Belgique : Nestlé va engager 450 jeunes de moins de 30 ans dans les cinq années qui viennent

Nestlé, "premier groupe alimentaire au monde" annonce l’embauche de 450 jeunes de moins de trente ans d’ici 2025, et 175 possibilités de stages pour le même public. Un engagement qui s’inscrit dans une annonce encore plus large : 20.000 possibilités de premier emploi (et le même nombre de stage) en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord d’ici 2025. A priori à contre-courant du contexte économique actuel, que se cache-t-il derrière cette annonce ?

Entretien avec Olivier Blanc, responsable des ressources humaines de Nestlé en Belgique et au Luxembourg – qui livre par la même occasion son regard sur le marché du travail belge.

16% des jeunes Belges sont au chômage. C’est vrai, et c’est même largement plus marqué à Bruxelles. Pour la plupart, ce sont des profils peu qualifiés, voire pas qualifiés du tout. Ce sont eux que vous allez engager dans ces 450 emplois ?

Olivier Blanc : Cela va être très variable en fonction des postes qu’on a à proposer. Donc, on essaie d'’offrir des jobs à l’ensemble des personnes concernées par cette crise, mais aussi en fonction aussi du profil de notre entreprise.

Si un effort particulier n’est pas fait pour les jeunes, nous risquons une génération perdue.

Ce qui veut dire concrètement que vous êtes effectivement aussi à la recherche de jeunes peu ou pas qualifiés…

O.B. : Oui, pas sur tous nos jobs, parce qu’en Belgique, nous avons une usine qui produit l’eau, des boutiques à travers tout le pays et un siège dans lequel les fonctions sont plutôt dans le marketing et la finance – des profils dans ces derniers cas beaucoup plus qualifiés.

450 emplois d’ici à 2025, cela fait 90 emplois par an. Pour une structure qui compte aujourd’hui 800 employés, on est presque à un taux de rotation normal pour une entreprise, non ?

O.B. : Alors oui, c’est vrai. Même si nous avons la chance d’avoir un turnover qui est plutôt plus bas que la moyenne belge. En même temps, on est dans une phase de transformation comme beaucoup d’entreprises belges, avec des événements positifs en termes d’embauche qui nous permettent de conserver, malgré les contraintes qu’on connaît tous en Belgique, des taux d’emploi qui sont satisfaisants.

Dans une petite école, dans un quartier, vous n'êtes pas aidé vis-à-vis de votre CV ou de votre candidature.

Cela veut dire que l’embauche des jeunes, ça ne va pas être le remplacement de personnes qui, de toute façon, ne seront plus dans l’entreprise dans les cinq ans ?

O.B. : Il y a des gens qui vont forcément nous quitter et il y aura d’une rotation naturelle, ce ne serait pas possible autrement. Il y a des gens qui arrivent à la retraite, il y a des gens qui décident de faire d’autres choses et donc on recrute. On ne base pas nos recrutements sur un âge, mais bien sûr un besoin, des compétences qui nous amènent à recruter soit des jeunes, soit des personnes plus expérimentées en fonction des profils de position.

Mais ici, clairement, le focus est mis sur les jeunes. Il y a un besoin de rajeunir la pyramide des âges de votre personnel ?

O.B. : Ce n’est pas forcément un besoin chez Nestlé. C’est plutôt que si un effort particulier n’est pas fait pour les jeunes – déjà avant le Covid, mais encore plus depuis, il y a une partie de la génération qui risque d’être ce qu’on appelle maintenant une génération perdue.

On ne veut pas ça. On veut offrir des opportunités qui permettent aux jeunes de rejoindre le marché de l’emploi.

Qu’est ce qui manque, à votre avis, pour effectivement aider certains jeunes, peu qualifiés à entrer sur le marché du travail ?

O.B. : Ce qui fonctionne bien, ce sont des choses concrètes : comment faire un curriculum vitæ, comment faire une candidature, savoir utiliser les outils digitaux dans la recherche de l’emploi. Et ça, ce sont des choses que vous retrouvez dans les grandes écoles et universités belges – vous avez des cours pour vous apprendre ça.

Une réflexion doit être menée en Belgique sur le développement de l’apprentissage en entreprises.

Mais quand vous êtes dans une petite école, dans un quartier, vous ne serez pas aidé vis-à-vis de ça. Et aujourd’hui, les entreprises sont là aussi pour aider. Ce peut-être pas quelque chose qui était prévu au démarrage, que les entreprises viennent expliquer aux gens comment postuler. Mais nous considérons qu’il en va de notre responsabilité d’aider les jeunes à ne pas rester sur le carreau.

Mais je pense aussi qu’une réflexion doit être menée en Belgique, quand on compare à d’autres pays, sur le développement du "dual learning" ou l’apprentissage en entreprise, et la durée des stages.

En six mois, vous avez la possibilité d’apprendre des choses. Trois mois, c’est vraiment court pour apprendre dans une entreprise quelque chose que vous pourrez réutiliser plus tard. C’est l’une des différences que je peux voir de avec d’autres pays. Cela ne changera peut-être pas toute la situation belge, mais c’est en tout cas un élément : la durée des stages.

Et puis, l’apprentissage pourrait être amélioré en Belgique. Les opportunités d’apprentissage en entreprise, c’est vraiment un mode de formation et de connaissance du monde du travail qui est des plus efficaces. Très longtemps regardé comme une filière d’échec pour des jeunes qui n’étaient pas capables, supposément, de suivre des études secondaires – une aberration totale à mon sens. L’apprentissage est une des meilleures manières d’apprendre un travail.

Et c’est le cas d’un partenariat qu’on a mis sur pied avec la Haute Ecole de Liège pour pouvoir avoir, pour la première fois une apprentie, une jeune femme qui a rejoint l’équipe des ventes comme apprentie pendant une période de trois ans. Et c’est ce genre d’expérience qu’on espère renouveler le plus souvent possible.

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