BlackRock, conseiller de la Commission Européenne, un "conflit d'intérêt évident"

BlackRock, le plus gros gestionnaire d’actifs au monde, va peut-être conseiller la Commission européenne sur des questions environnementales.

Et plus précisément sur l’intégration de critères durables dans la supervision bancaire, sur comment la Commission européenne va intégrer dans le secteur financier et dans la surveillance européenne des banques des critères sociaux, environnementaux, de bonne gouvernance. 

BlackRock a remporté un marché public pour remplir une mission de consultance sur cette question.

BlackRock, le premier gestionnaire d’actifs au monde avec environ 6500 milliards de dollars en gestion, est régulièrement épinglé pour ses investissements, entre autres dans les énergies fossiles. Pour Philippe Lamberts, co-président du groupe des Verts au Parlement européen, que l’un des mastodontes du secteur financier joue un rôle de consultance sur une question de régulation publique, c’est désastreux en termes d’image, en plus du conflit d’intérêts évident.


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"Il me semble qu’il y a naturellement un conflit d’intérêts, dans la mesure où BlackRock est évidemment intéressé par le résultat de la législation, puisque BlackRock a un intérêt déterminé à ce que toutes les activités d’investissement qu’ils sont soient qualifiées positivement comme étant environnementalement et socialement responsable, de manière à se donner une bonne image", déclare Philippe Lamberts.

Et d'ajouter : "Faut-il confier à des entreprises qui vont bénéficier, ou au contraire subir négativement les impacts d’une législation, le soin d’en écrire les détails ? La réponse est évidemment non et je pense que l’Union européenne a déjà suffisamment la réputation d’être cul et chemise avec les milieux financiers pour ne pas, par une mission de conseil soi-disant de ce type-là, renforcer ces soupçons."

Autre élément qui a fait tiquer : le montant en tant que tel du contrat. La Commission européenne avait estimé le travail à environ 550.000 euros, mais le fonds de gestion BlackRock a proposé presque deux fois moins. De quoi laisse penser, sans que ça puisse être démontré, que BlackRock aurait délibérément cassé les prix  pour obtenir le contrat.

Un choix "loin d’être idiot" ?

La Commission a répondu que la procédure avait été respectée et que la contribution de BlackRock ne sera que l’un des nombreux avis qu’elle a sollicités.

Conflit d'intérêts caché, oui qui sera maîtrisé? Pour Roland Gillet, professeur d’économie financière à la Sorbonne et à l’ULB, le conflit d’intérêts est ici tellement flagrant, que ce n’est peut-être finalement pas tout à fait idiot de demander l’avis de BlackRock.

Parce que que l'"on sait tous, et la Commission le sait aussi, qu’il y a des lobbies et des gens qui font pression. Mais ici, ce n’est pas une pression qui vient de façon insidieuse, c’est quelque chose qui est demandé et négocié via un contrat. Donc, derrière, ce n’est pas parce que BlackRock va donner un avis dans un sens, que la Commission va le prendre tel quel. Et le demander à un gros acteur comme ça, c’est loin d’être neutre et c’est même loin d’être idiot, puisque c’est une voix parmi d’autres. Et avoir un gros acteur de la pratique - qui va donc devoir implémenter la réglementation qui sera éventuellement adoptée, et qui donne son avis, ne veut pas dire pour autant que les décisions sont prises uniquement sur base de cet avis. Je crois que c’est ça qui est essentiel."

La question de l’indépendance des experts ou des consultants est sans doute complexe, et c’est vrai qu’un nom comme BlackRock évoque beaucoup de choses, mais pas l’indépendance dans un processus de réglementation bancaire. Le groupe des eurodéputés verts a introduit une demande d’enquête auprès de la médiatrice européenne et espère que le contrat en question sera cassé.

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