Bourget 2019: l'aéronautique wallonne a un besoin urgent de personnel

Geoffroy Cammermans, de chez Dumoulin Aero
Geoffroy Cammermans, de chez Dumoulin Aero - © RTBF

La forte présence wallonne  - 54 entreprises – au salon aéronautique du Bourget est presque unanime : la pénurie de main d’œuvre dans le secteur est un énorme problème. Des contrats sont loupés par manque de personnel, la concurrence entre entreprises pour le recrutement est intense…jusqu’à menacer la survie des plus petites PME ?

La survie d' entreprises menacée

C’est une certitude, pour Giovanni Sanna de chez Britte & Mustad, "ça menace à terme la viabilité des entreprises". Rien que ça.  "C’est vraiment un défi. C’était déjà critique il y a cinq ans, maintenant c’est la survie des entreprises liégeoises et wallonnes qui est menacée. On n’a plus de personnel, plus de jeunes qui s’orientent vers les filières techniques. Les investissements dans les écoles techniques sont vraiment ridicules – des centres de formation comme Technifutur essaient de pallier ce manque, mais ça reste compliqué ".

Concurrence entre entreprises

Il faut dire qu’il y a concurrence, au sein même de la Wallonie, entre entreprises. Et pour une boite comme Britte, la difficulté c’est de garder les employés, "qui peuvent être attirés par des sirènes, des grandes entreprises – qui ont à la fois besoin de personnel, et de sous-traitants comme nous. Donc le problème est assez complexe".

Un travail assuré, intéressant et bien payé

Parce que dans ce contexte de manque global de personnel,  souvent, les plus grandes entreprises peuvent se permettre d’offrir des conditions plus avantageuses. "C’est tout à fait exact. Une partie du personnel que l’on recrute quitte un emploi dans la région", confirme François Lepot, directeur général de Safran Aero Boosters. L’entreprise est l’un de ces gros employeurs wallons, avec encore en 2018, le recrutement de 130 personnes. "Nous avons su pourvoir à tous les postes jusqu’ici. Cela ne veut pas dire qu’en Wallonie il y a assez de personnel dans la filière. Les personnes qui font des études d’ingénieurs, un graduat en électromécanique, ou des de l’usinage, vont trouver de façon certaine, un travail intéressant et bien payé".

On doit parfois refuser des contrats parce qu’on est incapables de les produire

Pour Geoffroy Cammermans, de chez Dumoulin Aero, il n’est pas question de survie. D’ailleurs, bonne nouvelle pour la boîte d’Alleur, la confirmation d’un contrat avec le constructeur Bombardier vient de tomber. Un contrat de 5 ans qui pourrait représenter une augmentation du chiffre d’affaires annuel de 10 à 15%.

Il n’empêche, ici aussi, la pénurie de main d’œuvre fait des dégâts : "On doit parfois refuser des contrats parce qu’on est incapables de les produire. Et dans l’aéronautique, quand vous refusez quelque chose, vous le revoyez jamais passer. Le marché est en pleine croissance, Boeing et Airbus annoncent un doublement du nombre d’avions dans le ciel, et on nous demande sans arrêt d’augmenter les cadences, donc il faut investir, mais il faut aussi et surtout de l’humain. Et l’humain, aujourd’hui, il fait défaut. Les premiers à convaincre, c’est peut-être les parents, qu’il n’est pas dévalorisant pour un enfant de rentrer dans un atelier mécanique".

Le message – qui n’est pas concerté entre entreprises - a le mérite de la clarté : il y a de place en Wallonie dans la filière aéronautique. Les entreprises affirment être désireuses d’investir dans la formation, mais avoir besoin d’aide – comprenez, de soutien politique.

 

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