Bernard Delvaux: "Il faut faire en sorte de partager le travail dans l'ensemble de la population"

L'invité de Matin Première de ce jeudi est Bernard Delvaux, qui est revenu sur le CETA, la fermeture de Caterpillar Gosselies et le pacte d'investissement.
L'invité de Matin Première de ce jeudi est Bernard Delvaux, qui est revenu sur le CETA, la fermeture de Caterpillar Gosselies et le pacte d'investissement. - © CHRISTOPHE LEGASSE - BELGA

Pour les fêtes de fin d'année, Matin Première propose à ses invités de revenir sur trois actualités de 2016. Ce jeudi, Bertrand Henne a reçu Bernard Delvaux, patron de la Sonaca, une entreprise active dans le domaine de l'aérospatial.

"Se réapproprier le pouvoir de diriger l'Europe"

Le premier temps fort du meilleur manager de 2013 est le CETA, et la fronde de la Wallonie envers le traité. Un moment qui montre que "finalement, on s’est réapproprié le pouvoir de diriger l’Europe."

"On a très souvent renvoyé les mauvaises nouvelles vers l’Europe en disant que c’était de là que toutes les décisions et les contraintes viennent. Le monde politique belge a pris cette habitude de dire qu’à chaque fois qu’il y a une mauvaise nouvelle, c’est une décision européenne. Et là, on s’est soudainement rappelé que l’on pouvait influencer l’Europe et que, finalement, ce sont les hommes et femmes politiques de chacun de ses pays qui décident de son avenir. Et à une époque où l’Europe doit se renouveler et devenir plus démocratique, doit faire plus pour convaincre ses citoyens, c'est un message positif."

Je crois beaucoup dans (...) le rôle de cohésion sociale de l’emploi

Paul Magnette, figure de proue de la résistance wallonne contre le CETA, a déclaré que "le commerce n'est pas un but en soi". Une position partiellement partagée par Bernard Delvaux: "Je pense qu’on doit avoir un but sociétal, c’est très important de créer de la valeur. Et plus on va en créer, je pense, plus ça va être facile de la partager. Je crois beaucoup dans l’importance de l’entreprise et dans le rôle de cohésion sociale de l’emploi. L’un ne va pas sans l’autre. On ne peut pas mettre l’accent uniquement sur le social ou l’économique, le lien entre les deux est important."

2016 et ses pertes d'emploi

2016 a également été marqué par la perte de milliers d'emplois, notamment dans les secteurs industriel, avec la fermeture de Caterpillar Gosselies, ou bancaire, avec les restructurations d'ING et d'Axa. Une situation qui représente un moment charnière, dans la vision de l'avenir du marché de l'emploi belge, et européen.

"On a constaté, au niveau industriel, en Belgique mais aussi en Europe, que c’est de plus en plus difficile de maintenir certains types d’activité." commente le patron de la Sonaca. "Nous n’avons pas été surpris [de la fermeture de Caterpillar Gosselies], car on voit que ce type d’industrie est très difficile à maintenir sur notre sol, parce que le coût du travail est très élevé, parce qu’on a un certain nombre de rigidités dans nos contrats d’emploi et dans la façon dont on gère les horaires. Ce qui fait que lorsque les investisseurs, qu’ils soient belges ou étrangers, doivent choisir d’investir dans des nouvelles usines, ben ils sont tentés de le faire en dehors de la Belgique et en dehors de la Wallonie."

Il faut se projeter dans dix ans et se demander à quoi ressemblera le marché du travail

"Ce qui moi, me tracasse dans ces démarches-là, c’est qu’on voit qu’un certain nombre d’emplois qui sont des emplois répétitifs, peu qualifiés, dans le cas de Caterpillar, des cols bleus, disparaissent de plus en plus. On a beaucoup de mal à les remplacer, à les maintenir et à attirer de nouveaux emplois dans ces domaines-là." Et concernant les pertes d'emplois pour les cols blancs, "c‘est lié à une évolution technologique, qui est selon moi inévitable et à laquelle il faut s’adapter, qui est la digitalisation de toute une série de métiers de cols blancs, là aussi assez répétitifs. Il faut se projeter dans dix ans et se demander à quoi ressemblera le marché du travail et comment faire en sorte de partager le travail dans l’ensemble de la population et de ne pas laisser 20% de la population au bord de la route."

Et de donner des bons points à la Wallonie, assez bonne dans la recherche & développement et l'innovation. "On a été capable de développer beaucoup d’emplois hautement qualifiés : dans les biotech, dans l’IT, dans tout ce qui tourne autour des universités, on a beaucoup de succès au point qu’on est obligé d’engager des ingénieurs à l’étranger."

Se mobiliser autour de projets communs

Enfin, l'invité de Matin Première est revenu sur le pacte d'investissement proposé par le gouvernement Michel, encore en chantier. Un pacte qui "va dans le bon sens, même si nous n’aurions pas mis l’accent sur l’investissement, l’argent étant une contrainte et non un objectif."

"L’important c’est de se dire, où veut-on être dans cinq, dix ou quinze ans, et faut-il mettre de l’argent sur la table ? Il faut éviter les effets d’aubaine, il faut éviter qu’à un moment donné ça devienne une foire d’empoigne pour savoir qui va profiter des milliards mis sur la table. Mais c’est clair que cette annonce va dans le bon sens, et on espère que ça va se traduire dans des plans d’action, dans des réflexions telles que l’on a eues pour la réforme des pensions. Un autre bel exemple, au niveau de la FWB, c’est le pacte d’excellence pour l’enseignement, qui a la bonne approche, avec une vision long terme et une multitudes d’actions qui font l’objet de discussions détaillées d’experts."

"On a besoin de rêver un peu. Quand on lit la presse, quand on regarde les médias, on voit toute une série de contraintes, et de problèmes. Au bout d’un temps, on est fatigué alors qu’on a besoin de se mobiliser autour de projets communs qui peuvent se concrétiser dans notre quotidien. ​​​​​​"

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