Bourse de Bruxelles: les "ventes à découvert" sont temporairement interdites

Pour maintenir le plus possible une certaine stabilité sur les marchés financiers, les ventes à découvert sont désormais interdites à la Bourse de Bruxelles, et ce pendant un mois. Le mécanisme des ventes à découvert est le suivant : un investisseur s’engage à vendre plus tard un titre financier qu’il ne possède pas aujourd’hui. Le temps passe et, si au moment de la vente la valeur de l’actif a baissé, il achète moins cher pour être en mesure d’honorer sa vente initiale et il empoche la différence entre les deux cours. La vente à découvert peut être utile en temps normal, entre autres pour couvrir certains risques Mais c’est aussi, comme le rappelle Frédéric Vrins, directeur de LFIN, le centre de recherche en finance de l’UCLouvain, un outil utilisé par des fonds spéculatifs, "qui consiste à générer de gros profits suite à la baisse du cours d’un ou plusieurs titres. Et évidemment ce genre de stratégie pose problème étant donné que la vente massive de titres va contribuer à un sentiment de panique, et donc une vente encore plus massive et un effet boule de neige. Il est donc bien connu que la vente à découvert est particulièrement utilisée par les fonds spéculatifs en période de grande volatilité ou en période de marché baissier, et en particulier a fortiori lors de crises".

En période de krach, l’usage principal qui est fait de la vente à découvert, c’est la spéculation à la baisse qui accentue encore la chute boursière. Des fonds spéculatifs ont misé ces derniers jours sur une baisse des marchés, comme le confirme Jim Lannoo, porte-parole de l’Autorité belge de surveillance des marchés et services financiers (FSMA) : "La FSMA a en effet constaté une hausse des ventes à découvert ces derniers jours et cette dernière semaine. Ce n’est pas seulement le cas sur la Bourse de Bruxelles, mais d’autres contrôleurs européens ont aussi constaté une même évolution."

Transparence

Cela explique que dans d’autres pays une interdiction similaire a été prise — en Espagne, en France, en Italie pour trois mois — pour éviter que de la spéculation ne vienne mettre encore un peu plus à mal la stabilité financière. L’interdiction en Belgique est prévue pour un mois, mais pourra être prolongée si nécessaire. Cette décision est saluée, elle était attendue par la plupart des acteurs financiers.

Il est très difficile de chiffrer cette récente augmentation des ventes à découvert.

Faudrait-il définitivement bannir ces ventes à terme ? L’ESMA, régulateur des marchés au niveau européen, demande plus de transparence sur ces ventes à découvert et, fin 2019, l’un des plus gros fonds de pension au monde, le Japonais GPIF, a annoncé son intention de ne plus prêter ses actifs pour de la vente à découvert. C’est un fonds de pension qui a décidé de ne plus prêter à d’autres investisseurs qui, eux, auraient utilisé ces titres pour de la vente à découvert. C’est le signe, dans le chef de ce fonds de pension, d’un certain malaise face au manque de transparence. Ce fonds estime en fait ne pas suffisamment savoir à qui ces titres sont prêtés et dans quel but. Prêter ces titres financiers lui rapporterait de l’argent sous forme de commissions puisqu’il les prêtait environ 300 millions de dollars par an. Ça veut dire que ce fonds de pension géant est prêt à faire une croix sur certains de ses revenus. Et qu’un acteur aussi important fasse ce choix-là en dit long sur la défiance qui règne aujourd’hui vis-à-vis de la vente à découvert.

Pour ceux qui ont un compte-titres sur une plateforme en ligne et qui voudraient empêcher que leurs actions ou obligations ne puissent être prêtées pour de la vente à terme, cela peut se faire assez facilement. Il y a une simple case à cocher. Mais, dans le mois qui vient, cela ne changera rien puisque l’interdiction de la vente à terme est là.

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