Air France renoue le dialogue avec les pilotes

Air France renouait vendredi le dialogue avec les pilotes, un premier pas vers une reprise des négociations pour éviter d'appliquer la totalité du plan de 2900 suppressions de postes annoncé et tourner la page des violences de lundi.

La rencontre, entre le PDG d'Air France-KLM, Alexandre de Juniac, et les représentants des deux syndicats de pilotes (SNPL, majoritaire, et Spaf) a débuté peu après 11H00 dans les locaux de la compagnie aux Invalides.

Devaient être également présents le président d'Air France, Frédéric Gagey, et le directeur des ressources humaines, Xavier Broseta, dont l'image de la chemise arrachée par des salariés en colère a fait le tour du monde et suscité un concert d'indignations.

"Nous voulons arriver à cette rencontre avec optimisme", a dit à l'AFP avant la réunion Emmanuel Mistrali, porte-parole du SNPL (65% des voix).

"Lever un certain nombre de freins à la productivité"

Les discussions ont jusqu'à présent échoué sur la principale demande de la compagnie: faire voler les navigants une centaine d'heures de plus par an (+14% à 18% selon les vols), à salaire égal.

"On veut bien essayer de faire plus d'heures" et "lever un certain nombre de freins à la productivité", avait affirmé jeudi soir Véronique Damon, secrétaire générale du syndicat, à l'AFPTV, à l'issue d'un conseil du syndicat pour définir ses marges de négociation.

Entre la direction et le SNPL, en bisbilles sur l'application des dernières mesures du précédent plan, le dialogue est très mauvais depuis la grève des pilotes il y a un an. Il était totalement rompu depuis le 30 septembre, quand la direction a sonné "l'échec" des discussions. Au départ boycottées par les pilotes, celles-ci avaient duré moins de deux semaines.

Faute d'accord avec les pilotes, Air France a annoncé un plan "alternatif" au plan de productivité et de croissance initialement prévu, "Perform 2020". En l'espèce, une réduction de voilure sur le long-courrier, actuellement déficitaire pour moitié.

Royal pour un "médiateur"

Le calendrier annoncé tient en deux phases: cinq avions en moins en 2016, des réductions de fréquences et la non entrée dans la flotte de Boeing 787. Puis en 2017 la sortie de neuf autres appareils et la fermeture de cinq lignes en Asie.

En tout, la compagnie a chiffré le sureffectif à 2.900 postes (300 pilotes, 900 hôtesses et stewards, 1700 au sol) d'ici à 2017.

La deuxième phase - et les suppressions de postes allant avec - pourrait être évitée en cas d'accord sur de nouveaux efforts de productivité. De sources syndicales, Air France donne trois mois aux syndicats de navigants (pilotes, hôtesses et stewards) pour y parvenir.

La première phase n'est "pas réversible", selon une source proche de l'entreprise.

Dans sa motion votée jeudi soir, le SNPL mandate ses élus pour "négocier Perform dans le triple objectif" de "maintenir l'emploi", "contribuer à l'amélioration de l'efficacité économique de l'entreprise au travers des efforts des pilotes" et obtenir de l'État l'assurance d'"un environnement économique juste et équilibré" pour la compagnie.

Les syndicats de pilotes, comme tous les syndicats, renvoient depuis des mois l'État à ses responsabilités dans le niveau des charges et taxes du transport aérien et l'octroi de droits de trafic en France aux compagnies concurrentes, du Golfe notamment.

Les efforts déjà faits depuis 2012 par les salariés (gel des salaires, perte de jours de repos, plus de 5.500 suppressions de postes en trois ans) devraient permettre à la compagnie de renouer avec les bénéfices en 2015.

Avec les autres personnels, le dialogue doit également reprendre en début de semaine, selon la CGT qui évoque également une intersyndicale mardi.

Ségolène Royal a de nouveau évoqué vendredi l'hypothèse d'un "médiateur", "si le dialogue est difficile à renouer compte tenu de ce qui s'est passé".

La ministre de l'Écologie, qui a la tutelle des Transports, a également estimé qu'il fallait "éviter maintenant tous les mots qui blessent et ne servent pas la reconstruction d'une solution", après qu'Emmanuel Macron eut qualifié de "stupides" les auteurs de violences.

Lundi, plusieurs centaines de salariés - parmi 2.500 qui manifestaient devant le siège - ont interrompu la réunion du Comité central d'entreprise (CCE) et plusieurs dirigeants ont été pris à partie.

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK