Brésil: scandale autour de viande avariée, transformée avec des produits cancérigènes

Vue d'une usine du géant agroalimentaire brésilien BRF cible d'une enquête sanitaire,  à Chapeco, Santa Catarina, le 17 mars 2017
Vue d'une usine du géant agroalimentaire brésilien BRF cible d'une enquête sanitaire, à Chapeco, Santa Catarina, le 17 mars 2017 - © NELSON ALMEIDA

Un vaste réseau de commercialisation de viande avariée a été démantelé vendredi au Brésil, impliquant des inspecteurs des services sanitaires et des groupes agroalimentaires, alors que des produits cancérigènes étaient utilisés pour masquer l'aspect de produits destinés y compris à l'export.

Ce scandale de grande ampleur touche de plein fouet un secteur clé dans ce pays, premier exportateur mondial de viande bovine et de volaille, plongé dans la pire crise de son histoire, envenimée par les révélations explosives sur la corruption systématique liée aux marché publics de la compagnie pétrolière d'État Petrobras.

"Des fonctionnaires recevaient des pots-de-vin pour faciliter la production d'aliments avariés, en émettant des certificats sanitaires sans avoir effectué d'inspections", a indiqué la police fédérale (PF) dans un communiqué.

Selon les enquêteurs, "une partie des pots de vins était reversée à des partis politiques", plus particulièrement le PP (centre) et le PMDB (centre-droit), formation politique du président Michel Temer, dont de nombreux membres sont déjà éclaboussés par le scandale Petrobras.

Fruit de deux ans d’enquête, l'opération, décrite comme "la plus importante de l'histoire" par la PF, a mobilisé 1100 agents pour l'exécution de 309 mandats judiciaires, dont 27 interpellations, dans sept États du Brésil.

Tolérance zéro

La justice a déterminé le gel d'un milliard de réais (320 millions de dollars) des comptes des entreprises visées, parmi lesquelles figurent deux géants du secteur agroalimentaire, JBS et BRF.

Les actions de ces sociétés ont fortement chuté à la bourse de Sao Paulo. Peu après 15h00 locales (18h00 GMT), les titres de JBS enregistraient un recul de 10,68%, contre 8,22% pour BRF, alors que l'indice Ibovespa était en baisse de 2,24%.

Le groupe JBS a confirmé dans un communiqué que deux usines ont été perquisitionnées, avant de souligner qu'"aucun mandat judiciaire" n'avait été émis contre ses cadres.

L'entreprise assure par ailleurs "respecter scrupuleusement les normes sanitaires pour la production et la commercialisation d'aliments au Brésil et à l'étranger".

BRF "garantit" pour sa part que ses produits sont "de qualité" et "ne présentent aucun risque pour les consommateurs au Brésil ni dans les plus de 150 pays où il est présent".

Le ministre de l'agriculture, Blairo Maggi, a demandé "la mise à l'écart immédiate" de tous les fonctionnaires impliqués dans le scandale, assurant qu'il tenait à mener une politique de "tolérance zero".

Salmonelle et substances cancérigènes

Plusieurs petites entreprises du secteur frigorifique n'ont pas hésité à utiliser "des substances cancérigènes pour masquer l'aspect et l'odeur des produits avariés", a dénoncé le commissaire Mauricio Moscardi Grillo lors d'une conférence de presse à Curitiba (sud), où l'opération a été coordonnée.

Selon lui, des bactéries de type salmonelle ont été retrouvées dans des produits mis en vente dans les commerces moyennant le versement de pots-de-vins.

Un container de l'entreprise BRF a été saisi dans un port d'Italie où les autorités ont détecté la présence de ces bactéries dans la marchandise, a-t-il ajouté.

La puissante Confédération Nationale Agriculture (CNA) a demandé une "enquête rigoureuse" et n'a pas caché son inquiétude quant aux répercussions du scandale.

"Ce n'est pas juste que l'image des producteurs ruraux soit souillée par les actes criminels et irresponsables de certains", a affirmé cette institution dans un communiqué.

Un porte parole de la Commission Européenne a affirmé à l'AFP que l'institution européenne "a demandé des éclaricissements aux autorités brésiliennes", mais qu'aucune irrégularité concernant viande brésilienne n'avait été constatée depuis 2015.

L'opération policière a été intitulée "carne fraca" (viande faible), en référence à une expression populaire qui évoque la faiblesse face aux "tentations de la chair".

"Cela montre la fragilité morale de nos agents publics, qui devraient veiller à la qualité de nos aliments", a résumé la police.

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