Attention: un emprunt hypothécaire peut cacher d'autres produits financiers

Vous vous apprêtez peut-être à emprunter pour acheter une maison. La bonne nouvelle pour l’acheteur est que les taux d’intérêt sont toujours au plus bas. C’est évidemment une moins bonne nouvelle pour les banques qui gagnent moins en nous prêtant. Et elles profitent de la saison des résultats semestriels pour rappeler combien elles trouvent le contexte économique difficile. En plus des taux d’intérêt planchers, les marchés sont volatils, leurs marges bénéficiaires sont sous pression, disent-elles, selon l’expression consacrée. Pourtant, ce sont paradoxalement ces banques elles-mêmes qui maintiennent les taux d’intérêt hypothécaires au plus bas.

8 produit en plus de l’emprunt

Il faut y voir une vraie guerre commerciale entre les banques, en particulier sur les emprunts hypothécaires. Il suffit de lire les publicités qu’elles font dans les agences et sur Internet. Elles annoncent toutes des taux d’emprunt les plus bas les uns que les autres. Il y a effectivement une vraie démarche marketing autour. Si elles rabotent tellement leurs prix, c’est parce qu’elles peuvent se rattraper sur d’autres produits et services. C’est ce qu’explique Marc Raisière, le patron de Belfius. "À côté du crédit, il y a une assurance incendie, une assurance solde restant dû, des comptes courants à ouvrir et souvent un compte d’épargne. Lorsque nous octroyons un crédit hypothécaire, en moyenne le client souscrit chez nous plus de huit produits. C’est ce qui explique notre volonté d’être très présents sur les marchés du crédit hypothécaire tout en maintenant une discipline en termes de tarification."

L’emprunt hypothécaire est donc un véritable produit d’appel. C’est la raison pour laquelle, lors de l’achat, il ne faut pas simplement regarder le taux pratiqué. Mais regarder l’ensemble du package proposé par les banques pour les produits associés. Un taux alléchant est généralement compensé par des assurances imposées qui "compensent" le faible gain de l’emprunt hypothécaire.

Sous le contrôle de la Banque nationale

On est loin, pourtant de la crise de 2008 initiée aux États-Unis dans des banques qui octroyaient des prêts immobiliers un peu trop facilement.

La Banque nationale surveille la situation de près, mais depuis plusieurs mois, le patron de KBC -par exemple- estime que certaines banques vont trop loin, que cette concurrence effrénée n’est pas saine et qu’en conséquence, leur rentabilité est sous pression.

Il pense précisément à Belfius et sans doute à d’autres petites banques qui casseraient le marché. La réponse de Belfius est immédiate : la baisse des taux d’emprunt hypothécaires est due aux taux d’intérêt à long terme, pris comme référence pour les emprunts hypothécaires.  

Marc Raisière ajoute que c’est l’environnement financier qui fixe les règles : "Je ne peux pas le changer. Le taux à 10 ans au niveau de nos obligations d’Etat belges est inférieur à 1%. Ce n’est donc que logique. Je serais nettement plus heureux si les prix pouvaient être augmentés de 100 points de base. C’est pour ça que -vous l’avez vu dans nos chiffres- nous ne croissons pas au niveau du crédit hypothécaire. Nous avons une production certes importante, 3,2 milliards d’euros, mais qui est moindre que celle de l’année précédente".

Conclusion, tant que les taux d’intérêt à long terme européens resteront bas, cette guerre des emprunts hypothécaires entre les banques devrait continuer.

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