Au menu de l'Europe ce mercredi: émietté de croissance sur son lit de rigueur

La complicité affichée entre François Hollande et Angela Merkel est-elle seulement de façade ou bien donnera-t-elle lieu à de nouvelles perspectives pour les Européens ?
La complicité affichée entre François Hollande et Angela Merkel est-elle seulement de façade ou bien donnera-t-elle lieu à de nouvelles perspectives pour les Européens ? - © DPA / Peer Grimm

Ce mercredi, les chefs d'Etat et de gouvernement européens se retrouvent à Bruxelles pour un dîner informel convoqué par le président du Conseil Herman Van Rompuy. Ce ne sera pas une réunion majeure: juste un hors d’œuvre avant le plat de résistance que constituera le sommet européen à la fin juin. Mais les convives avaient un besoin urgent de se retrouver pour tenter de rassurer. Car l'incendie menace tout l'édifice européen.

L'impasse politique en Grèce, les banques espagnoles au bord de la crise d'apoplexie et une croissance européenne atone, tels sont les ingrédient fort peu digestes d'un cocktail explosif pour la zone euro et, par delà, pour l'Union européenne elle-même. Des signaux alarmants s'allument de tous côtés: les Grecs qui font la file pour retirer leurs économies des banques, de nouvelles dégradations de la note de certaines banques ou de certains Etats, des déclarations qui laissent entendre que la Grèce pourrait quitter la zone euro... De quoi rendre indispensable une réunion au sommet qui, même si elle n'a pas vocation à prendre des décisions, se doit d'abord de rassurer les marchés et les Européens

Herman Van Rompuy a lui-même fixé ce cadre très modeste:  "J'ai convoqué cette réunion pour une raison très simple. Beaucoup de choses se sont passées depuis que nous nous sommes vus au début du mois de mars et voici le temps venu d'avoir un échange de vue informel et ouvert entre nous, sur la manière d'accroître la croissance et les emplois à travers l'Union européenne. L'idée n'est pas, à ce niveau, de tirer des conclusions ou de prendre des décisions mais de préparer politiquement les décisions que nous aurons à prendre lors du sommet de juin, de la meilleure manière possible. Si nous parvenons à une compréhension commune sur les principaux points de l'agenda pour la croissance à la fin du dîner, nous aurons franchi des pas supplémentaires en vue de décisions fin juin".

François Hollande, le champion de la croissance

Mais ce sommet informel prend un relief tout particulier depuis que le locataire de l'Elysée a changé. François Hollande est devenu le champion de tous ceux qui voudraient voir déserré le joug fixé par la chancelière allemande Angela Merkel au cou des peuples européens. Son souhait de campagne de renégocier le traité budgétaire, pourtant à peine né, s'est déjà transformé en la volonté de lui adjoindre un volet "croissance", sous la forme d'un protocole ou même d'une simple déclaration. Il n'empêche, son objectif est déjà partagé par une série de ses collègues, à commencer par le Premier ministre belge Elio Di Rupo. Même Mario Monti, le Président du conseil italien s'est exprimé en ce sens. "On ne peut pas se contenter d'attendre des réformes structurelles et la réduction des déficits pour générer de la croissance", a-t-il dit.

Et face à ceux qui seraient tentés de préparer déjà la sortie de la Grèce de la zone euro, François Hollande répond, depuis les Etats Unis où avait lieu le sommet du G8, qu'il ne saurait en être question: "Le message que j'ai voulu porter (...) ça a été le souhait que la Grèce reste dans la zone euro, respecte ses engagements mais soit appuyée, accompagnée par l'Europe pour stimuler sa croissance".

Des moyens limités pour des ambitions mesurées

Mais que doit contenir ce fameux "volet croissance" ? C'est un peu l'objectif du dîner informel de ce mercredi: se mettre d'accord sur les moyens qui pourront être mis en œuvre. Et rien que cela pourrait encore conduire à des empoignades. D'abord, Angela Merkel et les apôtres de la rigueur budgétaire devraient s'assurer que leur traité budgétaire demeure le socle intangible de l'assainissement des finances publiques des Etats européens. De la croissance, oui, mais pas sans responsabilité!

Ensuite, quelques points pourraient déjà faire l'objet d'avancées dès mercredi. Ainsi, l'idée d'augmenter le capital de la Banque européenne d'investissement (BEI) pour lui permettre de financer davantage de projets structurants pour l'Europe semble ne plus rencontrer d'opposition. Forte de quelque 230 millions supplémentaires, elle pourrait garantir des prêts jusqu'à 1,5 milliard d'euros. Pas de quoi constituer un plan Marshall à l'échelle européenne mais une première tentative de fédérer les Etats autour de nouveaux projets porteurs. Bien sûr, on est loin des "eurobonds", soit des émissions obligataires de l'Union elle-même. L'Allemagne et les autres pays qui empruntent à des taux très bas n'y ont aucun intérêt. Dès lors, ils n'en veulent pas. Pas encore.

Gratter les fonds de tiroir

La taxe sur les transactions financières, dont on dit qu'elle pourrait générer les premières "ressources propres" de l'Union, n'est sans doute pas encore au stade de l'adoption, en dépit des nombreux engagements politiques pris en ce sens depuis le Parlement européen jusqu'à plusieurs chefs d'Etat. Mais la Grande-Bretagne veut toujours que la City y échappe. Impossible à admettre pour les autres: ce serait accepter que la place financière londonienne acquière immédiatement un avantage compétitif majeur sur les autres marchés.

Enfin, les chefs d'Etat devraient décider de réaffecter les fonds structurels demeurés sans emploi. C'est un peu du grattage de fonds de tiroir, mais cela représente tout de même des milliards d'euros qui pourraient être utilisés pour soutenir les pays en difficultés, dont la Grèce, notamment en supprimant les obligations de cofinancement par les Etats bénéficiaires.

Quoi qu'il en soit, les Chefs d'Etat et de Gouvernement devront faire preuve de beaucoup d'imagination et de persuasion pour convaincre les marchés qu'ils ont les moyens d'enrayer l'incendie de la crise des dettes souveraines. Face aux menaces qui semblent plus inquiétantes que jamais pour l'euro et pour l'Europe elle-même, ils vont devoir démentir ceux qui, à l'instar de l'économiste américain Paul Krugman, reprochent aux Européens de tomber systématiquement dans le même travers: celui d'en faire trop peu, et trop tard.

T.N.

 

 

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