Alboplast investit 10 millions d’euros à Herstal pour améliorer et développer sa production de châssis

Alboplast est une petite société installée à Herstal dans la périphérie de Liège. Elle fabrique des châssis de fenêtre en PVC ou en aluminium à destination d’un public exclusivement professionnel, menuisiers, architectes, sociétés qui commercialisent ces châssis. Elle emploie une petite cinquantaine de personnes. Elle vient d’investir 10 millions d’euros pour automatiser massivement le processus de production. Interview de Denis Neuville, l’administrateur délégué d’Alboplast.

Michel Gassée : Un investissement de 10 millions d’euros, c’est considérable pour une PME. Pourquoi cet investissement ?

Denis Neuville : "Il y a maintenant cinq ou six ans, on s’est retrouvés vraiment à l’étroit dans les murs et la progression n’était plus possible. C’est là que le projet dans lequel nous sommes aujourd’hui est né, en se disant que nous devions investir dans de nouveaux bâtiments, dans une nouvelle chaîne de production. La question était aussi très importante à ce moment-là parce qu’on subissait une très forte concurrence des pays de l’Est."

La Pologne en particulier, j’imagine, dans ce secteur ?

"Exactement. La Pologne avait vraiment une politique de fabrication, de coûts, qui nous a confrontés à une concurrence à laquelle nous n’étions pas préparés parce que, pour les non initiés, il est extrêmement difficile de remarquer la différence de qualité d’un châssis à l’autre. Donc, on a dû non seulement se réinventer et proposer des niveaux de finition supérieurs grâce aux machines dans lesquelles on a investi."

C’est donc bien cette concurrence qui vous a conduit à investir 10 millions d’euros dans des infrastructures totalement nouvelles et à automatiser massivement ?

"En fait, cet investissement dans l’automatisation nous semblait indispensable pour trois raisons. Premièrement, pour améliorer la qualité et avoir de nouvelles solutions de produits. Deuxièmement, c’était pour diminuer la pénibilité et pouvoir continuer à rendre ce métier attractif et qu’il soit possible sur le long terme pour les pour les menuisiers et pour les opérateurs machines. Et troisièmement, c’était pouvoir tripler notre capacité de production et répondre à la demande de nos clients."

Les prix des matières premières explosent littéralement sur les marchés internationaux. Est-ce que vous êtes touché vous aussi par cette augmentation des prix ?

"Oui, il ne se passe pas un seul jour sans que ça ne se produise, principalement pour les matières premières, PVC, aluminium et acier, qu’on utilise aussi beaucoup dans les renforts, mais c’est valable pour toutes les matières. On a des carences de fourniture où la plupart de nos fournisseurs font appel à des clauses de force majeure qui sont réelles, qui sont des augmentations de prix massives, voire même des prix qui ne sont plus garantis pour l’acier que pour des périodes extrêmement courtes, des délais de livraison qui ne sont plus respectés. Je suis en contact avec la plupart d’entre eux, parce que ce sont de proches collaborateurs, une des volontés de la société étant de travailler aussi bien avec le personnel en interne qu’avec nos fournisseurs ou nos clients dans une synergie, et ça leur est eux-mêmes imposé par un marché à l’échelle mondiale, par les marchés financiers, et ils n’ont aucune possibilité de lutter contre ce phénomène, à part ce qu’ils font déjà. Je ne pense pas qu’il y ait eu d’enrichissement pour tous les transformateurs et pour tous les importateurs."

Quel impact est-ce que ça a sur vos coûts ? Et le cas échéant, est-ce que vous êtes en mesure de répercuter les hausses de ces coûts-là sur le prix de votre production que vous allez vendre aux intermédiaires qui, eux, sont en contact avec les clients finaux ?

"Oui, il y a un impact indéniable sur nos coûts. Il faut savoir que les prix de certaines matières premières ont augmenté de 100%, comme l’acier. La plupart des matières ont augmenté en moins d’un an de pourcentage à deux chiffres, donc ça n’a pas été possible de ne pas répercuter, en partie du moins, ces hausses sur nos prix. Par contre, on essaye de jouer au maximum le rôle de tampon et de faire ce que nous n’avons pas, c’est-à-dire donner un peu de temps à nos clients pour qu’ils puissent eux-mêmes s’organiser par rapport à ces hausses, celles-ci étant en soi déjà très désagréables. Ce qui l’est encore plus, c’est la rapidité avec laquelle les effets d’annonces apparaissent. Ici, on essaie au maximum de les lisser, de les temporiser. Tous nos fournisseurs nous annoncent que c’est exceptionnel et que, dès que les prix redescendront, leurs tarifs redescendront aussi, mais on est loin de le constater pour l’instant. Il ne se passe pas une semaine sans qu’on ne reçoive d’un fournisseur ou d’un importateur de matières premières une communication pour annoncer une hausse de prix ou une rupture d’approvisionnement."

Aujourd’hui, vos prix ont augmenté de combien ? De 10% en moyenne ?

"C’est difficile de répondre parce que nous n’avons pas de produits standards. Selon le type de produits, la main-d’œuvre ou la composition en termes de matériaux vont influencer très fort le prix final, donc on ne peut pas vraiment dire qu’on a un tarif spécifique sur lequel on a appliqué une augmentation. Mais oui, 10% est quelque chose qui me semble approcher la réalité globalisée. Mais j’insiste, les augmentations ont vraiment été répercutées sans prise de marge, uniquement sur la réalité économique."

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