La Leffe de Noël devient "bière d'hiver": du marketing, pas un "abandon des traditions"

La Leffe rejoint la tradition des "winter beers"
La Leffe rejoint la tradition des "winter beers" - © twothirstygardeners.co.uk

L'annonce en avait été faite il y a plusieurs mois déjà, mais c'est l'article de Sudpresse et sa reprise sur les réseaux sociaux qui a véritablement mis le feu aux poudres: la décision d'InBev de changer l'appellation de "Leffe de Noël" en "Leffe-bière d'hiver" a suscité une énorme et invraisemblable polémique sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes annonçant leur décision de désormais boycotter ces produits pour marquer leur mécontentement. 

Visiblement, après la polémique engendrée par Solidaris qui a remplacé la croix de la mitre de St-Nicolas par un rond, certaines personnes estiment qu'on a de nouveau sabré dans "leurs traditions" pour ne pas froisser d'autres cultures. Outre le fait que la Leffe de Noël est produite depuis moins de 10 ans (elle n'a été lancée qu'en 2008), l'article de Sudpresse précise pourtant qu'"il n’est pas question ici de changer pour ne plus exclure certaines cultures de la fête du patron des enfants", mais bien pour des raisons de marketing: la Leffe de Noël, on n'en boit plus après la nouvelle année! "Nous nous sommes aperçus que les consommateurs belges n’étaient pas vraiment attachés à l’appellation "de Noël". Nous avons donc décidé d’opter pour "Leffe d’hiver", explique Laure Stuyck, porte-parole d’ABInBev dans Sudpresse.

Et puis surtout, cela permet d'opter pour la dénomination "Winter" en néerlandais, qui a l'énorme avantage... d'être la même en anglais! L'appelllation Leffe "de Noël" a d'ailleurs été conservée pour la France, soi-disant parce que "les Français tiennent davantage à l’appellation "de Noël".

La tradition des "winter beers" ou "winter warmers"

Les "winter beers" sont en effet une très vieille tradition en Grande-Bretagne, où elles ont tendance à être foncées, pleines, douces et plus fortes que la moyenne (5,5% et plus). Contrairement à nos bières de Noël, elles sont par contre rarement épicées, mais on y retrouve les saveurs des puddings de Noël, figues, mélasses, caramel. On les appelle même souvent "winter warmers", pour souligner que ce sont des bières qui réchauffent.

Pour toucher le marché international (la Leffe est distribuée dans plus de 80 pays dans le monde), l'appellation "winter bier", quasi homonyme de l'anglais "winter beer" est assurément plus porteuse que "Kerstbier" qui était la dénomination originale de cette bière. Et puis surtout, elle est moins liée à une date définie autour de la fête, mais fait référence à une longue période où il fait froid!

Un petit tour sur Google pour s'en convaincre: Kerstbier donne 43.600 résultats, contre 105 millions pour "winter beer", et 21 millions même pour "winter bier"... Il faut dire qu'on retrouve aussi ces Winter bieren aux Pays-bas et de nombreuses "winter bocks" en Allemagne!

Il y a deux ans déjà, David Soors, importateur et distributeur de bières du monde entier dans ses beer markets de Namur et La Louvière, remarquait que "Cette appellation "Winter" tend à s'imposer chez nous aussi pour des raisons marketing: Noël est trop lié à une période donnée".

La Grimbergen s'est aussi déclinée en Winter, on trouve chez nous la Waterloo d’hiver, la Kasteel Winter, la Goliath Winter, la Ter Dolen Winter et ailleurs la Samuel Smith Winter, la Winter Solstice, la Goose Island Winter Ale,...

L'origine des bières de fin d'année

On raconte qu'à l’origine, le mois de novembre marquait pour les brasseurs la fin des récoltes de malt et de houblon de l’année. Pour pouvoir stocker dignement leurs récoltes de matières premières, il fallait que les brasseurs artisanaux vident les récoltes restantes de l’an passé. 

Les brasseurs utilisaient alors ces restes de récoltes passées pour faire un dernier brassin. Plus chargé en malt et en houblon que leur cuvée habituelle, ces bières étaient donc le plus souvent ambrées à brunes, et plus fortes en alcool. Comme les ingrédients n’étant pas de prime fraicheur, les brasseurs ajoutaient des épices et du sucre pour arranger le goût de ce qui deviendra la bière de Noël.

Ce brassin spécial était ensuite offert aux employés de la brasserie et à ses meilleurs clients. C'est ainsi que la "Moinette de Noël" n'a jamais porté ce nom, mais porte l'étiquette "Bons vœux" car elle était au départ distribuée "avec les bons vœux de la brasserie Dupont" à Tourpes...

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