'accord, l'Union Européenne et les Britanniques deviennent des étrangers commerciaux l'un pour l'autre, leur relation est régie par les règles de l'Organisation Mondiale du Commerce et il faut négocier des traités bilatéraux. C'est le retour des barrières douanières et des quotas.
     
  • La zone de libre échange : les barrières douanières sont supprimées. Les biens et les services continuent de circuler librement mais chacun est redevient souverain dans sa politique commerciale et applique les tarifs douaniers qu'il souhaite vis-à-vis des états tiers. Cela implique un retour des contrôles douaniers pour éviter qu'un produit étranger taxé à 15% par les britanniques et 30% par les Européens transite par le Royaume-Uni pour ensuite être exporté en Europe pour contourner le tarif de 30%.
     
  • L'Union douanière : en plus d'une politique de libre échange entre les membres, tous appliquent la même politique commerciale vis-à-vis des états tiers en imposant les mêmes tarifs douaniers, plus besoin de contrôle aux frontières intérieures. C'est la situation actuelle dans l'Union Européenne, y compris avec les Britanniques.

Ce 3eme scénario est maintenu jusque fin 2020, autrement dit, rien ne change. Cette période transitoire peut être prolongée jusque 2022. Il faudra, d'ici là, redéfinir plus précisément la nature des relations économiques entre les deux parties. A moins que le Parlement Britannique ne vote pas cet accord.

No Deal: "Ce serait un désastre économique"

En cas de "No Deal", le flux de biens et de services serait complétement entravé "Et les Britanniques seraient les perdants économiques de ce Brexit" analyse Eric Dor, directeur des études économiques à l'école de management lilloise IÉSEG.

Le secteur de l'automobile, par exemple, serait particulièrement touché. Pour construire une voiture dans une usine Britannique, il faut un volant qui peut venir de Roumanie, une boîte de vitesse d'Allemagne, des phares d'Espagne... Plus de 40% des voitures assemblées au Royaume-Uni sont ensuite vendues sur le continent européen. Toutes ces pièces, ces produits finis, font donc des aller-retours incessants sous la Manche. Le retour des barrières douanières et des contrôles aux frontières induiraient de lourdes démarches administratives, des pertes de temps, des embouteillages kilométriques dans les ports et à l'entrée du tunnel sous la Manche. Pour le patron d'Aston Martin, Andy Palmer, "ce serait un désastre économique".

Eric Dor remarque d'ailleurs que le gouvernement Britannique parle peu d'économie pour venter les mérites du Brexit: "Ils mettent surtout l'accent sur le fait qu'ils accèdent aux vœux de ceux qui ont voté pour le Brexit en retrouvant un contrôle de l'immigration en provenance de l'Union européenne. Mais sur le plan économique, le gouvernement britannique ne peut pas se targuer d'avoir obtenu quelque chose. Ils se targuent simplement d'avoir limité les dégâts économiques".

Perdant-perdant

Finalement, personne ne semble se réjouir de la situation actuelle. Les milieux économiques britanniques font leurs comptes et mettent l'accent sur tout ce qu'ils sont en train de perdre à cause de l'incertitude et ce qu'ils perdront à l'avenir : "même les secteurs, comme la pêche, qui pensaient être gagnant d'une sortie de l'Union, réalise aujourd'hui qu'ils seront du côté des perdants souligne Eric Dor. Et dans les services, c'est encore plus clair, la situation sera moins bonne qu'avant. Les banques britanniques, par exemple, perdent leur accès au marché européen. Pour la City de Londres, ce sera moins bien que ce qui prévaut aujourd'hui".

Mais la situation transitoire actuelle, qui maintient les relations économiques telles quelles, ne convient pas non plus aux partisans du Brexit dur: "ils disent, "finalement cet accord c'est encore pire que d'être resté dans l'Union Européenne" puisqu'ils doivent continuer à appliquer les règles de l'Union douanière européenne sans avoir plus leur mot à dire sur la définition de ces normes".

Reste maintenant à définir plus précisément la nature des relations commerciales entre l'Union Européenne et le Royaume-Uni à l'avenir. Les négociations ne font que commencer.

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