BlackRock, le plus gros gestionnaire d'actifs au monde, promet de verdir son portefeuille

"Nous sommes à l’aube d’une réforme fondamentale du monde financier". Ce n’est pas un petit acteur de la finance dite durable qui le dit. C’est Larry Flink, patron de la plus grosse société de gestion au monde – dans une lettre à ses clients, dévoilée mardi. Dans cette carte de vœux détonante, une décision majeure : BlackRock va en finir avec les investissements dans des entreprises qui tirent plus de 25% de leurs revenus de la production de charbon thermique. La société gère 7000 milliards de dollars d’actifs (6300 milliards d’euros) et emploie environ 16.000 personnes dans trente pays. Autant dire que l’annonce est retentissante.

Le durable comme standard d’investissement

Concrètement, pour la mi-2020, le plus gros gestionnaire d’argent au monde va donc liquider, se séparer de toute une série d’actifs et d’obligations. Les produits d’investissements estampillés "durables" seront eux proposés prioritairement aux clients – et deviendront la norme d’investissement. C’est de la communication, mis pas uniquement. Parce que BlackRock est régulièrement épinglé pour son inaction face au réchauffement climatique manque de réactivité face aux défis environnementaux. Qu’il a été accusé de greenwashing l’an dernier. Et qu’il reste à ce jour, l’une des principales sources de financement de l’industrie pétrolière. Mais en même temps, il s’agit bien de l’annonce d’une modification en profondeur de la manière d’investir de BlackRock.

Le fumet du charbon n’attire plus

Ce que ça veut peut-être dire, c’est que le monde de la finance a compris que le risque climatique et aussi un risque financier. Et s’il est vrai que les marchés financiers façonnent en quelque sorte le climat, l’environnement de demain, le bouleversement climatique peut lui aussi avoir un impact en retour sur les marchés financiersCertes, l’on n’assiste pas encore à un désinvestissement massif hors des énergies fossiles, mais force est de constater que les fumets du charbon et du pétrole n’éveillent plus autant qu’avant l’appétit des investisseurs.

Acteurs financiers et changement climatique

Les marchés financiers façonnent le monde de demain, et donc aussi l’environnement. Mais les bouleversements climatiques peuvent aussi avoir un impact en retour sur les marchés financiers. Il n’y a pas que les industries pétrolière ou charbonnière qui sont menacées, mais aussi ceux qui les financent. Les banques et les fonds d’investissements – qui sont en fait surtout menacés en fait par ce que l’on appelle des "risques de transition".

Risques de transition

Il n’y a pas que les catastrophes naturelles, les brasiers ou les sécheresses qui comportent des risques. Mais aussi la transition vers une économie décarbonée en tant que telle. Un exemple : imaginez une banque aujourd’hui qui mise sur l’avenir du charbon. Elle investit dans une entreprise charbonnière, et en espère évidemment un certain rendement. Mais voilà, imaginez toujours que, dans la foulée de l’investissement, un nombre conséquent d’Etats, instaurent de nouvelles réglementations environnementales. Une hausse du prix du carbone pour limiter nos émissions, ou une limitation de l’usage du charbon.

Actifs échoués

Dans ce scénario, d’un seul coup, les gisements de charbon de toute l’industrie charbonnière perdent en valeur. On peut imaginer la même perte de valeur pour une partie des gisements pétroliers… Ces gisements, ces "actifs" qui du jour au lendemain ne valent plus rien ou plus grand-chose, sont appelés des "actifs échoués". Ils diminuent la rentabilité d’une industrie comme celle du charbon, jusqu’à menacer son existence. Et celui qui a financé l’exploitation de charbon, voit lui aussi, sa rentabilité grandement affectée.

Rentabilité avant tout

Dans sa lettre à aux clients, le patron de BlackRock parle d’une " réforme fondamentale du monde financier ", et de "milliers de milliards de dollars" qui seront transférés vers la finance responsable dans les années à venir. Mais est-ce que la planète finance va soudainement se préoccuper du climat par souci du collectif ? Sans doute pas, non. Mais rien que dans son intérêt propre, elle va réorienter certains flux d’investissements. Avec la conviction, désormais bien ancrée, que les investissements réputés durables sont au moins aussi rentables que les autres.

Les risques financiers climatiques dépassent largement la question de la rentabilité des fonds de gestion. Sont-ils systémiques ? Dangereux pour l’ensemble des systèmes financiers ? Cette mesure du risque est en train d’être développée par différents acteurs, dont la BCE.

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