Baromètre de l'inclusion numérique : 40% des Belges ont des compétences numériques faibles

La Fondation Roi Baudouin publie ce vendredi matin son baromètre de l’inclusion numérique. Quelques mois seulement après le pic de la crise sanitaire et le confinement, est-ce que notre regard a changé sur la fracture numérique ? La question était au cœur du "Marché matinal" ce vendredi sur La Première.

Depuis des années, l’immense majorité de la population est réputée connectée. Mais avec le basculement vers le télétravail et l’école à distance imposée par la crise sanitaire, on a bien vu qu’être connecté matériellement ne suffit pas. La qualité de l’accès et les conditions de l’accès à Internet comptent aussi.

"Ça veut dire quoi la qualité des conditions d’accès, interroge Périne Brotcorne, chercheuse à l’UCL ? C’est d’avoir d’abord une bonne connexion Internet, et pas intermittente, et c’est d’avoir un équipement informatique. La plupart des jeunes ont par exemple un smartphone et il y a beaucoup de familles où il n’y a maintenant plus que les smartphones pour accéder à Internet. Mais une fois qu’on doit maintenir l’accès à l’éducation, avoir seulement à la maison des smartphones est évidemment insuffisant pour réaliser des travaux scolaires."


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Dans beaucoup de familles défavorisées, les enfants ont dû attendre leur tour pour faire leurs devoirs avec l’ordinateur familial. Parfois le seul ordinateur familial, quand il y en avait un, et la connexion familiale également pas top. Et surtout, ça a un impact sur la manière dont les jeunes vont utiliser Internet.

Selon Périne Brotcorne, "beaucoup de recherches au niveau international ont bien montré que des jeunes qui avaient un accès sporadique à Internet, quand ils vont sur Internet dans des lieux publics, doivent se dépêcher et y vont pour une question spécifique. Ils font donc une recherche très ciblée et ils n’ont pas l’occasion de développer des usages un peu exploratoires qui leur permettent de développer l’éventail de leurs pratiques, alors que les autres jeunes qui ont cette connexion permanente à la maison avec un ordinateur de bonne qualité développent ces pratiques exploratoires".

Une famille pauvre sur trois privée d’internet

Le baromètre rappelle aussi que dans les ménages pauvres avec moins de 1200 euros de revenus par mois, il n’y a pas d’accès Internet du tout dans un cas sur trois.

Sur le plan des compétences nécessaires pour évoluer dans un monde de plus en plus numérique, le baromètre observe que 40% des Belges ont des compétences numériques faibles. Mais la proportion monte à 75% chez les personnes avec des revenus faibles et un niveau de diplôme peu élevé.


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À l’heure où l’ambition du secteur public est de basculer vers le tout numérique, Périne Brotcorne estime que ces chiffres sont alarmants. "L’outil privilégié pour dialoguer avec l’administration est l’e-mail, et pour dialoguer avec toute une série de services publics, c’est l’e-mail. Alors que l’e-mail est un outil qui n’est absolument pas utilisé dans les populations qui ont un faible niveau diplôme. L’e-mail survalorise l’écrit, alors qu’ils ont généralement des difficultés pour s’exprimer à l’écrit. Eux, ils utilisent donc des applications qui mettent en avant l’oralité."

Autrement dit, l’offre de service public numérique n’est pas adaptée aux pratiques et surtout aux compétences d’une partie importante de la population. Ce n’est d’ailleurs pas très différent dans le secteur privé, par exemple dans le cas de la banque en ligne. Pour Périne Brotcorne, il est donc urgent d’imaginer une transition numérique qui soit vraiment inclusive, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

JT du 29/08/2020 - Fracture numérique : on apprend à tout âge

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