Antonio Gambini (Réseau pour la Justice Fiscale) : "La Belgique est un paradis fiscal"

Antonio Gambini (Réseau pour la Justice Fiscale) : "La Belgique est un paradis fiscal"
Antonio Gambini (Réseau pour la Justice Fiscale) : "La Belgique est un paradis fiscal" - © Tous droits réservés

Le Réseau pour la Justice Fiscale (RJF) avance un chiffre : 20 milliards d'euros par an. C'est le montant des recettes fiscales annuelles qui pourraient être générées en Belgique par une lutte contre la fraude et contre l'évasion fiscale. Les militants du RJF étaient présents ce matin dans plusieurs gares du pays, notamment à Bruxelles et à Liège, à l'occasion du Tax Justice Day.

À l'occasion du Tax Justice Day, Antonio Gambini, chargé de recherche en matière de justice fiscale au CNCD-11. 11. 11, était l'invité à Soir Premiere. La plateforme fait partie du RJF et regroupe des syndicats et ONG qui dénoncent le coût de la fraude et de l'évasion fiscale en Belgique.

Belgique, reine des classement sur l'optimisation fiscale

Antonio Gambini estime que "la Belgique est un paradis fiscal. D'abord, pour les individus et les ménages les plus riches, car la taxation du capital en Belgique est toujours très faible. D'autre part, pour les entreprises, spécialement pour les très grandes entreprises". La Belgique est même le deuxième État qui favorise le plus l'optimisation fiscale des grandes entreprises selon le classement réalisé par la Commission européenne, rappelle-t-il.

L'Europe semble avancer vers plus de transparence fiscale, avec même "quelques bonnes mesures", estime Antonio Gambini. "Malgré l'opposition fréquente du ministre des Finances, Van Overtveldt". Cependant, cette lutte s'accompagne d'une baisse continue des taux de taxation des bénéfices des profits des entreprises. "Par exemple, au niveau mondial, on est passé de 40 % en moyenne, en 1980, à un peu plus de 20 %, aujourd'hui. Si la courbe continue, les entreprises seront taxées à 0 % sur leurs bénéfices en 2052."

"Dans ce mouvement de course vers la baisse, la Belgique est très loin d'être exemplaire, au contraire", poursuit-il. "Avec la nouvelle réforme de l'ISOC [Déclaration à l'impôt des sociétés, NDLR], en Belgique, il y a 24,2 % de réduction en (deux taux) entre 2017 à 2020 ; ce qui, à nouveau, place la Belgique à la deuxième place en rythme d'accélération de la course vers le bas pour que les entreprises ne soient plus taxées du tout."

Rien à gagner dans la course vers le 0%

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, avec cette position, avec "ces cadeaux fiscaux à répétition, on n’attire pas des investissements, c'est une fable, ce n'est pas vrai", affirme Antonio Gambini. "Les études les plus sérieuses montrent que le niveau de fiscalité n'est qu'un élément secondaire parmi des critères beaucoup plus importants, tels que la qualité de la main d’œuvre, la qualité des infrastructures, le marché local, etc."

"De plus, il faut se demander si les milliards qui arrivent sont des véritables créations d'emploi, des usines, des bureaux, ou si ce sont simplement des milliards qui ne font que transiter dans des sociétés " boîtes aux lettres " avec un, ou deux, ou trois employés", s'interroge-t-il.

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