Ascenseur social en panne: le ciblage des politiques publiques est-il trop inefficace?

L’ascenseur social est en panne. C’est en tout cas le constat que posent deux économistes dans un article publié ce matin dans la revue Regards économique de l’Université catholique de Louvain. Il serait aujourd’hui plus difficile d’améliorer sa condition sociale même en exerçant un emploi.

Et pour cause, les fractures sociales, à l’image de la crise des gilets jaunes, sont très nombreuses. Pour Mathieu Lefebvre, professeur d’économie à l’université de Strasbourg et l’un des deux auteurs de ce papier, une partie de la population se sent aujourd’hui dépassée par l’autre. "Que ce soit les villes par rapport aux campagnes, que ce soit l’accès à la technologie par rapport à d’autres populations qui ont plus facilement accès. Cette panne de l’ascenseur social, de la possibilité finalement de réduire les écarts entre différentes sous-populations de nos concitoyens s’exprime".

Et pourtant, nos pays injectent beaucoup d’argent dans la protection sociale, ce que l’on appelle également l’état providence. Avec parfois un certain succès comme dans la lutte contre la pauvreté ou contre les inégalités. Mais ce que Mathieu Lefebvre et son co-auteur Pierre Pestieau, économiste à Liège, soulignent, c’est l’inefficacité de ciblage des politiques publiques. On aide parfois des gens qui n’en ont pas forcément besoin, mais pas d’autres qui eux en auraient pourtant bien besoin, comme les classes moyennes les plus modestes.

Quelles solutions ?

"La plupart du ciblage de nos politiques était souvent classé sur les plus démunis, ce qui est très bien", explique Mathieu Lefebvre. "Mais on oublie parfois une partie de notre population : classes moyennes inférieures qui se trouvent avec des revenus parfois proches du seuil de pauvreté, juste un peu au-dessus, parfois même un peu en dessous et qui sont oubliées de nos politiques parce qu’on n’a pas pensé à leurs revenus et à leur situation qui les amènent dans une certaine précarité, mais qui n’est pas identifiée comme étant problématique parce qu’ils ne sont pas spécifiquement pauvres comparés aux plus démunis".

Des solutions sont proposées par les deux économistes : Réorganiser la protection sociale pour mieux cibler les populations en souffrance avec, en particulier, l’idée que les minima sociaux soient toujours au moins supérieurs au seuil de pauvreté.

Ce n’est pas le cas aujourd’hui et cela suppose des moyens financiers supplémentaires. Raison pour laquelle ils proposent notamment d’améliorer la perception des droits de succession. "Nous vivons dans une économie de rentiers, une économie d’héritiers qui parviennent à éviter assez facilement les droits de succession ce qui, dans la foulée, prive l’État de ressources financières assez importantes", avancent-ils.

La pratique est aujourd’hui assez simple puisqu’il suffit par exemple de faire une donation mobilière ou transférer de l’argent de son vivant à vos héritiers. A titre d’exemple, il suffira alors de payer des droits d’enregistrement de l’ordre de 3,3% en ligne directe en Wallonie. En cas de succession, en ligne directe au-delà de 500.000 euros, le taux est de 30%.

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