Assurances : les algorithmes auront-ils raison de vous ?

Avez-vous déjà eu toutes les difficultés à souscrire à une assurance ? Au contraire, faites-vous partie des bons clients aux yeux des compagnies ? L’obtention d’une police d’assurance pourrait être dorénavant plus compliquée surtout si vous êtes un "mauvais" client.

C’est du moins ce que laisse sous-entendre une enquête menée aux Pays-Bas par les autorités des marchés financiers néerlandais (AFM). Elle souligne dans son rapport que de nombreuses sociétés d’assurance néerlandaises s’emploient à utiliser des algorithmes et des Big Data pour octroyer leurs assurances ou non. Pour l’heure, les sociétés néerlandaises utilisent déjà les informations financières des clients (relevés de cartes de crédit, informations provenant des banques, etc.) pour déterminer l’octroi d’assurance.

Avec ces algorithmes et ces Big Data, les compagnies d’assurances ont accès à une masse de données très importante. Dans le futur, elles pourront être en mesure de connaître la moindre information de votre vie. Des informations comme les derniers médicaments qui vous ont été prescrits, votre fréquence d’activité sportive hebdomadaire, ou encore le nombre de fois que vous êtes allés au restaurant.

Toutes ces informations peuvent être collectées à tout moment grâce aux différents objets connectés.

Faut-il craindre les algorithmes et les Big Data ?

Pour Wauthier Robyns, directeur de la communication d’Assuralia, l’union professionnelle des entreprises d’assurance, la collecte d’information de ce type n’est pas neuve. "Depuis que l’assurance a été inventée, les assureurs ont essayé de connaître les caractéristiques qui leur permettaient de cerner au mieux le risque. En 1666, quand l’assurance incendie a été instaurée après le grand incendie de Londres, on distinguait déjà le risque en fonction des matériaux de construction. La prime variait selon ces informations. Aujourd’hui, les assureurs disposent de beaucoup de données d’autant plus avec l’aide de technologies qui collectent des informations à partir d’objets connectés."

"L’algorithme est comme une recette de cuisine", explique Gilles Loupe, chercheur au CERN et professeur en intelligence artificielle à l’Université de Liège. "C’est une séquence d’étapes primitives. L’ordinateur suit la séquence d’instruction pour produire un résultat. Dans le cadre des assurances, l’algorithme va répondre à une série de demandes spécifiques liées au produit d’assurance."

La Belgique n’est qu’au balbutiement de l’utilisation des algorithmes. Les assureurs s’appuient sur la quantité incommensurable d’informations collectée dans le passé. "Le législateur indique quels sont les éléments de tarification dont on peut tenir compte. Aujourd’hui, les compagnies indiquent sur leur site quelles sont les données qui sont prises en considération. Vous allez avoir à des tarifs en matière d’assurance qui tiendront compte de ces éléments."

Néanmoins, la collecte d’informations supplémentaires sur les clients devrait avoir une influence sur la tarification selon Gilles Louppe. "C’est une bonne chose directement pour l’assureur car il peut espérer être plus rentable en minimisant son risque. Il peut mieux estimer le risque d’assurer un client ou non. De plus, l’algorithme fait faire l’association de données et augmenter les risques. Mais ça reste des associations, ça n’a pas valeur de causalité. C’est là qu’on peut se poser des questions."

Concrètement, un assureur peut vous proposer un GPS avec votre assurance auto. A partir des données GPS, l’assureur pourrait disposer d’informations nouvelles concernant vos itinéraires, votre attitude au volant et même votre temps au volant.

Mais pour l’union professionnelle des entreprises d’assurance, l’humain prédomine tout de même. "On a toujours connu des risques qui sont non assurables", justifie Wauthier Robyns. "Le passé influence l’avenir pour un assureur. S’il y a eu plusieurs accidents, l’assureur estimera qu’il y en aura d’autres. Mais si on a été touché un jour par un sinistre très grave, cela ne prédit pas que des sinistres de la même gravité se réaliseront à l’avenir. Il faut interpréter la dimension prédictive. Il faut un aspect humain par rapport à des données collectées par des moyens électroniques."

Pour le porte-parole d’Assuralia, la collecte d’informations de ce type demande une certaine déontologie. "Il faut faire le tri", explique Wauthier Robyns. "Il est important en tant que sociétés de savoir quelles sont les données que l’on peut traiter et celles où il faut utiliser une cape d’invisibilité. Nous avons une législation qui interdit aux assureurs d’utiliser la nationalité ou la race comme facteur de tarification. On interdit aussi aux assureurs de tenir compte du sexe."

Quid de l’éthique et de la protection des clients ?

Cette masse de données ne sous-entend pas nécessairement qu’elles seront toutes utilisées. "S’il s’agit de déterminer si oui ou non on accorde un contrat, évidemment il y a une série de données qui ne serviront pas comme les sites web que vous visitez", soutient le chercheur.

Dès lors, existe-t-il des garde-fous ? Pour l’heure, seul le règlement général sur la protection des Données (RGPD) joue un rôle de "régulateur". Il permet à chaque citoyen européen de contrôler l’utilisation de ses données personnelles. "Les assurances ne peuvent posséder des données personnelles que sur base légale et si vous avez donné votre accord", explique Aurélie Waeterinck, porte-parole de l’Autorité de protection des données. "Chaque citoyen est responsable de ses informations. Il choisit de les céder ou non. Il reste des protections mises en place par le RGPD. Le consommateur ne peut pas être victime d’une décision automatisée. Vous devez donner votre consentement de manière claire et positive. En dernier recours, vous pouvez porter plainte auprès de l’autorité de la protection des données."

Au-delà de ce seul RGPD, le consommateur semble bien seul. Toutefois, le politique possède le dernier mot. "Il y a un nombre assez important de domaines dans lequel on a injecté des limitations à la possibilité pour l’assureur de se laisser guider uniquement par un calcul de risque", explique Wauthier Robyns. "En matière d’assurance automobile, il y a aura même pour des gens avec des passés extrêmement lourds, la possibilité d’être assuré via un bureau de tarification. Pour les bâtiments en zone inondable, il y a un garde-fou par une dose de solidarité. Tout cela revient de mécanisme décidé et mis en place par le législateur."

Actuellement, l’utilisation des algorithmes et des Big Data est loin d’être monnaie courante au sein des compagnies d’assurances. En cas contraire, il n’est pas impossible de voir le politique bloquer ou limiter l’utilisation des telles données.

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