Amazon "contourne une décision de justice pour gagner des parts de marché"

Appelons cela le sens du civisme version Amazon. La semaine dernière, la plateforme multinationale s’est vu imposer par un tribunal français de limiter ses envois de colis aux produits essentiels : alimentaires, médicaux ou d’hygiène. Parce qu’Amazon n’a pas été, selon le tribunal, en mesure de démontrer une protection sanitaire suffisante de ses travailleurs. Amazon avait initialement prévu de mettre à l’arrêt ses centres de distribution français jusqu’à ce lundi, mais ce dimanche, l’e-commerçant a déclaré prolonger la suspension de deux jours supplémentaires jusqu’au 22 avril inclus.

Ni une ni deux, Amazon annonce dans la foulée la fermeture de ses entrepôts français, assurant qu’il lui est impossible de faire le tri entre les produits essentiels et les autres. Mais ce n’est pas tout, dans la foulée Amazon annonce aussi à ses clients que tous les produits disponibles, en catalogue, pourront quand même être commandés et livrés.

Alertes répétées des syndicats

Pour Ludovic Voet, secrétaire confédéral au sein de la Confédération Européenne des Syndicats : "Amazon fait donc tout pour contourner la loi en offrant de livrer depuis l’étranger. Mais cela pose des gros problèmes, parce qu’en augmentant les intermédiaires et les distances, Amazon augmente d’autant plus les risques de contamination. Ce que l’on voit depuis un mois maintenant chez Amazon, ce n’est pas uniquement certaines mesures qui n’auraient pas été mises en place, ce sont des alertes répétées par les syndicats. Et un risque sanitaire accru. Amazon a refusé de faire l’évaluation des risques sanitaires pour tous ses travailleurs, ce qui est exactement ce que demandent les syndicats et le tribunal. Ici, le problème est donc reporté à d’autres pays".

Plutôt fermer que tourner au ralenti

Avec des délais de livraison plus longs, Amazon contourne donc une décision de justice. Sous prétexte donc que faire la différence entre des produits essentiels, et les autres est difficile. Ce qui relève très clairement du prétexte pour Ludovic Voet : "La plateforme est capable de nous faire des suggestions d’achats sur base de nos clics précédents. Et est donc parfaitement capable de sélectionner au sein de leur catalogue les produits essentiels. Ils sont d’ailleurs en train de le faire aux Etats-Unis face à l’explosion des commandes. Le problème évident ou ce qu’il y a derrière, c’est que ces produits, d’alimentation, médicaux et d’hygiène, ne représentent que 10% de leur catalogue. Donc Amazon préfère fermer que tourner au ralenti, et contourner pour vendre tout leur catalogue".

Business as usual

"Business as usual", Pour Delphine Latawiec, secrétaire nationale permanente de la CNE, qui estime qu' "il y a suffisamment peu de régulations européennes pour qu’Amazon estime qu’il pourra quand même faire son business comme il l’entend. Cette attitude est habituelle chez Amazon". Le commerce en ligne explose depuis un mois. L’occasion rêvée pour Amazon d’augmenter ses parts de marché.

Et c’est pour Ludovic Voet exactement ce qu’elle essaie de faire : "gagner toutes les parts de marché possible, pour être, demain, complètement incontournable. Et dans une période où des commerces ont dû ferme : mon magasin de vélo ne peut pas me préparer une commande de matériel, Amazon peut me le livrer. Idem pour mon libraire. On est tous dans des situations compliquées, on essaie tous de respecter les règles, et à côté de ça, on a des grosses plateformes qui profitent de la crise pour en sortir plus fortes après. Et donc il ne faudra pas s’étonner de la fermeture de petits commerces, ou de plus de destructions d’emploi, si on ne légifère pas et si on laisse tout faire à des grosses plateformes".

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK